«Il restera toujours une part d’incertitude dans une décision médicale»

Dernière mise à jour 05/06/18 | Questions/Réponses
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La médecine personnalisée est pleine de promesses. Elle annonce notamment qu’elle pourra, grâce à l’analyse des données des individus, prédire leur réaction aux traitements avec une précision inégalée. Mais la réalité résiste à cette simplicité. Derrière une majorité de décisions médicales subsiste une grande part d’incertitude. Comment aborder ce défi posé à la toute-puissance des données? En apprenant à mieux partager la décision entre médecins et patients, répond le docteur Thomas Agoritsas, médecin adjoint agrégé au Service de médecine interne générale des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Interview.

En promettant des traitements de plus en plus précis, la médecine personnalisée exagère-t-elle?

Dr Thomas Agoritsas Je ne dirais pas cela. Une décision entre différentes options thérapeutiques devrait toujours être le résultat d’une pesée entre les bénéfices espérés et les risques encourus. Les enjeux pratiques jouent aussi un rôle important: opérer ou irradier une tumeur, par exemple, peut avoir des effets différents sur le vécu du patient et sa qualité de vie, même lorsque la survie à long terme est similaire. La plupart des décisions de soins sont une affaire de choix qu’il s’agit d’individualiser. Les études cliniques guident patients et soignants sur ce chemin délicat. Elles déterminent en partie quels patients peuvent profiter d’un traitement, mais à l’échelle d’un groupe ou d’une population. Les technologies de médecine personnalisée tentent de mieux prédire le devenir d’un individu donné et sa réponse à un traitement. Toutefois, ces progrès ne s’appliquent encore qu’à un nombre limité de situations, et une pesée individuelle sera toujours nécessaire. Toute décision implique une part d’incertitude.

Le médecin n’a donc pas tous les éléments pour décider à la place du patient quelle importance donner aux risques et aux bénéfices d’un traitement.

C’est vrai. Il y a encore une vingtaine d’années, face à plusieurs options thérapeutiques disponibles, le médecin choisissait souvent seul ce qui lui semblait le mieux pour son patient. Aujourd’hui, la démarche est diamétralement opposée. Il s’agit d’impliquer la personne dans les décisions qui la concernent, et de présenter les options avec les risques et les bénéfices qui leur sont liés. Puis de prendre avec le patient une décision qui s’aligne au mieux avec ses valeurs, ses préférences et son contexte de vie.

Impliquer les patients dans de telles décisions est une intention louable. Mais au vu de la complexité des situations, est-ce vraiment toujours possible?

Une chose est sûre: invoquer la complexité est une fausse excuse. La comparaison est osée, mais entrer dans une démarche de décision partagée en médecine n’est pas si différent que d’acheter une voiture. Lorsque vous allez chez votre garagiste, vous ne lisez pas en détail le catalogue des milliers d’attributs de chaque voiture. Vous vous focalisez sur quelques éléments clés qui comptent pour vous pour faire votre choix. En matière de santé, la finalité et les enjeux sont évidemment tout autres, mais il s’agit de guider le patient dans une démarche similaire. Il n’est pas nécessaire de tout comprendre pour opérer un choix éclairé. L’essentiel consiste à bien évaluer les options possibles à la lumière des enjeux qui comptent pour soi et sa qualité de vie. Puis de déterminer quelle orientation convient le mieux à chacun.

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Article repris du site  pulsations.swiss

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