Gynécologie: des cancers «féminins»

Dernière mise à jour 28/10/14 | Article
Gynécologie: des cancers «féminins»
Est-ce parce que l’appareil génital féminin est invisible que les femmes sont souvent mal informées sur leurs organes intimes et les maladies, notamment les cancers, qui peuvent les affecter? Les ovaires, le col de l’utérus et l’endomètre peuvent être le siège de tumeurs dont certaines peuvent être dépistées précocement et même prévenues par la vaccination.

Tous les organes et tissus de l’appareil génital féminin sont susceptibles d’être affectés par le développement de cellules cancéreuses. Les tumeurs des ovaires, du col de l’utérus et de l’endomètre sont toutefois les plus fréquentes.

Cancer des ovaires: une maladie sérieuse

Ce que l’on nomme «cancer des ovaires» peut en fait se développer non seulement dans ces glandes génitales féminines, mais aussi dans les trompes ou le péritoine (paroi recouvrant la surface de l’abdomen). Quoi qu’il en soit, c’est la septième cause de cancer chez la femme. Chaque année en Suisse, 600 nouveaux cas sont détectés, la plupart chez les plus de 65 ans.

Dans un cas sur cinq, la maladie est liée à un dysfonctionnement des gènes BRCA 1 et 2, connus aussi pour favoriser les cancers du sein familiaux. «Lorsqu’il y a eu des cancers de l’ovaire dans leur famille, les femmes devraient en discuter avec leur médecin et envisager un test génétique permettant de dépister ces mutations», conseille Anita Wolfer, médecin et chercheuse au service d’oncologie médicale du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Car si ces patientes font des récidives, «on dispose de médicaments oraux qui retardent la rechute».

La génétique n’est toutefois pas le seul fauteur de trouble. Le risque s’accroît aussi chez les femmes qui n’ont pas eu d’enfants et chez celles qui ont eu des règles précoces ou une ménopause tardive. Ces circonstances «augmentent le nombre d’ovulations au cours de la vie, ce qui favorise le développement du cancer». C’est pourquoi, à l’inverse, la contraception orale, les grossesses et l’allaitement réduisent le risque.

Les personnes affectées par ce cancer peuvent ressentir des maux de ventre, un gonflement de l’abdomen, des troubles du transit intestinal, des gênes digestives et parfois de la fatigue. Des symptômes «bâtards», comme le constate Anita Wolfer, car ces signes ne permettent pas a priori de soupçonner qu’il s’agit d’un cancer. En outre, «il n’existe pas de tests de dépistage des cas précoces», précise Nicolas Peguret, chef de clinique au service de radio-oncologie du CHUV. Les tumeurs des ovaires sont donc généralement détectées à un stade avancé, ce qui péjore les chances de guérison.

«C’est une maladie sérieuse», constate Anita Wolfer, et dont le traitement est lourd. Il nécessite d’ôter les ovaires, l’utérus, les trompes et le tablier (matière grasse qui recouvre l’intestin). La chirurgie est en générale suivie, et parfois précédée, d’une chimiothérapie. Malgré tout, les tumeurs des ovaires figurent dans la liste des cinq cancers les plus mortels.

Cancer du col de l’utérus: une origine virale

Contrairement au précédent, le cancer du col de l’utérus touche les jeunes femmes, principalement entre 35 et 40 ans. Dans plus de 90% des cas, il est dû au papillomavirus humain (HPV), sexuellement transmissible. «Ce virus est très présent dans la population, souligne Nicolas Peguret, mais seules moins de 15% des femmes infectées développent un cancer».

Ce dernier est toutefois beaucoup moins «méchant» que celui des ovaires, car il peut être dépisté rapidement par un simple frottis. On peut alors, à titre préventif, «détecter des anomalies sur le col et détruire le tissu malade, notamment à l’aide de lasers ou par chirurgie», précise Wendy Jeanneret Sozzi, médecin associée au service de radio-oncologie du CHUV. Et éviter ainsi que ces lésions n’évoluent en tumeur.

Quand les cellules cancéreuses se sont déjà développées, le frottis permet de les repérer à un stade précoce et il est alors possible de n’ôter que la tumeur. Mais lorsque celle-ci a atteint un stade avancé, il faut souvent «tout enlever, explique Anita Wolfer, l’utérus et son col», et compléter le traitement par une chimio- et une radiothérapie. Eventuellement aussi par une curiethérapie, qui consiste à placer des éléments radioactifs dans la tumeur ou à son contact.

Si elle n’est pas détectée à temps, cette affection peut donc «faire des dégâts», constate l’oncologue. C’est pour cette raison qu’elle «recommande fortement» aux préadolescentes de se faire vacciner contre le virus HPV, avant leurs premiers rapports sexuels. «On devrait aussi envisager de proposer ce vaccin aux garçons», ajoute-t-elle.

Cancer de l’endomètre: des symptômes qui alertent

Les facteurs qui favorisent le développement du cancer de l’endomètre – la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus – sont d’une toute autre nature. Les femmes les plus menacées sont celles qui souffrent de diabète, d’hypertension ou d’obésité. Celles aussi qui ont pris du tamoxifène pour traiter un cancer du sein, mais dans ce cas, «elles font l’objet d’un suivi régulier», remarque Wendy Jeanneret Sozzi. Le risque est aussi accru chez les femmes qui n’ont pas procréé ou qui ont suivi un traitement hormonal de substitution après la ménopause.

En revanche, les femmes ayant souffert d’endométriose (qui survient lorsque des petits fragments d’endomètre migrent hors de l’utérus) n’ont pas plus de cancers de l’endomètre que les autres, même si «elles semblent avoir un risque accru de cancer de l’ovaire», selon Anita Wolfer.

Quoi qu’il en soit, contrairement aux autres cancers gynécologiques, celui de l’endomètre se manifeste par des saignements, symptôme qui permet d’alerter les femmes affectées, puisqu’elles ont déjà dépassé la ménopause. Il peut donc être dépisté rapidement et, dans ce cas, la chirurgie et la radiothérapie permettent généralement «un bon pronostic».

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