La santé des Suisses

Dernière mise à jour 27/04/20 | Article
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Comment vont les Suisses? Différentes enquêtes sont menées à l'échelle nationale pour répondre à cette question. Etat de santé général, accidents, comportements de vie, addictions, bonheur, dépression, sexualité, qualité de vie des aînés… Découvrez une compilation des derniers résultats

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Les disparités sociales pèsent sur la santé

Tous les cinq ans, l’Office fédéral de la statistique (OFS) réalise une enquête pour recueillir des informations détaillées sur l’état de santé des Suisses. La dernière édition apporte de nouvelles données sur les déterminants principaux de la santé, du comportement alimentaire au travail, en passant par la consommation de substances psychotropes.  

Texte: Stéphany Gardier

Les Suisses se portent plutôt bien, si l’on en croit les données de la dernière enquête suisse sur la santé, menée par l’OFS en 2017: 85 % d’entre eux ont déclaré être en bonne santé. Un chiffre qui ne doit pas faire oublier que de fortes disparités sociales existent. L’obésité, par exemple, touche bien plus les personnes qui ne sont pas allées au-delà de l’école obligatoire (21 %) que celles qui ont une formation supérieure (8 %). Le surpoids reste un enjeu de santé publique dans le pays, puisque 39 % des hommes et 23 % des femmes présentent un excès de poids (index de masse corporelle (IMC) entre 25 et 30). Les femmes ont une alimentation plus saine que les hommes: 28 % consomment les cinq portions de fruits et légumes recommandées quotidiennement, contre 15 % seulement chez les hommes. La consommation de viande a également diminué parmi les femmes suisses, seules 10 % mangent de la viande quotidiennement et 6 % n’en mangent jamais.

Alcool: moins souvent, mais plus

La consommation d’alcool et de tabac, facteurs de risque majeurs pour les maladies cardiovasculaires et de nombreux cancers (poumon, foie, mais aussi côlon, sein, vessie…), ont évolué au cours des 25 dernières années. Si la proportion de consommateurs d’alcool reste stable depuis 1992 (82 %), la part de consommateurs quotidiens a, elle, baissé de 20 à 11 %. La population tend ainsi à boire de l’alcool moins souvent mais à consommer occasionnellement de plus grosses quantités. En ce qui concerne le tabac, un peu plus d’un quart des Suisses fume, un chiffre qui ne faiblit pas depuis 2007. Mais la part de personnes qui fument au moins un paquet par jour est passée de 41 à 21 % entre 1992 et 2017.

Le travail: toujours une source de stress

Parmi les déterminants de la santé, le travail occupe toujours une place importante. Outre les risques physiques – 269'000 personnes ont été victimes d’un accident professionnel en 2017 –, le travail représente de plus en plus une source de stress. Un actif sur cinq déclare ressentir toujours ou la plupart du temps du stress à cause de son emploi, une proportion qui a augmenté de trois points en cinq ans. Et la part de personnes actives exposées à au moins trois types de risques psychosociaux liés à l’organisation du travail a atteint les 50 %.

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Santé psychique: les suisses globalement heureux

Pour la deuxième fois, la santé psychique de la population suisse a été passée sous la loupe. Il en ressort que les Suisses se disent en majorité heureux. Néanmoins, une part d’entre eux déclarent s’être sentis parfois découragés ou déprimés. Éclairage.  

Texte: Élodie Lavigne

Les chiffres

79,4% des 16 à 34 ans

72,6% des 35 à 64 ans

77,3% des 65 et plus

se disent heureux la plupart du temps ou tout le temps

Vous sentez-vous plutôt heureux? Vous êtes-vous senti dernièrement découragé ou déprimé? Ce sont en substance les questions qui ont été posées à un échantillon de la population afin de déterminer la santé psychique des Suisses. Le recours aux soins ambulatoires et stationnaires ainsi que les coûts de ces traitements ont également été évalués dans cette vue d’ensemble, réalisée sous mandat de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Il ressort de ce rapport, publié en 2019 par l’Observatoire suisse de la santé – et qui s’appuie sur des données récoltées en 2017 – que les Suissesses et les Suisses se disent en majorité heureux et satisfaits dans la vie. Mais avec des différences entre les tranches d’âge. En effet, les jeunes (16 à 34 ans) et les aînés (65 ans et plus) apparaissent, selon ces données, comme plus heureux que les personnes d’âge moyen (35 à 64 ans).

Il y a toutefois quelques nuages dans ce ciel bleu. Si un peu plus de 70 % des personnes interrogées ne se sont senties que «rarement» ou «jamais» découragées ou déprimées au cours des quatre semaines précédant l’enquête, un quart a tout de même répondu l’avoir été «parfois» et 5,1 % «la plupart du temps» ou «tout le temps». Les femmes sont d’ailleurs plus touchées. En effet, un tiers d’entre elles (et un quart des hommes) ont déclaré s’être senties, à des degrés divers, découragées et déprimées durant la période concernée. À nouveau, les moins de 65 ans sont plus concernés que les aînés.

Le recours aux traitements pour des problèmes psychiques continue d’augmenter par rapport à l’année précédente, tant en ambulatoire (cabinet de psychiatre ou de psychologue-psychothérapeute travaillant en délégation d’un psychiatre) qu’en milieu stationnaire (cliniques et hôpitaux psychiatriques). Cette hausse des consultations en ambulatoire est certes plus marquée chez les adultes, mais elle a plus que doublé chez les enfants et les adolescents entre 2006 et 2017. De même, on observe une plus importante progression des hospitalisations chez les plus jeunes.

Parmi les diagnostics psychiatriques les plus fréquents dans les soins stationnaires, on trouve les troubles de l’humeur, les troubles mentaux et comportementaux liés à l’utilisation de substances psychoactives, la schizophrénie et le trouble schizotypique, les troubles délirants ainsi que les troubles névrotiques et ceux liés au stress et troubles somatoformes. Enfin, les coûts de l’assurance obligatoire des soins dans le domaine de la psychiatrie enregistrent une hausse parallèle à celle du nombre de traitements suivis.

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Qu’en est-il de la sexualité des jeunes suisses?

«Saine»: voici en un mot ce qui transparaît de la vie sexuelle des jeunes Suisses selon une étude menée auprès de 7142 hommes et femmes âgés de 26 ans en moyenne, réalisée par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), en collaboration avec l’Hôpital universitaire de Zurich. Saine…  mais encore ? Coup de projecteur sur quelques points clés.  

Texte: Laetitia Grimaldi

La première fois

L’âge moyen du premier contact sexuel se situe juste en dessous de 17 ans. Parmi les jeunes interrogés, 95 % avaient déjà eu une ou un partenaire sexuel au cours de leur vie.

Des couples qui durent

Au moment de l’enquête, 75 % des jeunes étaient dans une relation stable qui avait débuté vers l’âge de 22 ans.

En termes de pratiques…

Presque tous les jeunes ont déjà pratiqué le sexe oral (96 %) et la pénétration vaginale (95 %). Le même pourcentage de femmes et d’hommes (49 %) a indiqué avoir déjà expérimenté le sexe anal.

Médication

Une très petite minorité a révélé utiliser des médicaments pour améliorer les performances sexuelles.

E-rencontre

Plus de la moitié des jeunes a déjà eu recours à un site ou une application de rencontres, soit 62 % des hommes et 44 % des femmes. Les hommes sont 48 % à avoir eu un rendez-vous avec une personne rencontrée sur internet (43 % pour les femmes) et 35 % des hommes (22 % des femmes) ont déjà eu une relation sexuelle avec une personne rencontrée sur internet.

Contraception

Dans une large majorité (93 %), les jeunes ont utilisé un moyen de contraception/protection lors de leur premier rapport sexuel, principalement avec le préservatif masculin (84 %). Près de la moitié des femmes a déjà eu recours à la pilule du lendemain. Même si le taux d’utilisation du préservatif est assez élevé, une infection sexuellement transmissible (IST) a été diagnostiquée auprès de 10 % des jeunes. 45 % des jeunes ont déjà fait un test de dépistage du VIH, avec un résultat négatif pour la quasi-totalité des cas.

Abus

Les femmes sont largement plus nombreuses que les hommes à avoir accepté une expérience sexuelle sans vraiment le désirer (53 % contre 23 %). Comme première raison, elles indiquent l’avoir fait pour garder une bonne relation avec leur partenaire. 16 % des femmes ont indiqué avoir été victimes d’un abus sexuel ou d’un viol, contre 2,8 % chez les hommes. Une petite minorité (3,7 % chez les hommes, 2,8 % chez les femmes) de jeune échange des faveurs sexuelles contre de l’argent, des cadeaux ou des avantages.

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Vieillesse: les proches aidants en difficulté

Alors que l’espérance de vie augmente, une part des aînés nécessite une aide au quotidien. Selon le dernier Age Report*, 80 % des aidants font état d’un niveau de stress élevé.  

Texte: Clémentine Fitaire

Face à l’espérance de vie qui continue d’augmenter en Suisse (81,4 ans pour les hommes, 85,4 ans pour les femmes), nombreuses sont les personnes âgées – et très âgées – tributaires d’un soutien quotidien. Pour autant, une majorité d’entre elles vivent à domicile, et seules 12 % des personnes âgées de 80 à 89 ans résident en établissement médico-social (EMS).

Mais ces populations nécessitent elles aussi bien souvent des services de soin et l’accompagnement d’un proche. D’après les études menées dans le dernier «Age Report IV»*, il apparaît que ce sont généralement leurs enfants qui assument une grande partie des tâches de soins et d’assistance, en particulier lorsque le conjoint est décédé. «On observe que ce sont surtout les filles qui tiennent ce rôle d’aidant, explique Daniela Jopp, professeure de psychologie du développement à l’âge adulte à l’Université de Lausanne. L’absence d’enfants à proximité entraînerait au contraire un accroissement de la vulnérabilité.»

Pourtant, les proches aidants ont souvent, eux aussi, un âge avancé. Pour la première fois dans l’histoire en effet, «on dénombre non seulement plus de personnes atteignant l’âge de 100 ans, mais aussi plus d’enfants adultes qui, à l’âge de 70 ou 80 ans, prodiguent des soins à leurs parents», constatent les auteurs du rapport.

Si le maintien de la vie à domicile semble être une priorité pour de nombreuses familles, la prise en charge d’un parent s’accompagne pour 80 % des aidants d’un état de stress et de tension élevé. «Non seulement les proches aidants sont en moins bonne santé que la population normale, mais ils présentent aussi un taux de mortalité plus élevé, ajoute Daniela Jopp. Il est important de comprendre la situation de soins comme une situation duale qui doit prendre en compte à la fois les besoins des parents et ceux des enfants.»

* Age Report IV, François Höpflinger, Valérie Hugentobler et Dario Spini, publié  aux Éditions Seismo, 2019.

Personnes âgées: qui sont les proches aidants?

Conjoint et conjointe: dans 29% des cas              

Fils: dans 49% des cas

Fille: dans 70% des cas

Petits-enfants: dans 12% des cas

Frères et sœurs: dans 7% des cas

Autres membres de la famille: dans 13% des cas

Voisins: dans 15% des cas

Amis: dans 44% des cas

Assistance professionnelle: dans 50% des cas

Personnes vivant dans un ménage privé ou en EMS. n = 102, âge moyen 83,93 ans.Source: étude Vieillir ensemble, UniL 2018

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Paru dans Planète Santé magazine N° 37 – Mars 2020

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