La vraie noyade ne ressemble pas à celle qu’on voit au cinéma

Dernière mise à jour 24/08/15 | Article
La vraie noyade ne ressemble pas à celle qu’on voit au cinéma
Rafraîchissante, délassante, ludique… tous les prétextes sont bons pour se mettre à l’eau. Mais gare, cet environnement peut réserver des menaces spécifiques, la noyade et les piqûres au premier chef.

Vacances rime très souvent avec baignades. Au bord de l’océan, de la mer, d’un lac, les estivants profitent de la fraîcheur et du bien-être qu’elles procurent. Mais même si le risque d’hydrocution est très souvent exagéré (lire l’encadré), il arrive que ces moments délicieux soient gâchés par des piqûres d’animaux, une mycose ou pire encore. Conseils de spécialistes pour éviter ces désagréments ou les soigner.

Le saviez-vous?

Jamais de bain immédiatement après avoir lézardé au soleil, vraiment? On exagère sans doute la crainte de l’hydrocution qui n’est de loin pas la cause la plus fréquente de noyade. Surtout, «c’est un phénomène mal décrit scientifiquement, dont le mécanisme n’est pas certain», détaille le Dr Pierre-Nicolas Carron, urgentiste au CHUV. «Quelqu’un qui est resté en plein soleil et qui se jette dans une eau très froide peut, en théorie, développer un problème cardiaque aigu pouvant conduire à un arrêt du cœur.» Entrez donc progressivement dans l’eau si vous vous êtes longuement exposé au soleil. En revanche, il n’est pas prouvé que se baigner après avoir mangé ait un impact sur un éventuel choc thermique. Nul besoin, donc, d’attendre deux heures après chaque repas, comme le recommandait la sagesse populaire.

La noyade passe souvent inaperçue

Une vraie noyade, ça ne ressemble souvent pas à ce que l’on voit à la télévision ou au cinéma. Les victimes ne battent pas les bras vigoureusement pendant de longues minutes. Au contraire, il arrive souvent que les témoins «ne voient pas les noyés s’épuiser, couler et disparaître», précise Pierre-Nicolas Carron, médecin adjoint et urgentiste au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Sur le plan médical, la noyade commence quand les voies respiratoires (le nez et la bouche) sont sous le niveau de l’eau. Le réflexe est alors de bloquer la respiration. Mais tôt ou tard, on a la reprend involontairement et de l’eau entre dans les poumons. Leur fonctionnement est alors entravé et, à terme, le cœur s’arrête.

Processus de la noyade

Si vous assistez à une noyade, appelez ou faites appeler les secours et ne vous jetez pas à l’eau si les conditions sont dangereuses ou si vous ne savez pas nager. Une fois la victime repêchée, commencez un massage cardiaque si elle est inconsciente et ne respire pas (de fortes compressions, au centre du thorax, répétées sans interruption sur le tempo de «Stayin’ Alive» des Bee Gees). Dans cette situation, le bouche-à-nez est recommandé dès que possible, précise l’urgentiste. Si la victime est consciente, mettez- la en position latérale de sécurité en attendant les secours.

La noyade touche surtout les enfants jusqu’à 4 ans, les jeunes adultes et les personnes âgées. Dans tous les cas, elle peut très vite arriver. Les parents doivent donc toujours avoir leurs enfants à l’œil s’ils se baignent, et à portée de bras si ceux-ci ne savent pas nager. Les jeunes adultes, eux, ne doivent pas surestimer leurs forces ni se baigner sous l’influence de drogues. Comme tout le monde, il leur faut aussi éviter les baignades après avoir consommé de l’alcool, souvent impliqué dans les noyades. Entre 2000 et 2013, la Suisse a enregistré en moyenne 46 noyades par an.

Les «puces» de canard ne piquent pas au large

Fléau de la baignade lacustre, la piqûre de puce de canard… Mais le mot puce est employé à tort, car le responsable est le furcocercaire, une larve microscopique, parasite commun du canard qui parfois se trompe de cible et pique les baigneurs. En pénétrant la peau, le furcocercaire meurt presque immédiatement, ses piqûres ne sont donc pas contagieuses. «C’est la réaction immunitaire du corps à cette intrusion qui est désagréable et démange», explique Olivier Gaide, médecin associé et dermatologue au CHUV. Pour l’éviter, il faut se baigner au large, car cette larve se développe dans des escargots et des coquillages qu’on trouve en eau peu profonde et assez chaude (plus de 20 degrés). «Dès qu’il y a trois ou quatre mètres de fond, il n’y en a plus», résume le médecin.

Il est possible que se frotter vigoureusement la peau avec une serviette juste à la sortie de l’eau prévienne des piqûres, même si cela n’a pas été prouvé scientifiquement. Et une fois dévoré? «Efforcez-vous de ne pas gratter ces piqûres, recommande le médecin. Une douche fraîche peut vous soulager. Si c’est absolument insupportable, consultez votre médecin: il peut vous prescrire une crème pour soulager ces démangeaisons.»

Les méduses et poissons causent des douleurs vives

Nager dans des eaux exotiques peut exposer à des piqûres plus désagréables encore. «Les méduses, par exemple, causent des rougeurs et une douleur si leurs filaments touchent la peau. Evitez les plages où leur présence est signalée», recommande le professeur Blaise Genton, chef du centre de médecine des voyages de la Policlinique de Lausanne. Porter des habits couvrants, comme les T-shirts de surf, protège aussi partiellement la peau.

En cas de piqûre, il faut d’abord racler la peau avec un objet non coupant comme une carte de crédit afin de détacher d’éventuels tentacules qui s’y accrocheraient encore. «Plongez ensuite les zones touchées dans de l’eau chaude mais pas brûlante (pas plus de 45 degrés, ndlr) pendant une demi-heure, explique le spécialiste. Elever la température dissout en effet les protéines du venin injecté par la méduse.» Surtout, ne pas rincer à l’eau douce froide, qui pourrait faire éclater des poches de venin restées intactes. Le traitement par immersion dans l’eau chaude est aussi recommandé en cas de piqûre par un poisson venimeux (vive, raie, rascasse venimeuse ou poisson pierre). La vigilance, elle aussi, est recommandée: «Si l’on vous prévient que de tels poissons sont présents dans la zone où vous vous baignez, regardez vraiment où vous mettez les pieds», rappelle le Pr Genton. Selon l’espèce de l’animal, la douleur peut être terrible.

L’astuce

Une piqûre d’oursin, ouille! Comment la soigner? «Le vinaigre peut vous aider: enlevez les grosses épines puis plongez les parties du corps piquées dans du vinaigre durant une demi-heure», conseille le Pr Blaise Genton. En effet, les aiguilles de l’oursin sont constituées de calcaire que le vinaigre va dissoudre. Si la partie du corps touchée ne peut pas être immergée, on peut utiliser des compresses imbibées de vinaigre. Sinon, porter des sandalettes évite cette mésaventure.

Les mycoses se développent sur peau humide

Les mycoses se plaisent dans une ambiance chaude et humide. «L’été, ces champignons microscopiques qui poussent sur la peau sont donc fréquents», explique le Dr Laurence Toutous-Trellu, dermatologue aux Hôpitaux universitaires de Genève. Ils touchent fréquemment la peau entre les orteils mais atteignent aussi les grands plis de la peau comme l’aine ou la zone du périnée.

On reconnaît la mycose à une petite rougeur qui se développe lentement, faisant parfois tomber un peu de peau ou créant de petites fissures. Elle peut s’accompagner d’un eczéma. Si vous soupçonnez la présence d’une mycose, veillez à sécher soigneusement la zone concernée après la douche ou le bain, ne partagez pas vos serviettes et évitez les chaussures plastifiées où le pied «macère» beaucoup. Il se peut que la mycose disparaisse sans traitement. Dans le cas contraire, consultez votre médecin.

Pour éviter la mycose, les recommandations sont les mêmes, explique la dermatologue. Il s’agit de sécher les zones à risque avant de mettre des chaussettes ou, l’été, de porter des chaussures ouvertes.

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