Le vrai et le faux sur la mort des voyageurs

Dernière mise à jour 29/10/14 | Article
Le vrai et le faux sur la mort des voyageurs
Les voyageurs suisses considèrent que les maladies transmises par les moustiques sont le plus grand risque encouru sous les tropiques. C’est faux. En vacances, les accidents et les problèmes cardio-vasculaires causent plus de décès que les maladies infectieuses.

Le moment du départ en vacances approche. Vous avez effectué tous les vaccins nécessaires, acheté des lotions anti-moustiques, une moustiquaire et pensez être paré contre les risques les plus importants. C’est loin d’être le cas. Selon une étude portant sur la mortalité parmi les voyageurs suisses dans les pays en développement, 45% des décès étaient dus à des accidents, 17% à des événements cardiovasculaires et 3% seulement à des maladies infectieuses. Or les consultations de pré-voyage se concentrent sur la prévention de maladies infectieuses plus ou moins rares comme la malaria et sur les maladies que l’on peut prévenir par les vaccins.

Le cas de la Thaïlande

Prenons l’exemple de la Thaïlande, une destination très prisée des voyageurs suisses. Environ 150 000 personnes s’y rendent chaque année, 7000 y résident et 25 y meurent des suites d’un accident (données enregistrées par la Suva). Un tiers de la totalité des accidents à l’étranger et 45% des accidents avec issue fatale se sont déroulés en Thaïlande. Plus de 50% des accidents se sont passés durant des activités de loisir et 19% étaient en relation avec des sports aquatiques, ce qui contraste avec seulement 4% d’accidents liés au travail. Plus d’un accident sur dix (12%) était lié à des «activités quotidiennes».

Risques de malaria

En revanche, le risque de contracter la malaria en Thaïlande est faible – environ 1 pour 500 000 voyageurs – puisqu’il se limite à quelques régions frontalières rarement visitées durant la nuit. Les mesures de protection contre les moustiques n’en restent pas moins nécessaires (anti-moustiques, moustiquaire, vêtements couvrants) puisqu’elles réduisent le risque d’infection par ce parasite ou par de nombreuses autres arboviroses telles que la dengue, le chikungunya ou l’encéphalite japonaise.

La Thaïlande possède par ailleurs un excellent système de santé où un diagnostic approprié peut être fait en cas de malaria, même dans les centres de santé périphériques.

Rage

En Thaïlande, comme dans plusieurs autres pays, le voyageur risque potentiellement une infection rabique avec décès. La probabilité est infime (aucun cas suisse confirmé en Thaïlande depuis plus de 50 ans), mais le risque potentiel d’infection après contact avec la salive d’un animal (morsure ou léchage d’une plaie ouverte) ou avec des muqueuses exige une action immédiate et conduit à des milliers de traitements parmi les voyageurs suisses. Même si l’on sait que moins d’un chien sur plusieurs milliers est potentiellement infectieux en Thaïlande, il n’y a aucun moyen immédiat pour exclure la rage chez l’animal mordeur.

Conseils ciblés

Non seulement les risques réels encourus en vacances ne sont pas ceux que les touristes imaginent, ni ceux dont les médecins parlent, mais ils ne sont pas non plus les mêmes pour tous. D’où l’intérêt de mieux cibler les conseils de prévention.

Il serait par exemple plus approprié, pour un jeune voyageur prévoyant de parcourir le Sud-Est asiatique à moto, d’acheter un casque que de dépenser de l’argent pour certains vaccins. Le voyageur âgé souffrant d’une ou plusieurs maladies chroniques a en priorité besoin d’une lettre résumant ses problèmes de santé dans un langage approprié, d’informations concernant la marche à suivre en cas de problème et de savoir comment obtenir une assistance médicale à l’étranger.

Pour améliorer la prévention des risques de mort, le voyageur et son médecin devraient évoquer les besoins réels de manière à recevoir des conseils adaptés aux risques individuels. Ceux-ci devraient inclure en priorité les risques de décès fréquents, traitables et pouvant être évités, tels que les accidents.

Contact avec la rage: que faire?

En cas de contact avec la salive d’un animal potentiellement atteint par la rage, il est impératif de laver consciencieusement la blessure avec de l’eau et du savon, de désinfecter la lésion et de faire immédiatement une injection d’immunoglobulines et du vaccin. Ceux-ci ne sont pas toujours disponibles dans les pays d’endémie, en particulier dans les zones très reculées où une assistance médicale immédiate n’est pas garantie. Les voyageurs peuvent en revanche bénéficier d’une vaccination avant le voyage, ce qui permet de diminuer l’anxiété après un incident et de gagner du temps.

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Référence

Adapté de «Mort des voyageurs: risques réels, risques virtuels», Dr Christoph Hatz, Institut tropical et de santé publique suisse, Bâle; Dr Alexander Walz, Service de médecine interne, Hôpital cantonal Sarnen, Institut de médecine sociale et préventive, Université de Zürich; Pr Blaise Genton, Service des maladies infectieuses, Département de médecine, CHUV et PMU; Dr Ron Behrens, Département de recherche clinique, Faculté des maladies infectieuses et tropicales, London School of Hygiene and Tropical Medicine. In Revue Médicale Suisse 2014;10:1001-3. En collaboration avec les auteurs.

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