Le gluten n’est pas à bannir à tout prix

Dernière mise à jour 02/05/12 | Article
Blé
Toujours plus de personnes se disent intolérantes ou allergiques au gluten. Et les régimes et aliments «gluten free» font fureur. Effet de mode ou prévention bien fondée? Tour d’horizon avec le Dr Christophe Deluze, spécialiste en maladies rhumatismales, allergologie et immunologie à Genève.

Y a-t-il vraiment toujours plus d’allergiques au gluten, et est-ce réellement plus sain de manger sans? La question se pose aux vues du nombre croissant de personnes prônant un régime exempt de gluten, et de celles qui les suivent, parfois tête baissée, sans même avoir consulté un spécialiste ou présenter des symptômes de la maladie cœliaque.

L’intolérance au gluten: la maladie cœliaque

«Il y a une vingtaine d’années, la maladie cœliaque – que le public appelle aujourd’hui l’allergie au gluten alors qu’elle est en réalité une maladie auto-immune – était surtout connue chez l’enfant», note le Dr Christophe Deluze. Depuis, on a constaté une recrudescence de cette maladie chez l’adulte, avec un pic entre 40 et 50 ans pour les femmes, et 50 à 60 ans pour les hommes, sans qu’on en connaisse la raison. On estime aujourd’hui qu’une personne sur deux cents est atteinte de ce trouble.

Les causes exactes de la maladie restent inconnues. On sait qu’il existe des facteurs héréditaires (95% des patients sont porteurs de l’antigène HLA DQ II ou VIII), associés à un trouble du système immunitaire. Ainsi, près de 10% des personnes porteuses de la maladie ont un parent qui en est atteint. Mais toutes ne vont pas forcément voir la maladie se déclencher.

Chez l’adulte, on a aussi relevé un certain nombre de facteurs favorisants, tels que le stress suite à une intervention chirurgicale ou une grossesse, les traumatismes, les infections intestinales, etc.

Par ailleurs, introduire un régime sans gluten chez des personnes qui ne souffrent pas de maladie cœliaque ne protège en rien de la maladie. Au contraire: ce régime représente un facteur favorisant son apparition (voir plus bas).

Si l'on ignore les causes précises déclenchant la maladie cœliaque, on sait qu’il s’agit d’une maladie auto-immune, provoquée par le gluten, un ensemble de protéines présent dans certaines céréales (blé, orge, épeautre, seigle notamment). Le système immunitaire de la personne atteinte attaque la paroi de son propre intestin grêle. En réaction, celui-ci s’enflamme, ce qui entraîne la destruction des villosités intestinales, indispensables pour absorber les nutriments.

D’où, à long terme, des carences nutritionnelles importantes, notamment en vitamines et en oligo-éléments indispensables, tel le fer ou le calcium. Ces carences peuvent à leur tour entraîner, entre autres, des anémies (manque de fer) et des troubles osseux (manque de vitamine D et calcium).

Un diagnostic difficile

C’est seulement lorsqu’une personne présente des symptômes sérieux de maladie cœliaque, ou qu’un parent en est atteint, que le médecin va chercher à en faire le diagnostic. Or, le diagnostic n’est pas évident à poser. La maladie cœliaque est en effet une maladie auto-immune non active: la personne qui en est atteinte ne développera jamais les symptômes si elle ne mange pas de gluten. Attention alors: il ne faut pas commencer une diète sans gluten avant de se faire dépister, car cela fausserait les résultats.

Le diagnostic lui-même s’établit généralement en trois temps:

  • Test sanguin, pour détecter le taux de certains anticorps (anti-endomysium ou anti-transglutaminase tissulaire). Leur présence en quantité élevée indique que le corps réagit anormalement au gluten. Pour être certain du résultat, l’analyse doit être répétée.
  • Si la personne réagit anormalement au gluten, on procède à une biopsie de l’intestin grêle, soit aux prélèvements de plusieurs tissus de l’intestin grêle. En cas d’intolérance au gluten, les villosités de l’intestin ne sont plus visibles, car détruites totalement ou en partie par le système immunitaire.
  • Diète sans gluten: si la biopsie confirme ou donne une image compatible avec la maladie cœliaque, on commence une diète, dont l’effet confirme ou infirme le diagnostic.

Les autotests vendus en pharmacie ne peuvent totalement exclure la maladie, qui présente également des formes atypiques. Mais si le résultat est positif, il faut consulter un spécialiste (généraliste, gastro-entérologue, allergologue) pour effectuer d’autres examens, plus approfondis.

Prévention: manger du gluten…

A ce jour, il n’existe aucun moyen susceptible de prévenir la maladie. Les spécialistes conseillent toutefois de ne pas introduire trop tôt la farine de blé dans l’alimentation des enfants (dès 6 mois selon certains). Mais ils déconseillent aussi de les mettre d’emblée et à long terme au régime sans gluten. Tout comme il n’est pas recommandé aux adultes sains de céder à la mode du «gluten free». «C’est en effet inutile, voire contreproductif, explique le Dr Deluze. Le système immunitaire, conçu pour détecter les substances nocives et les microbes, connaît l’organisme pièce par pièce et reconnaît les substances non nocives. Or, pour cela, il doit être entretenu, en quelque sorte éduqué à reconnaître aussi les substances non nuisibles.»

En excluant le gluten de l’alimentation, on peut donc lui ôter cette faculté de reconnaissance. «Au risque de déclencher une réaction immunitaire anormale le jour où la farine de blé est introduite dans son alimentation. D’ailleurs, certains médecins discutent actuellement de la possibilité de réintroduire progressivement ou en petite quantité le gluten dans l’alimentation des malades cœliaques ayant suivi un régime strict. Cela en tenant compte de la sévérité de la maladie», indique le Dr Deluze.

Risque de complications graves

Si une personne souffre réellement de maladie cœliaque et que celle-ci n’est pas diagnostiquée, elle peut être à l’origine de graves maladies associées. Parmi les plus fréquentes, on notera le diabète de type I, des thyroïdites et la dermatite herpétiforme, mais également les rhumatismes, l’arthrite et la polyarthrite, l’ostéoporose et certains cancers.

Seul traitement possible aujourd’hui: le régime strict sans gluten. A moyen terme, un à deux ans après le début du régime, les symptômes, carences et autres problèmes vont disparaître. Et le risque d’être atteint d’un cancer revient à la normale.

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