Soigner les plaies complexes

Dernière mise à jour 27/04/21 | Article
P21-02_soigner_plaies_complexes
Requérant la collaboration de divers spécialistes, les plaies dites complexes nécessitent une prise en charge qui ne l’est pas moins. L’Unité d’orthopédie septique dispose d’une consultation multidisciplinaire pouvant accueillir et traiter les patient•es concerné•es.

Pôle d’expertise

L’Unité de chirurgie orthoseptique a fait peau neuve en agrandissant sa capacité et la qualité de l’accueil. Cette unité est un pôle d’expertise à Genève et en Suisse romande. Elle reçoit des patient·es fragiles vivant des situations complexes qui présentent des problèmes de plaies, d’infections orthopédiques aiguës et d’affections ostéo-articulaires.

Certaines plaies «nécessitent des mois, voire des années de traitement, avant de pouvoir cicatriser», précise le Dr Domizio Suva, médecin adjoint agrégé responsable de l’Unité d’orthopédie septique. Qualifiées de «complexes», elles peuvent prendre des allures très différentes. Toutefois, «la complexité provient autant de la nature de la plaie que du contexte social et médical des patients», souligne le médecin. La prise en charge est en effet plus difficile «chez des personnes qui vivent dans des conditions précaires et qui ont du mal à adhérer à leur traitement». Ou encore chez celles «qui souffrent de diabète, d’infections ou qui ont un système immunitaire affaibli». Les soins doivent donc être adaptés à la situation de chacun·e.

Multiples opérations

Lorsque la plaie est «propre», il faut d’abord identifier les facteurs qui l’ont provoquée avant de la traiter. «Une majorité de plaies survient aux membres inférieurs et aux pieds, explique le Dr Suva. Il faut donc chercher à savoir si le problème vient par exemple de chaussures mal adaptées ou d’une insuffisance vasculaire.»

Si la plaie est infectée et qu’elle évolue en abcès, il faut hospitaliser la personne en urgence pendant plusieurs semaines pour stopper l’infection. Dans ce cas, le traitement est lourd et long. «Le malade est opéré à de multiples reprises. Il faut en effet nettoyer la plaie, notamment pour ôter les tissus dévitalisés qui ne reçoivent pas d’antibiotiques par la circulation sanguine et qui constituent donc des réservoirs pour les bactéries.» Une chirurgie plastique est aussi parfois nécessaire quand il n’y a pas suffisamment de tissu pour refermer la plaie. Enfin, on a recours à la médecine hyperbare (lire encadré) «chaque fois que cela est possible».

C’est dire que lorsqu’une plaie est complexe, son traitement l’est tout autant, ce qui implique «une prise en charge multidisciplinaire dans un centre spécialisé», souligne le chirurgien.

Stratégie de pansements

Le travail en équipe inclut aussi des infirmiers et infirmières spécialistes cliniques en soins de plaies et cicatrisation, comme Anne-Laure Blanchard Courtois, qui intervient de façon transversale selon les besoins des équipes. «Nous définissons une stratégie de pansements en fonction de la nature de la plaie, en tenant compte de la personne dans sa globalité et de l’objectif à atteindre.»

Le traitement est lourd. «Pour la moitié des patients, le moment le plus pénible est le changement de pansement. En outre, à la douleur physique s’ajoute une atteinte à l’image corporelle», constate l’infirmière.

D’une façon générale, le traitement est «très contraignant, remarque le Dr Suva, car il oblige à venir régulièrement à l’hôpital, ce qui a un impact important sur la qualité de vie. C’est pour cette raison que nous collaborons avec les infirmiers et infirmières à domicile et l’IMAD, afin de préserver au maximum l’autonomie et la qualité de vie des gens».

L’oxygène accélère la cicatrisation

L’oxygénothérapie hyperbare complète le traitement des plaies complexes. Cette technique consiste à faire inhaler aux patient·es de l’oxygène à très haute dose, en les plaçant dans un caisson dont la pression intérieure est supérieure à la pression atmosphérique. «En une séance, la quantité d’oxygène circulant dans le sang est multipliée en moyenne par vingt», explique Rodrigue Pignel, médecin-adjoint responsable de l’Unité subaquatique et hyperbare des HUG.

Cette thérapie facilite la cicatrisation: «Une personne diabétique qui avait des plaies depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, peut les voir se refermer en un mois et demi à deux mois.» À condition, souligne le médecin, «qu’elle vienne se faire traiter dès le début de la plaie.»

Avec leur «double chambre hyperbare permettant d’effectuer deux traitements différents dans chaque compartiment », poursuit le spécialiste, les HUG sont le seul établissement public en Suisse à disposer des équipements nécessaires à la pratique de la médecine hyperbare.

 

_______

Article repris du site  pulsations.swiss

A LIRE AUSSI

Douleurs musculaires
Le claquage fait mal mais guérit bien avec du repos

Le claquage fait mal mais guérit bien avec du repos

Un claquage est un traumatisme rarement grave, mais il ne faut pas pour autant le prendre à la légère,...
Lire la suite
Environnement
savoir_enfant_vers

Comment savoir si mon enfant a des vers?

Rien que les imaginer fait grimacer. Pourtant, les vers intestinaux sont largement répandus dans la population....
Lire la suite
Mécanismes du corps

Stimuler le nerf vague pour lutter contre l’inflammation

Plus long nerf du corps, le nerf vague est au cœur de la communication entre le cerveau et nos organes...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
BV_zoom_iris

Zoom sur l’iris

En se contractant et en se dilatant, cette membrane colorée modifie la taille de la pupille en fonction de la luminosité.
PS45_syndrome_gilbert

Le syndrome de Gilbert, méconnu mais répandu

Vous êtes souvent fatigué, ressentez parfois des douleurs au niveau du foie ou présentez un teint légèrement jaune? Vous êtes peut-être atteint du syndrome de Gilbert, une affection hépatique peu connue mais qui concernerait 6% de la population.
PS45_micah_murray_sens

«Nos sens conditionnent la trajectoire de nos vies»

Fruit d’une synergie entre la HES-SO Valais-Wallis, l’Université de Lausanne (UNIL) et le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), le Centre d’innovation et de recherche The Sense a vu le jour en janvier dernier. Son directeur scientifique et académique, Micah Murray, par ailleurs neuroscientifique et professeur au CHUV et à l’UNIL, nous en livre les secrets et les ambitions.
Videos sur le meme sujet

Le corps humain est étrange

Il y a des choses à propos de nos corps qui sont parfois intrigantes et à propos desquelles on a souvent des questions.

Le comment du pourquoi: l'inégalité au poil

Pourquoi les filles ont-elles moins de poil que les garçons?

Méconnue et douloureuse : la maladie des jambes poteaux

Le lipoedème, ou maladie des grosses jambes, est une pathologie méconnue qui cause de graves souffrances physiques et psychologiques.