Vous avez plus de 44 ans? Votre sperme a soif de micronutriments

Dernière mise à jour 18/09/12 | Article
Vous avez plus de 44 ans? Votre sperme a soif de micronutriments
Les «performances» fécondantes moyennes du sperme humain vont, dit-on, décroissant. Comment évalue-t-on la «qualité» d’un sperme? Des actions sont-elles possibles pour redresser la barre? Explications et bref tour d’horizon de quelques publications puisées dans des revues médicales et scientifiques de qualité.

Se masturber? Quelle question! Dans le récent et délicieux ouvrage consacré au corps humain1, Mauricio Ortiz affirme que, tout bien compté, c’est là un geste qui n’a rien de mémorable. Cette affirmation solitaire n’engage que M. Ortiz, médecin mexicain passé avec bagages dans le camp des journalistes. Pages 146 et 147 (1’500 signes, espaces compris), M. Ortiz écrit ceci: «S’il est notoire que la masturbation est plus fréquente au début de l’adolescence, en réalité, il n’y a pas d’âge ou de circonstances incompatibles, depuis les préliminaires chez l’enfant -ne fais pas ça, petite cochonne! - jusqu’à la masturbation comme préambule à la mort chez les malades en phase terminale. On prête aux fous un onanisme anormal et incontrôlé, mais la seule différence, c’est que les gens normaux le font en privé».

M. Ortiz ajoute: «Un éminent professeur de psychiatrie a voulu définir la névrose à partir d’un exemple: le mari qui se masturbe dans le lit à côté de son épouse. Ce qu’on n’a jamais su, c’est s’il faisait référence à la névrose de l’homme, à celle de la femme ou si la phrase témoignait de sa propre névrose à lui». M. Ortiz avait introduit ainsi son chapitre: «Cela requiert un minimum de fantaisie. Le souvenir d’un amour lointain, une lecture salace ou l’image précise d’un corps éloigné mais présent par la photo. Il faut être seul, avoir l’esprit propice et le sexe dilaté. Comme dans tous les domaines, chacun a sa manie, mais la technique reste fondamentalement la même et consiste à se secouer la verge».

Trois belles ingénues

Secouer? Erreur de traduction? Ce verbe du 1er groupe pourrait être soumis à la critique des linguistes affûtés. On pourrait aussi s’interroger sur les raisons qui font que M. Ortiz semble volontiers assimiler la masturbation au sexe masculin. Dont acte. Il aurait de ce fait pu compléter avec l’issue habituelle de cette pratique qui permet généralement à l’auteur solitaire de prendre la mesure de l’existence et de la consistance de l’humeur qu’il excrète. Et force est de constater que si cette humeur fait l’objet de nombreux fantasmes, sa composition est rarement connue. «Parce qu’il y a autre chose que des spermatozoïdes dans le sperme! Mais quoi, au juste?» demandèrent, il y a quelques jours, trois belles ingénues. Cela se passait lors d’une réunion de rédaction de Slate.fr. Ce texte est, d’une certaine façon, la réponse pédagogique qui leur est due.

Sperme? On peut voir le sujet de loin et dire qu’il s’agit d’un liquide biologique expulsé du corps mâle à échéances plus ou moins régulières lors d’un processus dénommé éjaculation. Produit au terme d’une assez longue élaboration au sein des organes sexuels mâles, le sperme contient, certes, les spermatozoïdes, mais pas seulement. C’est en réalité une combinaison assez complexe de différents fluides dans lesquels les spermatozoïdes, rappelons-le, tous plus ou moins susceptibles de féconder l’ovocyte, sont comme maintenus en vie pour une durée relativement courte.

Les différents liquides le composant sont produits notamment par les vésicules séminales ainsi que par les glandes de Cowper. Ces dernières ne datent pas d’hier : elles ont été décrites en Angleterre par l’anatomiste William Cowper (1666-1709). Le fluide de l’éjaculat contient aussi des sécrétions de diverses origines (prostate, épididymes, etc.) sans oublier les vitamines C et B12 ainsi que de nombreux sels minéraux comme le magnésium, le phosphore, le calcium, le potassium et le zinc. Et des protéines, du sodium ainsi que deux sucres: le fructose et le sorbitol.

Surprises de taille

Rien de standard dans tout ceci: les proportions respectives de ces sécrétions varient selon l'individu, l’âge et, plus généralement, selon les «circonstances» (à commencer par les délais qui séparent une éjaculation de la précédente ou d'autres facteurs plus personnels encore). Dans le même ordre d’idée, on se gardera bien de dire ce qu’est le volume normal d’un éjaculat. Des surprises de taille peuvent exister. Certains évoquent des moyennes de l’ordre de deux à cinq millilitres (ou cm3). Des chiffres inférieurs ont toutefois été constatés, de même que d’autres, notablement au dessus des attentes volumétriques.

Si le volume ne compte guère, le contenu spermatique, lui, réclame parfois le trébuchet médical du spermogramme. Un sperme est ainsi considéré comme normalement fécondant lorsque sa densité en spermatozoïdes est comprise entre 20 et 200 millions de spermatozoïdes par cm3. Ne pas atteindre cette barre, c’est être dans le camp de l’oligospermie. D’une manière générale et constante, l’homme s’est attaché à définir ici ce qu’il en était de la qualité, de la normalité et de la fécondabilité. Il a ainsi démembré la réalité qui s’offrait à lui. On distingue ainsi: l’aspermie (absence d'éjaculat ou volume de sperme <0,5 ml), l’asthénozoospermie (moins de 50% des spermatozoïdes mobiles, une heure seulement après l’éjaculation), l’azoospermie (absence de spermatozoïdes dans l’éjaculat), la cryptozoospermie (azoospermie qui disparaît quand on regarde mieux au microscope) ou la nécrozoospermie (pas de spermatozoïdes vivants au moment de l’éjaculation).

On se gardera de pratiquer la masturbation indispensable au spermogramme (comme au don de sperme ou à la fécondation in vitro) sans s’être soigneusement lavé les mains et le pénis, si nécessaire, soigneusement décalotté. Des gants à usage unique peuvent ne pas être superflus alors que, bien évidemment, le latex du préservatif, lui, l’est. Le médecin (ou le biologiste de la reproduction) se penchera ensuite sur l’apparence du sperme à température ambiante, puis, une heure plus tard - temps de «liquéfaction» -, sur une série de caractéristiques visuelles (homogène, trouble, visqueux, gris, opalescent, transparent, consistance, viscosité, etc.).

L’âge venant, songez au régime (alimentaire)

La première étude à démontrer qu’un régime alimentaire est de nature à protéger le génome des spermatozoïdes contre les effets néfastes du vieillissement vient d’être publiée. Elle a été menée par des chercheurs du Berkeley Lab (Californie). Ils ont constaté qu'un apport de certains micronutriments (vitamines C, E, zinc et acide folique) permet d’améliorer la qualité de l’ADN des spermatozoïdes chez les hommes d’un certain âge. Leur travail et leurs conclusions ont été publiés dans Fertility and Sterility. Des recherches précédentes menées dans le même laboratoire californien avaient établi que plus un homme est âgé, plus il est susceptible de présenter des lésions génétiques au sein de ses spermatozoïdes. Les mutations géniques peuvent aussi expliquer une baisse des taux de fertilité masculine avec l’âge.

Cette analyse a été menée sur quatre-vingt volontaires mâles sains âgés de 22 à 80 ans. La première observation est simple : les hommes de plus de 44 ans qui consomment le plus de vitamine C ont 20% moins d’altérations génétiques de leur sperme que ceux, des mêmes âges, qui n’en consomment presque pas. Même observation pour la vitamine E, le zinc et l'acide folique. Pour ce faire, chaque participant avait rempli un questionnaire évaluant, à partir de sa consommation d’une centaine d’aliments, son apport moyen quotidien en vitamines. L'apport d'un micronutriment a alors été classé comme «faible», «modéré» ou «élevé». L’apport médian quotidien était de 162 milligrammes de vitamine C, 23,7 milligrammes de vitamine E, 2,586 microgrammes pour le β-carotène, 475 grammes pour les folates et 12,3 milligrammes pour le zinc. Il est alors apparu que de nombreux participants consommaient beaucoup moins que les apports alimentaires recommandés. La structure des ADN des spermatozoïdes était par ailleurs analysée par un laboratoire spécialisé.

«Il semble que la consommation de plus de micronutriments comme les vitamines C et E, acide folique et le zinc puisse aider le génome des spermatozoïdes chez les hommes plus âgés. Nous constatons que les hommes âgés de 44 ans et plus qui ont consommé au moins l'apport nutritionnel recommandé ont un sperme avec un ADN de qualité similaire à celui d’hommes plus jeunes», explique Andy Wyrobek (Berkeley Lab) qui a dirigé cette étude. Ainsi, les hommes à risque accrus de lésions géniques des spermatozoïdes en raison de leur âge avancé pourraient lutter contre ce vieillissement en s’assurant d’avoir des apports suffisants en vitamines et en oligo-éléments. C’est là une donnée importante, compte tenu de la proportion croissante d’hommes souhaitant avoir des enfants à des âges plus avancés que par le passé ; ce qui ne va pas sans soulever de nouvelles préoccupations de santé publique. L’une de ces préoccupations réside dans l’augmentation de l’incidence de mutations génétiques de novo comme vient de l’évoquer une publication de la revue Nature.

Les sous-vêtements ne sont pas toujours innocents

La même question (celle des agents pouvant jouer sur la qualité du sperme) est traitée dans la revue Human Reproduction. Une publication évoque un autre facteur de risque (modifiable): le type de sous-vêtements pourrait bien avoir un impact sur la qualité du sperme. Cette recherche a étudié les modes de vie et les antécédents médicaux d’hommes ayant des problèmes de fertilité et dont les spermatozoïdes avaient une motilité normale ou réduite. La question reste ouverte et controversée quant à savoir s’il existe une association entre la motilité des spermatozoïdes d’une part, et, de l’autre, le tabagisme, la consommation excessive d’alcool ou l'usage de drogues «récréatives». En revanche, le port de vêtements et de sous-vêtements serrés semble bel et bien pouvoir être associé à une motilité réduite des spermatozoïdes.

Cette étude «cas-témoins» a été menée par des chercheurs de l'Université de Manchester, de Sheffield et d’Alberta (Canada) auprès d’hommes âgés de 18 ans et plus, pris en charge au sein de quatorze cliniques spécialisées dans les traitements de la stérilité. De nombreux facteurs ont été analysés. Ils estiment être en mesure de recommander d’éviter le port des sous-vêtements serrés, au même titre que l'exposition à certains produits chimiques dans certains métiers manuels. Ce sont là, selon eux, des facteurs de risque (aisément modifiables pour ce qui est des sous-vêtements) de baisse de motilité des spermatozoïdes - et donc d’infertilité.

La noix quotidienne pourrait ne pas être inutile

On va voir maintenant que la consommation quotidienne de soixante-quinze grammes de noix par jour peut améliorer la qualité du sperme, sans pour autant être en mesure d’affirmer que cette amélioration aille jusqu’à résoudre les troubles masculins de la fertilité. Dans un contexte général d’infertilité croissante, une étude de l’Université de Californie (publiée dans l’édition du 15 août de la revue Biology of Reproduction) attire l’attention.

Le Dr Wendie Robbins et ses collègues de l'Université de Californie (Los Angeles) se sont intéressés à la question de savoir si l'augmentation des acides gras polyinsaturés pouvaient augmenter la qualité du sperme. On sait que parmi les meilleures sources d'acides gras polyinsaturés alimentaires il existe, outre le poisson et les huiles de poisson, certaines graines et noix riches en acide α-linolénique (ALA), un acide gras polyinsaturé du groupe des oméga-3. Les chercheurs ont réparti en deux groupes 117 hommes en bonne santé, âgés de 21 et 35 ans; l’un a été privé de noix, l’autre bénéficiait de soixante-quinze grammes quotidiens.

Spermogrammes, douze semaines plus tard : aucun changement significatif dans l'indice de masse corporelle, le poids corporel, ou le niveau d'activité n’a été constaté dans les deux groupes. En revanche, les jeunes hommes qui ont consommé des noix et augmenté ainsi leurs niveaux d'acides gras en oméga-6 et oméga-3 ont un sperme de meilleure qualité avec moins d'anomalies chromosomiques, mais aucune évolution du sperme du groupe témoin n’est constatée. Chacun peut bien évidemment en tirer la conclusion qui lui sied.

1 Ortiz M. Du Corps. Préface d’Antonio Tabucchi. Paris: Editions du Seuil, 2012.

Nous avons fait, il y a peu, une recension de cet ouvrage dans les colonnes voisines et amies de la Revue Médicale Suisse, (Rev Med Suisse 2012;8:1302-3).

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