Maladies de l’intestin: l’effet paradoxal du tabac

Dernière mise à jour 13/09/16 | Article
Bien que peu connus, les effets du tabac sur les maladies inflammatoires de l’intestin sont déterminants et peuvent être aussi nocifs que bénéfiques. Mais quels sont ces effets?

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) concernent aujourd’hui environ 12 000 personnes en Suisse et touchent aussi bien des hommes que des femmes, en particulier entre 20 et 40 ans. Fluctuant entre des phases de poussée et d’accalmie, elles nécessitent une prise en charge autant médicamenteuse que chirurgicale et ont de ce fait un fort impact sur la qualité de vie. Mais elles ne sont pas l’apanage de la Suisse: les MICI sont particulièrement présentes dans les pays industrialisés et se développent à mesure qu’augmente le niveau socio-économique. Il est difficile en revanche de savoir exactement à quoi elles sont dues. Parmi les facteurs incriminés, il y a la prédisposition génétique, une activation inadaptée du système immunitaire, un déséquilibre du microbiote (population bactérienne) de l’intestin ainsi que des éléments environnementaux, dont le tabagisme.

Effets du tabac sur les MICI

Plusieurs explications sont avancées pour expliquer le rôle exact du tabac dans l’apparition de deux MICI, la maladie de Crohn (MC) et la rectocolite ulcéro-hémorragique (RCUH). Tout d’abord, le tabagisme modifie les capacités immunitaires de la muqueuse intestinale et augmente son risque inflammatoire. La nicotine augmente la production de mucine, un mucus produit par le côlon. L’effet coagulant du tabac provoque aussi de petites thromboses de certains vaisseaux de l’intestin et altère le flux sanguin. Enfin, le tabac diminue la motilité et la perméabilité intestinales. Or les modifications induites par le tabagisme ont différentes conséquences selon la pathologie en question: dans le cas de la maladie de Crohn, elles sont nocives et aggravent les symptômes; mais certaines de ces modifications se révèlent au contraire bénéfiques dans le cadre de la rectocolite ulcéro-hémorragique.

Maladie de Crohn

Le tabagisme est le seul élément extérieur à avoir une influence avérée et systématiquement confirmée sur la maladie de Crohn, cette pathologie inflammatoire qui peut toucher l’ensemble du système digestif et toutes les couches de la paroi intestinale. En effet, les fumeurs ont deux fois plus de risques de développer une MC et de la voir se péjorer par la suite. Les poussées de la maladie, les récidives après la chirurgie, le recours aux médicaments et les complications générales (abcès, fistules) sont également plus nombreux chez les fumeurs. De façon générale, la consommation de tabac péjore la qualité de vie de tous les patients souffrant de la maladie de Crohn –et en particulier celle des gros fumeurs et des jeunes femmes.

Rectocolite ulcéro-hémorragique

Paradoxalement, le tabagisme n’a pas que des effets négatifs. Il a même des vertus protectrices en ce qui concerne la RCUH, cette maladie qui touche uniquement le côlon et le rectum. Les fumeurs sont globalement peu touchés par la RCUH et, le cas échéant, ils connaissent moins de poussées de la maladie, d’hospitalisations, de colectomies (ablation du côlon) et de complications que les non-fumeurs. Cette protection prodiguée par la cigarette est temporaire: elle cesse dès que le patient arrête de fumer et n’est pas en réalité très forte (elle correspondrait à l’effet d’un traitement léger de première intention).

Arrêter de fumer?

Comment convaincre alors les patients d’arrêter de fumer, malgré ces quelques bénéfices? Dans le cas de la maladie de Crohn, l’argument est simple. Arrêter de fumer a des effets extrêmement positifs, que ce soit au niveau des poussées de la maladie, du risque de récidives postchirurgicales que des besoins en médicaments. Au bout de quatre ans de sevrage, le risque de développer une MC redevient le même que chez un non-fumeur. La question est plus difficile pour les patients souffrant d’une RCUH, car ils tirent un certain bénéfice de leur consommation tabagique. L’arrêt du tabac peut péjorer en effet l’activité de la maladie pour les patients déjà atteints et augmente chez les anciens fumeurs le risque de développer une RCUH au cours des premières années de sevrage. C’est pourquoi il est important de rappeler que, malgré ces bénéfices momentanés chez les personnes atteintes de RCUH, les effets de la cigarette au niveau cardiovasculaire, pulmonaire et cancéreux restent bien présents. Les patients devraient être bien informés des implications d’un éventuel sevrage et être conscients que l’aggravation de la maladie ne se fera pas de façon brutale, mais progressive. Proposer un substitut de nicotine pourrait ainsi les soulager sur le plan clinique et encourager ceux qui hésiteraient à arrêter de fumer.

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Référence

Adapté de «Tabagisme et système digestif: une relation complexe», Dr Julie Begon, Dr Carole Clair et Pr Jacques Cornuz, PMU, Université de Lausanne. PD Dr Pascal Juillerat, Service de gastroentérologie, Hôpital de l’île, Berne; in Revue Médicale Suisse 2015;11:1282-7. En collaboration avec les auteurs.

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