Connaître les infections sexuellement transmissibles (IST) pour mieux s’en protéger

Dernière mise à jour 21/10/20 | Article
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Longtemps occultées par le sida, les autres infections sexuellement transmissibles occupent aujourd’hui le devant de la scène. La recrudescence de maladies que l’on croyait oubliées et la méconnaissance de leurs risques, surtout chez les jeunes, inquiètent. Et si l’information et la promotion d’une sexualité positive étaient la meilleure des préventions?

Comment se protéger?

CHECK­LIST

1. Pas de pénétration (vaginale, anale, orale) sans préservatif (féminin ou masculin).

2. Pas de sperme ni de sang menstruel dans la bouche.

3. Consulter un médecin en cas de symptômes dans les régions génitales, anales ou orales.

4. Dépistage des IST au moins une fois par an, et deux fois par an si vous avez plusieurs partenaires, même si vous utilisez le préservatif.

5. Pour bénéficier de conseils adaptés à votre sexualité, rendez-vous sur www.lovelife.ch/fr/safer-sex-check pour faire le «safer sex check».

Chaque jour, plus d’un million de personnes dans le monde contractent une infection sexuellement transmissible (IST), selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Chlamydiose, gonorrhée, syphilis, virus du sida (VIH) et hépatites sont les plus répandues. Alors que le nombre de cas de VIH est en baisse depuis 2002 – moins de 500 cas par an en Suisse – les autres IST, en particulier la gonorrhée et la syphilis, sont en recrudescence. Un plus grand nombre de dépistages l’explique en partie. Quant aux infections à Chlamydia, elles sont les plus nombreuses, mais aussi les plus dépistées.

L’évolution des comportements en matière de sexualité ces vingt dernières années y est aussi pour quelque chose: accès facilité à la pornographie, mise sur le marché du Viagra®, applications sur smartphones et réseaux de rencontres, diversification des pratiques sexuelles, etc. Quant au VIH, considéré comme une maladie mortelle dans les années 1980 et devenue chronique aujourd’hui, il ne fait plus peur. Mais «il ne faut pas baisser la garde, prévient la Dre Laurence Toutous-Trellu, médecin adjointe agrégée au Service de dermatologie et de vénéréologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Une IST n’arrive jamais par hasard, mais est consécutive à une prise de risque». La syphilis aussi est perçue comme une maladie d’un autre siècle, alors qu’elle a fait son grand retour, d’où la campagne «Syphil.is Back»*, lancée par les HUG et l’Université de Genève.

Un retour en force chez les jeunes

Malgré les conséquences que ces infections ont sur la santé (voir tableau), elles sont souvent négligées, notamment chez les jeunes, pourtant eux aussi très concernés. En effet, selon l’enquête nationale sur la santé et les comportements sexuels des jeunes adultes en Suisse, réalisée par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), avec la collaboration de l’Hôpital universitaire de Zurich, 10% des personnes interrogées ont reçu un diagnostic d’IST. Du côté des HUG, on s’inquiète de voir des personnes toujours plus jeunes et toujours plus nombreuses contracter de telles infections: «A force de cibler les campagnes sur certains groupes à risque, une désinformation et  une méconnaissance des IST se sont installées dans la population générale, en particulier chez les jeunes, qui n’ont pas connu les années SIDA», regrette la Dre Toutous-Trellu. A cela s’ajoutent différents facteurs de vulnérabilité propres à cette tranche d’âge: «Utilisation irrégulière du préservatif, multiplication des partenaires et  des comportements à risque (alcool,  drogues, médicaments): la moitié des  personnes interrogées admettent avoir  eu des rapports sous l’influence de psychotropes, qui diminuent les capacités de jugement», détaille la Dre Michal Yaron, médecin adjointe agrégée responsable des consultations ambulatoires de gynécologie et des consultations de gynécologie pédiatrique et des adolescentes au sein des HUG.

L’absence d’anticipation quant aux éventuelles conséquences des IST sur la santé explique aussi ce manque de vigilance.  Plus surprenant, des facteurs anatomiques favorisent le risque infectieux: «Au niveau vaginal et de l’utérus, les adolescentes produisent moins d’anticorps, dont la  fonction est de limiter l’impact des bactéries, explique la Dre Yaron. A cause de la puberté, le tissu dans le col de l’utérus est aussi plus fragile et plus friable. Ainsi, une lubrification insuffisante peut créer des traumatismes (blessures, saignements), qui abaissent les barrières protectrices et exposent aux infections.»

Des infections souvent silencieuses

Très contagieuses, les IST sont complexes en raison des particularités de chacune. Certaines sont virales (papillomavirus, herpès, hépatites, VIH), d’autres bactériennes (chlamydiose, gonorrhée, syphilis) ou encore parasitaires (trichomonas). Leur mode de transmission (voir tableau), les éventuels symptômes et leurs traitements, diffèrent eux aussi. La plupart n’entraînent aucun symptôme à court terme, si bien qu’elles peuvent continuer à se transmettre d’une personne à l’autre, sans crier gare. Or, si elles ne sont pas détectées à temps, elles peuvent avoir des retentissements importants sur la santé. Non traitées, la chlamydiose et la gonorrhée peuvent causer une infertilité, des douleurs pelviennes chroniques et des grossesses extra-utérines, par exemple. Une syphilis non décelée peut se réveiller des années plus tard avec des symptômes cutanés, neurologiques et vasculaires sévères.  La transmission d’une IST, notamment la syphilis, de la mère à l’enfant est particulièrement grave.

Voilà pourquoi il faut s’en protéger, au moyen du préservatif, de la vaccination quand elle existe, et de dépistages réguliers. Seulement, en l’absence de symptômes, «le coût d’un bilan IST peut s’avérer important, surtout lorsqu’on a une assurance maladie avec une franchise élevée, comme c’est le cas de nombreux jeunes», déplore la Dre Yaron. Des points d’accès moins coûteux sont proposés aux HUG et dans le canton (lire encadré). Ainsi, malgré le caractère souvent silencieux des IST, il est recommandé de consulter après un rapport sexuel (vaginal, anal ou oral) non protégé et en présence de signes inhabituels dans les sphères génitales, anales et orales. Parmi les motifs de consultation, citons les écoulements, pertes vaginales, douleurs nouvelles pendant ou après un rapport sexuel ou pendant les règles, pertes malodorantes, picotements dans la sphère intime, ballonnements, petits saignements en dehors des règles ou après un rapport, urgences urinaires et douleurs à la miction ou fièvre et frissons.

«Il ne faut pas avoir peur de détailler ses pratiques sexuelles à son médecin afin qu’il puisse choisir les tests (sanguins, urinaires, frottis) les plus adaptés», déclare Geneviève Preti, conseillère en santé sexuelle à l’Unité de santé sexuelle et planning familial des HUG. En cas de diagnostic positif à une IST ou plusieurs – une IST pouvant en cacher une autre –, il faut en informer les partenaires pour qu’ils ou elles soient également traité·es. A savoir que l’herpès et la syphilis multiplient par trois le risque de contracter le VIH. Après une prise de risque, ajoute Geneviève Preti, il est important d’aborder le contexte dans lequel le rapport sexuel a eu lieu: «Était-il consenti ou forcé ? A-t-il eu lieu dans le plaisir ? Peut-on écarter une grossesse non désirée?» Selon l’enquête sur les comportements sexuels des jeunes Suisses, 53% des femmes ont accepté une expérience sexuelle sans vraiment la désirer (contre 23% chez les hommes) et 16% d’entre elles ont indiqué avoir été victimes d’un abus sexuel ou d’un viol (2,8% chez les hommes).

Promouvoir une sexualité positive

Or, la prévention des IST passe aussi – voire surtout – par la promotion d’une sexualité positive, dans laquelle le consentement, le plaisir, le respect de soi et de l’autre et la connaissance de son propre corps sont au centre. «Focaliser le discours sur les risques et la peur aggrave les choses. Nous devons adopter un autre langage», souligne la Dre Yaron. Les études montrent d’ailleurs que parler du plaisir sexuel avec les règles du safer sex augmente l’utilisation du préservatif chez les jeunes. La spécialiste invite ainsi les parents, qui ont un rôle central dans l’éducation sexuelle de leurs enfants, à leur parler librement des différentes facettes de la sexualité. Ce, dès leur plus jeune âge et au gré des interrogations.  Aborder ces questions assez tôt permet d’adopter d’emblée des pratiques respectueuses et sûres. Enfin, les professionnel·les de la santé doivent être mieux préparé·es pour recevoir sans jugement les confidences intimes de leurs patientes et patients et respecter leur choix.

* www.unige.ch/medecine/syphilis/

Big 5 des infections sexuellement transmissibles 

Article repris du site  pulsations.swiss

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