Arrêt du tabac et prise de poids: qui est concerné et qui ne l’est pas?

Dernière mise à jour 29/10/15 | Article
Arrêt du tabac et prise de poids: qui est concerné et qui ne l’est pas?
La prise de poids associée à l’arrêt du tabac représente un obstacle chez les fumeurs qui envisagent le sevrage de leur addiction. Il existe ici de fortes inégalités. On en sait un peu plus sur le sujet.

«Je vais grossir!» C’est l’un des arguments le plus souvent avancé par tous ceux (et plus encore toutes celles) qui aimeraient bien arrêter de fumer mais qui n’y parviennent malheureusement pas. Arrêter le tabac c’est, à coup sûr, prendre du poids. On ne sait pas très exactement pourquoi mais on commence néanmoins à cerner de mieux en mieux ce phénomène.

Certaines études suggèrent que l’arrêt de l’effet de la nicotine incite le corps à «brûler des calories plus rapidement» ou stimule le réflexe de manger pour «contrer l’envie de fumer». D’autres travaux montrent que les modifications métaboliques induites par le sevrage tabagique ne durent que peu de temps et qu’un retour à des règles de vie hygiéno-diététiques fait que l’arrêt du tabac va permettre une meilleure redistribution des graisses.

Ne pas effrayer

Prendre du poids mais combien? Il s’agit d’une question éminemment pratique à laquelle avait répondu en 2012 un groupe de médecins français et britanniques dirigés par le Pr Henri-Jean Aubin (centre d’enseignement, de recherche et de traitement des addictions, hôpital Paul-Brousse, Villejuif). Leur travail avait été publié sur le site du British Medical Journal1. Ces chercheurs avaient repris et analysé soixante-deux études publiées sur ce thème. Ils arrivaient à un chiffre qui ne manquera pas d’effrayer toutes les fumeuses et fumeurs envisageant l’abstinence: un an après la dernière cigarette, la prise de poids se situe en moyenne à 4,7 kg, une surcharge qui apparaît pour l’essentiel dans les trois premiers mois.

C’est là un chiffre nettement supérieur à celui généralement annoncé lors des campagnes de sevrage, sans doute pour ne pas effrayer les volontaires à cette épreuve. La revue de la littérature spécialisée réalisée par le Pr Aubin et ses collègues n’avait porté que sur des essais dits «contrôlés randomisés» concernant le sevrage tabagique au total sur 25084 personnes. Quatre grands types de sevrage ont ainsi été étudiés. Trois avaient été menés avec une aide médicamenteuse: la Varenicline ou Champix (2 mg/j), le Bupropion ou Zyban (300 mg/j) et les substituts nicotiniques (patchs ou gomme à mâcher). Dans le quatrième groupe, les fumeurs étaient «non traités».

Cinquante-neuf des soixante-deux essais concernaient des fumeurs vivant aux Etats-Unis, en Europe et en Australie. Les trois autres n’avaient été menés que dans des pays d’Asie. Sept essais n’avaient inclus que des femmes.

De un à cinq kilogrammes

Dans ce vaste échantillon international, il apparaît au total que les résultats sont similaires quelle que soit la méthode d’aide au sevrage utilisée. En moyenne, les prises de poids ont été de 1,12 kg, 2,26 kg, 2,85 kg, 4,23 kg et 4,67 kg à un, deux, trois, six et douze mois après l’arrêt du tabac. Les choses sont toutefois nettement plus complexes quand on analyse les données dans le détail. Les auteurs du British Medical Journal montrent ainsi qu’après douze mois d’abstinence, 16% des anciens fumeurs ont perdu du poids, 37% ont pris moins de 5 kg, 34% entre 5 et 10 kg et 13% plus de 10 kg. Ces pourcentages sont à peu près similaires dans les populations ayant eu recours à un sevrage pharmacologique. Ceux-ci sont également indépendants des préoccupations pondérales initiales des personnes concernées.

«L’essentiel de la prise de poids se situe au début du sevrage, précise le Pr Aubin. Plus on avance dans le temps, moins on prend. Les traitements qui retardent la prise de poids sont donc utiles car la tolérance à la prise de poids change au fur et à mesure de l’arrêt et que l’on sent les bénéfices. Par exemple, chez les femmes qui considèrent qu’elles peuvent accepter une prise de poids de 2,3 kg, ce seuil augmente au fur et à mesure du sevrage.»

Ce spécialiste ajoute que si cette prise de poids moyenne de 4,7 kg a un sens pour une population, elle en a moins pour une personne donnée tant la variabilité peut être considérable. Et à ceux qui se poseraient la question, les auteurs de ce travail précisent qu’aucun facteur prédictif n’est apparu dans leurs analyses.

Douze mille volontaires

Les choses on évolué depuis 2012 et des facteurs prédictifs existent bel et bien, comme le montre une étude de grande ampleur qui vient d’être publiée dans l’International Journal of Obesity2. Elle contribue à expliquer les différences de prise de poids pouvant exister chez les anciens fumeurs. Pour comprendre les facteurs personnels qui peuvent contribuer au gain de poids, des chercheurs de la Penn State University ont analysé les données de plus de douze mille participants volontaires à la cohorte National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES). Ils ont pris en compte le nombre de cigarettes fumées par jour et l’Indice de Masse Corporelle (IMC) avant le sevrage. Puis ils ont étudié l’impact de ces facteurs sur l’évolution du poids et ce, sur une période de dix ans. Ils ont enfin comparé cette évolution chez les non-fumeurs, les «toujours fumeurs» et les anciens fumeurs.

Risques et bénéfices

L’analyse montre que les ex-fumeurs qui consommaient moins de 15 cigarettes par jour n’ont pas pris plus de poids à dix ans que les fumeurs qui ne se sont pas arrêtés. Elle montre aussi que les ex-fumeurs (consommant 25 cigarettes ou plus par jour et qui étaient obèses avant d’arrêter – IMC> 30) montrent une prise de poids supplémentaire «substantielle» attribuable à l'arrêt du tabac. Cette prise de poids est de 10 kilos pour les ex-gros fumeurs et de 7 kilos pour les ex-fumeurs obèses.  

Même en cas de forte prise de poids, il ne faut pas confondre les risques et les bénéfices: cesser de fumer est le facteur positif le plus important pour la santé. Ces conclusions permettent aussi de rassurer les fumeurs modérés quant à leur prise de poids potentielle mais aussi de mieux identifier les personnes à risque qui souhaiteraient s'engager dans un sevrage tabagique. «Il est important pour tous les fumeurs de garder à l'esprit que l'arrêt du tabac est la meilleure chose à faire pour leur santé, conclut Susan Veldheer qui a dirigé ce travail. Pour les gros fumeurs et les fumeurs obèses, cela serait une bonne idée d'accompagner le sevrage tabagique par d'autres changements de mode de vie, afin de mieux contrôler leur poids.»

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1. L’intégralité de cette publication (en anglais) est disponible ici: «Weight gain in smokers after quitting cigarettes: meta-analysis»

2. Le résumé (en anglais) de cette étude est disponible ici: “Ten-year weight gain in smokers who quit, smokers who continued smoking and never smokers in the United States, NHANES 2003–2012”. Un autre résumé, de la Penn State University, est disponible ici.

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