La cortisone reste le seul remède aux inflammations

Dernière mise à jour 10/12/13 | Article
La cortisone reste le seul remède aux inflammations
Depuis que leurs actions ont été découvertes en 1950, la cortisone et ses dérivés – les corticoïdes – sont largement utilisés. Leurs effets presque «magiques» permettent d’empêcher que les défenses immunitaires s’emballent et relâchent les substances qui causent les symptômes de l’inflammation (douleurs, rougeur, gonflement, augmentation de la température).

De quoi on parle?

Les faits

Le mois dernier, la chanteuse Hélène Ségara apparaissait à la télévision française le visage enflé. Des téléspectateurs ont pensé qu’il s’agissait des suites d’une opération de chirurgie esthétique. Peu après, elle a expliqué au magazine Gala qu’une maladie auto-immune l’obligeait à suivre un traitement à base de cortisone.

Le bilan

A cause de ses effets secondaires, cette hormone doit être utilisée avec précaution, mais elle est indispensable pour soigner de nombreuses maladies.

Quand l’inflammation touche la peau (eczéma), les corticoïdes sont donnés sous forme de crème. Quand elle atteint le corps entier, par exemple lors d’allergies graves,«elle se traite au

moyen de comprimés», explique le professeur Nicolas Schaad, pharmacien responsable de la Pharmacie interhospitalière de La Côte, qui précise que les corticoïdes sont «très bien tolérés» lors d’une prescription courte ou s’ils sont appliqués localement.

Ils ne sont prescrits sur une longue durée que dans de très rares cas, poursuit-il, comme pour soigner une maladie de Crohn ou certaines maladies inflammatoires des poumons. Ou encore «quand l’inflammation est chronique et généralisée, en particulier dans les maladies auto-immunes», complète le professeur Carlo Chizzolini, immunologue à Genève. Les exemples les plus fréquents sont le lupus et la polyarthrite rhumatoïde.

Active au cœur des cellules

Les médicaments de la famille des corticoïdes agissent en imitant une hormone naturelle, le cortisol (voir infographie). Sécrété tout au long de la journée par les glandes surrénales, celui-ci participe à la régulation du rythme circadien. Autrement dit, il permet de changer de niveau général d’activation du corps entre les phases de sommeil et les phases d’éveil. Mais le cortisol est aussi la grande hormone du stress, libérée massivement quand il faut faire face à un danger soudain. Grâce au cortisol, la quantité de glucose disponible dans le sang s’accroît et de nombreuses fonctions biologiques sont stimulées. D’autres, au contraire, comme la digestion, sont inhibées parce qu’elles ne sont pas prioritaires dans une situation d’urgence.

C’est dans le noyau des cellules que les corticoïdes agissent, explique Nicolas Schaad. «Ils stimulent la production de facteurs anti-inflammatoires et réduisent celle d’autres enzymes qui favorisent l’inflammation.» Par ailleurs, au-delà de 20 mg par jour, les corticoïdes diminuent la réponse du corps à une agression immunologique, complète le Pr Chizzolini. C’est cet effet qui est recherché quand les défenses immunitaires s’emballent lors d’une maladie auto-immune. Mais pourquoi ont-ils des effets secondaires alors qu’ils agissent de la même manière que le cortisol? On estime que le corps produit 5 mg de cortisol par jour. Or les doses de corticoïdes administrés représentent généralement plusieurs fois le dosage journalier naturel.

Et c’est lorsque ces doses sont prises sur une longue durée que s’observent des effets comme le gonflement du visage. Ce gonflement est dû à une rétention d’eau et à une augmentation des tissus graisseux, surtout dans le haut du corps. D’une manière générale, les corticoïdes ont tendance à faire grossir car ils augmentent l’appétit. D’autres effets secondaires, comme une excitation psychique et des insomnies, ne sont pas rares. Et un diabète ou une hypertension artérielle peuvent apparaître ou s’aggraver.

Fragilisation des os

Les corticoïdes augmentent également le risque d’ostéoporose (amincissement de la structure des os), car ils perturbent le processus de régénération osseux. Pour limiter ce phénomène, du calcium et de la vitamine D3 sont généralement prescrits. Dans des cas graves, «des médicaments contre l’ostéoporose y sont ajoutés», détaille le Pr Schaad.

Enfin, étant donné que les corticoïdes réduisent l’activité du système immunitaire, ils augmentent le risque d’infection. Dans certains cas, «un traitement antibiotique préventif et ciblé» doit être prescrit, explique le Pr Chizzolini. «Et l’on suggère aux patients de se faire vacciner, notamment contre la grippe saisonnière.» Mais si la gravité des effets secondaires varie selon la sensibilité de chacun, tous disparaissent à l’arrêt du traitement, et la prise de poids est complètement réversible.

Dans tous les cas, «les effets des corticoïdes, positifs ou négatifs, sont proportionnels à la dose, insiste le Pr Chizzolini. Il est donc d’usage de commencer un traitement à fort dosage, pour calmer rapidement l’inflammation, puis de l’abaisser très vite, afin de trouver le niveau où le médicament est actif mais où ses effetssecondaires sont limités.»

C’est bien à cause de ces derniers que les corticoïdes ont mauvaise presse. «Ces effets, les médecins les connaissent bien, explique le Pr Schaad. Ils prescrivent ces médicaments car ils n’ont pas d’autre option.»Même plus de soixante ans après leur introduction, ils «restent essentiels dans la thérapeutique», conclut le pharmacien. Qui doute que l’on trouve un jour une substance capable de les remplacer: «Les corticoïdes agissent très en amont, au niveau de l’expression des gènes, sur plusieurs mécanismes de l’inflammation. On imagine mal une molécule qui ait un effet aussi large et qui soit mieux tolérée.

Les effets anti-inflammatoires de la cortisone

Quatre étapes marquantes

1855

Un médecin anglais, Thomas Addison, décrit une maladie due à une destruction progressive des glandes surrénales et des hormones qu’elles produisent. Elle se manifeste notamment par une coloration particulière de la peau. Cette affection, baptisée maladie d’Addison, permet aux scientifiques de comprendre le fonctionnement de ces glandes et leur importance pour la santé.

1896

William Osler, médecin canadien, montre qu’on peut traiter des patients souffrant de la maladie d’Addison avec des extraits frais de glandes surrénales d’animaux.

1933

Une équipe de chimistes américains réussit à isoler plusieurs hormones produites par les glandes surrénales, dont le cortisol. C’est à partir de celui-ci qu’une nouvelle famille de médicaments, les corticoïdes, va émerger. Une patiente souffrant de polyarthrite rhumatoïde est traitée par cette hormone: les résultats sont spectaculaires.

1950

Edward C. Kendall, Tadeus Reichstein et Philip S. Hench, à l’origine des découvertes de 1933, reçoivent le Prix Nobel de médecine. Malgré ses effets secondaires, la corticothérapie est élargie à d’autres maladies, comme les cancers, la maladie de Crohn ou encore l’asthme.

En collaboration avec

Le Matin Dimanche

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