Comment savoir si mon enfant a des vers?

Dernière mise à jour 25/05/20 | Article
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Rien que les imaginer fait grimacer. Pourtant, les vers intestinaux sont largement répandus dans la population. Chez les enfants, le plus fréquent est l’oxyure, qui peut être à l’origine de fortes démangeaisons nocturnes et dont il est difficile de se débarrasser.

Il est fin, blanc et mesure quelques millimètres seulement, mais peut se transformer en véritable cauchemar pour les familles. Si votre foyer a été contaminé par les oxyures, vous en savez quelque chose! Ces parasites colonisent notre intestin, accrochés à sa paroi. Les femelles migrent ensuite vers l’anus pour y déposer leurs œufs, avant de remonter dans l’intestin pour mourir. Les démangeaisons provoquées par la ponte dans la zone anale favorisent l’autocontamination: l’hôte se gratte puis, s’il porte ses mains à la bouche, permet aux œufs de pénétrer dans l’intestin où ils se développeront et reproduiront le même cycle. Très volatiles, les œufs peuvent se retrouver sur les linges, les jouets, la cuvette des toilettes… et toute la famille peut alors facilement être contaminée.

Souvent asymptomatique

Ces autres vers qui parasitent nos intestins

Les oxyures sont les parasites intestinaux les plus courants chez les enfants, mais ceux-ci peuvent également recevoir la visite du ténia, en particulier le «ténia du poisson» (ou diphyllobothriose). Ce ver, qui peut atteindre plusieurs mètres, a l’aspect d’un «bout de tagliatelle». Il contamine l’homme après ingestion de poissons d’eau douce crus ou insuffisamment cuits. Souvent asymptomatique, il peut parfois provoquer de fortes douleurs abdominales et des désordres digestifs.  Plus rare en Suisse, mais encore très présent dans les pays en voie de développement, l’ascaris, un ver de couleur rosée, peut entraîner de graves complications chez les enfants, comme des occlusions intestinales, des appendicites, des coliques ou des pancréatites dans les cas les plus graves.

Dans bien des cas, l’hôte ignore la présence d’oxyures dans son organisme. Mais parfois, l’oxyurose entraîne un prurit anal intense, en particulier la nuit, qui peut provoquer des lésions. Le sommeil peut s’en trouver perturbé et une irritabilité ou des problèmes de concentration sont constatés durant la journée. Chez les petites filles, la contamination peut s’étendre jusqu’à la vulve et provoquer des vulvovaginites. «Même si ces complications sont très rares, il est préférable de traiter systématiquement une oxyurose, en raison des symptômes désagréables qu’elle occasionne et du risque de transmission aux autres individus», explique la Dre Noémie Wagner, médecin adjointe à l’Unité d’infectiologie pédiatrique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Dans bien des cas, la suspicion d’une parasitose se fait sur simple découverte visuelle d’un ver dans les selles de l’enfant. Sur description des symptômes et après observation clinique, le médecin généraliste pourra soit traiter d’emblée, soit éventuellement recommander un « scotch test » pour confirmer le diagnostic. Appliqué au réveil sur la région périanale, ce plastique adhésif capture les œufs d’oxyures afin de les identifier au microscope.

Un traitement draconien

Une fois la présence d’oxyures établie vient la phase de traitement, particulièrement fastidieuse. La première étape est d’avoir recours à un vermifuge médicamenteux (mebendazole, albendazole ou pyrantel), en solution buvable ou en comprimés, prescrit à toute la famille. «Quand une personne est infectée, le risque que d’autres membres de la famille le soient aussi est très grand. On traite donc tout le monde de façon synchronisée, y compris les membres de la famille asymptomatiques.»

Ce traitement permet de tuer les oxyures adultes présents dans l’intestin, mais pas les œufs. Une deuxième prise est donc nécessaire au bout de quatorze jours, le temps nécessaire pour l’éclosion, afin d’éradiquer toute présence de parasites. Certains parents se tournent pour leur part vers des solutions naturelles comme la phytothérapie, l’homéopathie ou encore les huiles essentielles. «Mais en l’état actuel des connaissances scientifiques, aucune de ces méthodes n’a fait ses preuves», prévient la Dre Noémie Wagner.

En parallèle du traitement médicamenteux, des règles d’hygiène drastiques doivent être mises en place. Contrairement à certaines idées reçues, la contamination ne se fait pas uniquement par le biais de la terre ou des bacs à sable. La particularité de l’oxyure est qu’il peut être présent partout, y compris dans les maisons. «C’est un parasite humain qui se transmet d’un individu à l’autre et qui peut survivre plusieurs jours à l’extérieur de l’organisme», précise la spécialiste des HUG. Les œufs peuvent en effet se déposer sur différentes surfaces et seule une décontamination rigoureuse permet de s’en débarrasser.

Les mesures à prendre durant les jours suivant le traitement sont:

  • Se doucher tous les matins (moment où les femelles pondent), en insistant sur la zone périanale.
  • Laver chaque jour la salle de bains (y compris la baignoire, la douche et les WC), ainsi que les objets manipulés par les personnes infectées (jouets, poignées de porte etc.).
  • Passer l’aspirateur chaque jour, surtout dans les chambres.
  • Laver quotidiennement à l’eau chaude le linge de lit et de toilette, les sous-vêtements, les pyjamas et les doudous.
  • Se laver les mains après avoir changé un bébé, être allé aux toilettes ou à l’extérieur, avant la préparation des repas et avant de manger.
  • Garder les ongles courts, les brosser régulièrement et éviter de les ronger.
  • Ne pas porter les mains à la bouche.

Malgré tous ces efforts, certains foyers ont du mal à en finir avec les oxyures, qui réapparaissent inlassablement. «Un traitement préventif ne sert pas à grand-chose, explique cependant la Dre Wagner. Les cas de réinfection sont souvent dus à une nouvelle contamination au sein de la famille ou issue d’une source externe, par exemple lorsqu’un enfant est gardé en collectivité.»  Seule solution dans ces cas-là, répéter le traitement et les mesures d’hygiène, et prévenir les personnes de l’entourage pour qu’elles les suivent également.

Bientôt des vers pour soigner?

Dans nos sociétés où les mesures d’hygiène tiennent une place importante, les contaminations par certains parasites intestinaux dangereux – comme l’ascaris – ont fortement diminué. Or, nous observons en parallèle une augmentation des allergies respiratoires ou d’autres maladies auto-immunes. Ces deux constatations seraient-elles liées? Des recherches suggèrent que les parasitoses jouent un rôle positif sur ces pathologies. Des travaux menés par une équipe de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) en 2015 ont montré que l’infection par les helminthes (vers parasites) intestinaux entraînait une réduction de la gravité de l’inflammation allergique des voies respiratoires. «Certains vers parasites pourraient se "servir" de bactéries intestinales pour affaiblir une partie de l'immunité de l'hôte, le protégeant contre le développement d'asthme allergique», explique Alexis Rapin, co-auteur de l’étude. «Il y a encore du chemin à faire, mais la recherche ouvre de nouvelles possibilités intrigantes qui pourraient expliquer, et peut être exploiter, la stratégie par laquelle les vers intestinaux communiquent avec le système immunitaire de leur hôte», concluent les auteurs. Bientôt des traitements préventifs à base de vers? «L'utilisation de vers parasites est hautement problématique, tant sur le plan technique que sur le plan éthique, met en garde Alexis Rapin. Par ailleurs, l'efficacité de telles préventions reste à prouver. Le cas échéant, il serait préférable de dériver un traitement à partir des connaissances acquises sur le parasite plutôt que d'utiliser directement le parasite, qui reste un danger pour la santé.»

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 11/03/2020.

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