Mieux soigner le syndrome des jambes sans repos

Dernière mise à jour 07/05/18 | Article
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Beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit, ce syndrome handicapant reste une affection sous-estimée, mal diagnostiquée et insuffisamment prise en charge. Que faut-il savoir à son sujet?

C’est un étrange phénomène: un besoin irrésistible de bouger les jambes, associé le plus souvent à des sensations désagréables des extrémités. Des manifestations qui, paradoxalement, s’aggravent au repos, en position assise ou allongée. Seuls soulagements: les mouvements et la marche, ou le fait de se frotter les jambes. Le «syndrome des jambes sans repos» (ou maladie de Willis-Ekbom) est fréquemment associé à des troubles du sommeil. Il débute le plus souvent vers l’âge de 40-50 ans (en dehors des formes familiales, plus précoces). «Le patient se plaint d’une sensation désagréable dans les jambes, associée à un besoin impérieux de les bouger, affectant parfois les bras (20% des cas), s’aggravant le soir et la nuit, parfois responsable d’insomnie sévère. Le diagnostic peut être difficile à poser en médecine générale car il est exclusivement clinique et repose uniquement sur l’interrogatoire du malade», explique dans La Revue du Praticien* le Pr Yves Dauvilliers, de l’université de Montpellier et du Centre national français de référence narcolepsie hypersomnie idiopathique de l’hôpital Gui-de-Chauliac.

Le caractère subjectif des symptômes –qui sont parfois modérés au début de l’évolution– ainsi que leur aspect frustre et intermittent peuvent souvent, en pratique, retarder le diagnostic. Il faut pourtant garder en mémoire que le syndrome des jambes sans repos est l’une des affections neurologiques sensorimotrices les plus fréquentes, avec une prévalence proche de 5 à 8% (1 à 2% pour les formes quotidiennes et sévères). Ce syndrome est deux fois plus fréquent chez les femmes (10%) que chez les hommes (5%) et augmente avec l’âge jusqu’à 65 ans, puis semble se stabiliser chez les deux sexes.

Un mal incompris

La médecine est encore loin de tout comprendre sur les mécanismes pathologiques à l’origine de ce phénomène. Il existe de toute évidence des facteurs génétiques, sans pour autant qu’on les ait identifiés avec précision. On sait aussi qu’un dysfonctionnement du métabolisme du fer dans le système nerveux central peut être en cause. Et de nombreux arguments laissent penser que les systèmes centrés sur la dopamine, un neurotransmetteur majeur, sont ici directement impliqués.

Dès lors, quels examens pratiquer? Le métabolisme du fer doit être évalué par la mesure du taux sanguin de ferritine (ferritinémie), qui montre une diminution (<50 ng/mL) dans 20% des cas, mettant ainsi en évidence des stocks de fer abaissés. D’autres examens complémentaires peuvent être utiles, à commencer par un enregistrement poly-somnographique, qui consiste à enregistrer différentes variables physiologiques au cours du sommeil. Cet examen n’est en général pas nécessaire pour poser le diagnostic, mais peut toutefois le devenir en cas de difficultés diagnostiques et thérapeutiques. «L’évolution naturelle de la maladie sans traitement est variable, mais le plus souvent les “impatiences” s’aggravent en soirée, responsables de longues nuits sans sommeil, explique le Pr Dauvilliers. Les complications les plus gênantes du syndrome des jambes sans repos sont la fragmentation du sommeil et l’insomnie, avec comme conséquences une fatigue importante, parfois une somnolence diurne, des troubles de l’humeur, ainsi qu’une altération de la qualité de vie. » Le spécialiste ajoute que plusieurs études suggèrent aussi que ce syndrome serait un facteur de risque de maladies cardiovasculaires.

Quel traitement?

Le choix du traitement varie en fonction du degré de sévérité, qui peut être évalué via un questionnaire spécialisé. D’emblée, une meilleure hygiène de vie ainsi que des massages ou du stretching avant de se coucher peuvent se révéler utiles. La prise en charge médicale des personnes souffrant de ce syndrome repose d’abord sur l’élimination des facteurs qui pourraient le favoriser, comme une carence en fer ou la prise de certains médicaments antidépresseurs, neuroleptiques ou antihistaminiques. Le traitement par le fer est parfois indispensable (en cas de ferritinémie inférieure à 50 ng/m) afin de réduire l’intensité des symptômes.

Dans les formes légères à modérées, le patient peut utiliser un dérivé codéiné à la demande. Dans les formes sévères, des traitements quotidiens spécialisés doivent être envisagés, notamment la prescription de médicaments de la famille des agonistes dopaminergiques (ropinirole, pramipexole et rotigotine). L’important est alors de trouver la dose efficace la plus basse possible de manière à prévenir le risque d’augmentation des symptômes. Les antiépileptiques, les opiacés et certaines benzodiazépines peuvent également être efficaces. «La prise en charge du “syndrome d’augmentation” est complexe, associant sevrage et substitution thérapeutique, et doit se faire dans les mains de médecins experts, alors que souvent la tendance est, au contraire, d’augmenter les doses des agents dopaminergiques», souligne le Pr Dauvilliers.

En conclusion, le syndrome des jambes sans repos est une pathologie fréquente, handicapante, dont les connaissances sur le diagnostic, la physiopathologie et la prise en charge ont largement progressé ces dernières années. Ce syndrome reste cependant à ce jour sous-estimé, mal diagnostiqué et insuffisamment pris en charge.

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Plus d’informations sur : www.restless-legs.ch

* Dauvilliers Y. «Syndrome des jambes sans repos», La Revue du Praticien, Vol 67, octobre 2017.

Paru dans Planète Santé magazine N° 29 - Mars 2018

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