Quand le mal des transports gâche le voyage

Dernière mise à jour 07/08/25 | Article
MV_AOUT2025_Comment gérer le mal des transports ?
Appelé cinétose, ce trouble touche 10 à 20% de la population. Ses symptômes peuvent être handicapants, mais des solutions existent pour les atténuer.

Les voyages forment certainement la jeunesse, mais ils peuvent aussi retourner l’estomac et créer une ribambelle de symptômes désagréables. Les personnes sujettes au mal des transports les connaissent trop bien : nausée (plus globalement troubles gastro-intestinaux), maux de tête, vertiges, bâillements excessifs, troubles de la thermorégulation (sueurs froides ou transpiration excessive), fatigue.

Bien que tout le monde ne soit pas sensible à ce qu’on appelle plus scientifiquement la « cinétose », celle-ci touche 10 à 20% de la population. « Les enfants de moins de 3 ans sont en principe épargnés. La tranche des 8 à 10 ans est celle qui en souffre le plus. En âge prépubère, 30 à 40% des jeunes sont sujets à la cinétose. Ce taux chute à 25% chez les jeunes adultes, puis continue à diminuer avec l’âge. À noter que, très souvent, les personnes migraineuses ressentent également le mal des transports », explique le Dr Nils Guinand, médecin au Service d’otorhinolaryngologie et de chirurgie cervico-faciale des Hôpitaux universitaires de Genève. 

Conflit entre le cerveau et les systèmes d’équilibre

Pourquoi certaines personnes peuvent-elles bouquiner en voiture sur une route de montagne quand d’autres ne peuvent même pas jeter un coup d’œil à leur téléphone sur une autoroute ? « Lorsque l’on est dans une voiture, un train ou un bateau, trois systèmes différents sont activés grâce auxquels nous pouvons percevoir le mouvement et maintenir notre équilibre : la vision, l’oreille interne (système vestibulaire) et la proprioception (ndlr : la perception que nous avons du corps dans l’espace, via la peau, les articulations, etc.). Ces trois acteurs fournissent des informations au cerveau, dont il se sert pour envoyer des impulsions auxquelles le corps réagit de manière à ne pas être déséquilibré. Si le cerveau donne plus d’importance à l’un de ces systèmes, il peut en découler les symptômes typiques du mal des transports. Il y a alors une inadéquation entre ce que l’on perçoit réellement et ce que le cerveau enregistre », détaille le Dr Guinand.

Des techniques et des médicaments existent pour atténuer les symptômes (lire encadré), mais il est également possible de procéder à une habituation. Jean-François Cugnot, physiothérapeute vestibulaire aux HUG, explique : « On procède un peu comme pour une désensibilisation allergique. On expose la personne à des stimuli qui reproduisent les conflits sensoriels éprouvés lors des transports, en augmentant progressivement la durée et l’intensité de l’exposition. Le but est d’habituer l’organisme à gérer la dissension qui se crée entre les systèmes vestibulaire et visuel. » Pour cela, le physiothérapeute dispose d’un fauteuil rotatoire, d’un casque de réalité virtuelle et d’une salle sombre avec des signaux lumineux qui donnent une illusion de mouvement alors que la personne est immobile. « En réalité virtuelle, on peut simuler la conduite automobile à l’aide d’un volant, être passager et même lire un livre virtuel à l’arrière », précise Jean-François Cugnot.

Astuces pour surmonter les trajets sans tracas

- Éviter les repas lourds et l’alcool avant de se mettre en route.

- Prendre des médicaments appropriés (certains antihistaminiques sont efficaces, tout comme certains antinauséeux, entre autres).

- Faire des exercices d’autohypnose pour détourner l’attention des symptômes.

- Regarder dehors pour mieux percevoir le mouvement. Se placer à l’avant du véhicule aide ainsi à mieux voir la route.

- En cas de symptômes anxieux liés au mal des transports (forte appréhension, peur, sentiment d’enfermement), essayer la thérapie cognitivo-comportementale (TCC).

Malade de retour sur la terre ferme

Il faut savoir que la voiture, le train, l’avion, le bateau et tout type de véhicule (notamment les navettes spatiales) peuvent rendre malades les personnes sensibles. « En Suisse, les voyageurs qui empruntent les trains ICN (trains à caissons inclinables) sont souvent gênés par le roulis ressenti. En effet, il y a un décalage entre le moment où le train accélère dans un virage et celui où il s’incline. C’est ce phénomène qui peut engendrer des symptômes », précise le Dr Nils Guinand. En principe, une fois sortis du train, les pendulaires retrouvent leur aplomb, mais ce n’est pas forcément le cas pour les personnes qui restent longtemps en mouvement. Les marins ou les astronautes peuvent ainsi avoir le mal du débarquement. Leur organisme a fini par s’habituer au mouvement, mais peine à reprendre pied sur la terre ferme ! Et Jean-François Cugnot de conclure : « Dans l’histoire de l’humanité, cela ne fait pas si longtemps que l’on peut se déplacer à grande vitesse, il est donc normal que l’organisme de certaines personnes ne parvienne pas à s’adapter. » 

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