La vie est plus gaie avec les hormones

Dernière mise à jour 20/12/12 | Questions/Réponses
La vie est plus gaie avec les hormones
Anne de Kervasdoué, gynécologue à Paris, publie «Au bonheur des femmes», un ouvrage engagé sur le THS.

Comment traiter les femmes à la ménopause, lorsque leur corps arrête de produire des œstrogènes? Dans les années 1970, les médecins pensaient avoir trouvé la solution magique avec la prescription d’un traitement de substitution (THS), qui libérait leurs patientes de symptômes désagréables et les protégeait aussi contre l’ostéoporose. Un peu comme Faust, les femmes conservaient plus longtemps leur jeunesse. Et une majorité d’entre elles ont opté pour le THS. En 2002, l’interruption prématurée d’une vaste étude américaine (la WHI1), en raison d’une augmentation des événements cardiovasculaires chez les patientes sous traitement, a mis un terme à cette vision idéale. L’analyse des résultats a également confirmé l’augmentation du risque de cancer du sein. Bien que des études européennes aient contredit ces résultats, principalement en raison d’une pratique différente, rien n’a pu réhabiliter le THS. Les femmes doivent-elles vraiment se soumettre à la fatalité, et renoncer au traitement hormonal? Anne de Kervasdoué, gynécologue à Paris, répond dans Au bonheur des femmes2, un ouvrage engagé, mais très bien documenté, sur le THS.

Les médecins restent frileux dans la prescription hormonale, malgré la relativisation des résultats de la WHI. Sont-ils tétanisés par la crainte des effets secondaires?

Anne de Kervasdoué: En France, le principe de précaution est inscrit dans la Constitution. Les médecins ont peur d’être poursuivis, même si l’augmentation du risque de cancer du sein lié au THS est très faible: sur mille femmes sans THS, cent auront un cancer du sein, et cent une pour celle qui prennent le traitement. Cela sans compter l’effet protecteur des œstrogènes utilisés seuls comme chez les femmes qui ont eu une hystérectomie. Je dois dire que mon livre est aussi un cri de colère, je me suis sentie blessée, en tant que médecin, dans la polémique qu’ont suscitée les résultats de la WHI.

Pourquoi continue-t-on à se référer à cette étude?

Il s’agit d’une immense étude, comprenant plus de seize mille femmes et c’est la seule à avoir été faite en double aveugle, comparant la santé des femmes ne prenant pas d’hormones à celles qui suivaient un traitement. C’est d’ailleurs la raison d’un des biais importants. Les chercheurs ont choisi des femmes n’ayant plus de bouffées de chaleur afin qu’elles ne puissent deviner si elles prenaient des hormones ou non. Si bien qu’elles étaient beaucoup plus âgées, avec les problèmes artériels que cela suppose, que les femmes qui ont un THS chez nous. Nous attendions néanmoins beaucoup de cette étude. Mais il est devenu évident que, dans le THS, la qualité des hormones utilisées et l’âge des femmes au début de leur traitement jouent un rôle prépondérant.

En quoi le traitement américain diffère-t-il de celui que nous utilisons?

Les Américains utilisaient des doses massives d’œstrogènes de juments portantes (Premarin), seuls ou associés à un progestatif de synthèse. Pris oralement, les œstrogènes passent par le foie où ils sont dégradés en substances potentiellement dangereuses pour le sein, ils modifient également la coagulation du sang augmentant le risque de thrombose. En Europe, nous utilisons des œstrogènes naturels et non de synthèse en application transcutanée, ce qui évite le passage par le foie et supprime ces risques. Et de la progestérone micronisée, dite naturelle, par voie orale ou vaginale.

Il y a donc une diminution du risque cardiovasculaire, première cause de mortalité chez la femme ménopausée?

Différentes études l’ont montré, y compris finalement la WHI. Mais pour autant que le traitement soit commencé tôt. Par ailleurs, le traitement hormonal a aussi un effet positif sur le cerveau, des études nordiques ont ainsi montré une diminution du risque de maladie d’Alzheimer.

Est-ce qu’il n’y a pas un retour de bâton un peu moraliste dans la méfiance vis-à-vis du THS?

Le THS s’est inscrit dans un mouvement de libéralisation pour la femme pour lequel je me suis battue. Il a commencé avec la pilule contraceptive, s’est poursuivi avec la péridurale permettant d’accoucher sans douleur, et enfin par le traitement hormonal de substitution grâce auquel les femmes restent elles-mêmes après la ménopause. J’ai vraiment le sentiment d’un retour en arrière relevant d’une forme rampante de machisme dans la société. C’est rassurant de voir les femmes revenir à leur destin biologique «comme leur mère». Mais la donne a changé, autrefois une femme de 50 ans était vieille, aujourd’hui elle peut avoir de jeunes enfants, elle travaille, elle a encore une vie devant elle. On ne peut plus trouver normal de se sentir fatiguée, irritable, déprimée, de ne plus avoir de libido à cet âge. Et il est plus difficile de rester en forme, notamment au plan sexuel, sans THS? Disons que la vie est plus légère, plus facile, plus gaie avec les hormones.

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1. Congrès de San Antonio, 12.12.10, résultats de la WHI.

2. Au bonheur des femmes, Anne de Kervasdoué, Ed. Odile Jacob, 2010.

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Extrait de :

Check-Up. Les réponses à vos questions santé
de Marie-Christine Petit-Pierre
Ed. Planète Santé / Le Temps, 2014

            

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