L'éléctricité à la rescousse des douleurs chroniques

Dernière mise à jour 23/04/20 | Article
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Lorsqu’on évoque le traitement de la douleur, on pense immédiatement aux antalgiques ou aux anti-inflammatoires. Et pourtant, des alternatives existent, comme la neuromodulation, qui utilise l’électricité pour venir à bout de certains types de douleurs, avec de bons résultats. Éclairage.

Une personne sur cinq en Suisse souffre de douleurs chroniques et rebelles, qui entraînent parfois des conséquences dévastatrices sur la qualité de vie. Les causes peuvent être multiples et les stratégies thérapeutiques, personnalisées. Devant la complexité de ces douleurs, la réponse est souvent globale: à la fois médicamenteuse, interventionnelle et psychologique. De plus en plus d’alternatives sont utilisées, tant pour optimiser l’efficacité de la prise en charge que pour faire face à la crise des opioïdes qui agite le monde et résonne jusqu’en Suisse, où la consommation de ces substances a été multipliée par 23 entre 1985 et 2015.

Les pouvoirs de l’électricité

C’est un mot qui fait peur, et les images qui surviennent lorsqu’on parle de neurostimulation sont souvent issues de l’imaginaire cinématographique. Pourtant, utilisée depuis des siècles, l’électricité a fait ses preuves dans le traitement de plusieurs types de douleurs. Elle agit en modifiant l’activité du système nerveux, court-circuitant le message de la douleur qui se propage jusqu’au cerveau. «En délivrant une faible impulsion électrique au niveau de la moelle épinière, la neuromodulation "filtre" le message de la douleur et détourne l’attention du cerveau vers des sensations moins désagréables», explique le Dr Christophe Perruchoud, anesthésiste et spécialiste de la douleur à l’Hôpital de La Tour. A titre de comparaison, c’est le même mécanisme que nous utilisons lorsque nous nous frottons le crâne pour diminuer la douleur après nous être cogné la tête. Cela ne supprime pas la cause, mais masque la sensation de douleur.

L’une des principales techniques recourant à ce mode d’action est la stimulation médullaire. Ce traitement s’adresse à des patients rigoureusement sélectionnés et est réservé aux douleurs neuropathiques (consécutives à une lésion ou une maladie du système nerveux) résistantes aux traitements conventionnels. La stimulation médullaire s’inscrit souvent dans une approche multidisciplinaire et fait actuellement l’objet de recherches afin d’élargir son indication à d’autres pathologies, comme la paraplégie après lésion médullaire ou les douleurs ischémiques.

Une technique efficace et peu invasive

«La stimulation électrique de structures nerveuses centrales ou périphériques est un traitement réversible, sûr, et peu invasif, rassure le Dr Perruchoud. Dans les cas bien sélectionnés, les résultats sont rapides et supérieurs au traitement pharmacologique seul, avec une diminution des douleurs de plus de 50 %.» Pour assurer ce taux d’efficacité, un test préimplantatoire, réalisé en ambulatoire, est obligatoire. Une électrode est placée dans l’espace péridural, postérieurement à la moelle épinière. Une stimulation test est effectuée pendant deux à trois semaines, à l’issue de laquelle, si les résultats sont satisfaisants, un neurostimulateur définitif est placé sous la peau. L’intervention se déroule là aussi en ambulatoire, sous anesthésie locale ou sédation, et dure une trentaine de minutes. La stimulation, programmée par le médecin, pourra ensuite être adaptée de manière autonome par le patient via une télécommande. La stimulation électrique médullaire n’a pas d’effet secondaire majeur, mais peut cependant provoquer quelques complications – rares – comme une migration de l’électrode ou une infection, nécessitant le retrait du système.

La neurostimulation transcutanée :  non invasive et sans danger

En alternative à l’implantation chirurgicale d’un neurostimulateur, plusieurs méthodes non invasives existent. Dans le cas de la stimulation électrique nerveuse transcutanée (TENS), des électrodes autocollantes reliées à un petit boîtier sont appliquées directement sur la peau, au niveau de la zone douloureuse (front, cervicales, lombaires, par exemple), et délivrent des impulsions électriques indolores et de faible intensité. «On propose ce type de traitement en complément, dans certains cas de douleurs neuropathiques localisées, de douleurs musculo-squelettiques ou de fibromyalgie, explique le Dr Christophe Perruchoud, anesthésiste et spécialiste de la douleur à l’Hôpital de La Tour. De nombreuses études ont relevé un bon potentiel d’efficacité thérapeutique.» La stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) utilise quant à elle de puissants champs magnétiques qui induisent un champ électrique à distance, de façon répétée, visant à modifier de manière réversible l’activité électrique cérébrale. Selon les zones du cerveau stimulées, des effets antidouleur, antidépresseur ou anxiolytique peuvent être obtenus grâce à cette méthode. «Il s’agit là de traitements reconnus, peu coûteux et sans danger, conclut le Dr Perruchoud. Mais des recherches continuent à être menées pour affiner les paramètres de stimulation optimaux et le spectre de leurs indications.»

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Paru dans Planète Santé magazine N° 37 – Mars 2020

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