«Nous avons établi un inventaire des risques biologiques»

Dernière mise à jour 12/05/26 | Questions/Réponses
P26_02_Pr Jacques Schrenzel
Responsable du laboratoire de bactériologie, et expert reconnu du microbiote, le Pr Jacques Schrenzel occupe également, depuis 2020, la présidence de la Commission fédérale d’experts pour la sécurité biologique (CFSB). Une institution discrète, mais essentielle au service de la protection des êtres humains, des animaux et de l’environnement.

Pulsations Pouvez-vous nous décrire le fonctionnement et les missions de la CFSB, que vous présidez?

Pr Jacques Schrenzel Il s’agit d’une commission extraparlementaire, composée de quinze personnes sélectionnées pour leur expertise dans différents domaines du vivant. Nous veillons à une représentation équitable des régions, genres et sensibilités linguistiques. Notre travail est apolitique et se fonde sur l’objectivité et la science. Nos missions sont variées et nous avons un rôle important de veille et de conseil. Tout au long de l’année, nous effectuons un travail de surveillance des risques biologiques pour la santé humaine et animale ou pour l’environnement. Répondant aux mandats du Conseil fédéral et des offices fédéraux, la commission est consultée lors de l’élaboration, la mise en œuvre ou la révision des lois, ordonnances et directives. Nous apportons ainsi aux responsables des différents offices de l’administration fédérale des éléments fondés sur des preuves scientifiques afin d’éclairer leurs décisions.

Pourquoi la vulgarisation scientifique est-elle au cœur de votre travail?

Car nous, scientifiques, avons tendance à utiliser beaucoup de termes techniques et de nuances. Or, si la commission est garante de la rigueur scientifique, son travail doit répondre aux besoins des différents publics pour être utilisable. Ayant des domaines d’expertise assez éloignés les uns des autres au sein de la commission, nous devons faire un premier effort de vulgarisation pour échanger entre nous. Lors des réunions en particulier, nous nous parlons en français ou en allemand, ce qui nous oblige à communiquer de manière plus simple, plus directe. La vulgarisation fait donc partie intégrante de notre processus de travail, et pas uniquement au moment de transmettre nos conclusions.

Quels sont les risques biologiques auxquels la Suisse fait face?

Ils sont de natures très variées. Cela va de la progression de l’antibiorésistance à l’arrivée d’espèces invasives, en passant par les infections d’origine alimentaire, les conséquences de la sélection d’organismes par génie génétique ou encore les maladies dites «vectorielles», transmises par le moustique tigre par exemple. En 2019, nous avons établi un inventaire de ces risques et avons évalué, pour chacun, la probabilité que l’événement indésirable se produise ainsi que l’ampleur de ses possibles conséquences. Il était destiné à donner à nos interlocuteurs et interlocutrices une meilleure vision d’ensemble, afin de les aider à mieux anticiper ces risques. Le document* est disponible en ligne.

Vous évoquez la transmission de maladies par le moustique tigre, qui est en forte augmentation ces dernières années dans des pays voisins. Quelles actions mène la commission?

Nous surveillons de près la présence de ce moustique sur notre territoire. Nous avons notamment soutenu l’Institut de microbiologie de la Haute école spécialisée de la Suisse italienne (SUPSI) pour affiner la technique de stérilisation et de libération des moustiques mâles. Cette approche nous semble particulièrement prometteuse et pertinente afin de limiter la reproduction de ces insectes dans notre pays, en complément des autres mesures de contrôle bien sûr. Depuis le début des années2000, des tests sont en cours au Tessin qui a servi de laboratoire avancé face à la remontée de ce moustique depuis la plaine du Pô. Ces expériences pourront ensuite profiter à d’autres régions comme Genève ou Bâle car, dans les années à venir, il y a fort à parier que ce moustique ou d’autres vecteurs deviendront un enjeu sanitaire dans tout le pays.

* www.efbs.admin.ch/inhalte/dokumentation/Ansichten/Biologische_Risiken_Schweiz/EFBS_Biologische-Risiken_Schlussbericht_F.pdf

 

________

Article repris du site Pulsations

Article repris du site  pulsations.swiss

Articles sur le meme sujet
PS62_Santé mentale

SANTÉ MENTALE EN SOUFFRANCE : L’AFFAIRE DE TOUS

Un Suisse sur quatre souffrira d’un trouble anxieux au cours de sa vie et jusqu’à 40 % de la population connaîtra un épisode dépressif. Des chiffres témoignant d’un problème de santé publique alors que la santé mentale reste encore largement pensée comme une affaire individuelle. Face à ce constat alarmant, des pistes pour en sortir existent.
PS62_Médecine futur

PR GÉRARD WAEBER «LA MÉDECINE INTERNE EST UNE SPÉCIALITÉ DU FUTUR»

Spécialiste en médecine interne et en endocrinologie-diabétologie, le Pr Gérard Waeber a dirigé le Département de médecine du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) jusqu’au 1er août dernier, date à laquelle il a pris sa retraite. Tout en menant sa carrière de clinicien et d’enseignant à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne (UNIL), il s’est aussi engagé en recherche clinique, génétique et expérimentale. Le Pr Waeber retrace l’évolution de la médecine interne au cours des dernières décennies et évoque les défis auxquels cette discipline est confrontée aujourd’hui.
PS60_Repenser les soins

REPENSER LES SOINS DE LONGUE DURÉE

D’ici à 2055, le nombre de personnes de plus de 65ans aura continué d’augmenter, jusqu’à représenter près d’un quart de la population. Les besoins en soins, en accompagnement social, en aides diverses vont donc être démultipliés. Comment y faire face? Des pistes s’élaborent déjà et de nombreuses autres se profilent.
Videos sur le meme sujet

One Health: une réflexion globale sur la santé

Plusieurs classes du gymnase de Bussigny (canton de Vaud) ont suivi un programme pédagogique autour de One Health, une approche qui relie santé humaine, animale et environnementale, incontournable pour anticiper les crises sanitaires au niveau global.

36.9°: Fraudes en médecine

Plagiat, données truquées, images falsifiées, articles scientifiques truffés dʹerreurs…

Fraudes en médecine

La fraude scientifique ne cesse d’augmenter, mettant en péril l’avancée des connaissances.