Mais qu’arrive-t-il au sperme des Suisses?

Dernière mise à jour 06/08/19 | Article
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D’après une récente étude de l’Université de Genève (UNIGE), le sperme des Suisses est en dessous des valeurs de référence de l’Organisation Mondiale de la santé (OMS). Un résultat médiocre dont l’impact sur la fertilité est avéré. A quoi est due cette baisse de qualité? Quels facteurs altèrent le développement des spermatozoïdes? Éléments de réponse.

De nombreuses études épidémiologiques menées en Europe ces dernières décennies tendent à montrer une baisse de la qualité du sperme, en particulier sa concentration en spermatozoïdes qui diminue au fil des ans. Pour la première fois en Suisse, une équipe de chercheurs a voulu étudier la qualité du sperme helvétique. 2523 hommes âgés de 18 à 22 ans provenant de différents cantons ont participé à la recherche. Résultat: avec une concentration moyenne de 47 millions de spermatozoïdes par ml, le sperme Suisse est à la traîne en comparaison avec la moyenne européenne, qui se situe entre 41 et 67 millions par ml.

En se basant sur les références de fertilité de l’OMS, on constate également que seuls 38 % des Suisses possèdent des paramètres spermatiques (concentration, mobilité et morphologie) supérieurs aux normes établies. «Le sperme des Suisses semble en effet de moins bonne qualité que la moyenne internationale, constate le Dr Fabien Murisier, biologiste au centre médical de fertilité CPMA à Lausanne. Mais il est difficile de dire s’il s’est dégradé au fil des années, car il n’existe pas d’étude menée sur le long terme.»

Un impact sur la fécondité

Quel lien entre qualité du sperme et cancer des testicules?

En Suisse, environ 460 nouveaux cas de cancers testiculaires sont recensés chaque année, une prévalence en augmentation et plus élevée que chez nos voisins européens. «Plusieurs études ont montré que les personnes avec une mauvaise qualité de sperme étaient plus à risque de développer un cancer des testicules», souligne le Dr Fabien Murisier, biologiste au centre médical de fertilité CPMA à Lausanne. Parmi les hypothèses avancées pour expliquer la corrélation, celle d’un mauvais développement des organes génitaux pendant la période fœtale, induit par l’effet de perturbateurs endocriniens, qui entraînerait une fréquence plus importante d’anomalies génitales, une baisse de qualité du sperme et une augmentation du risque de cancer testiculaire. «Mais le lien reste à être clairement établi, d’autant que le cancer testiculaire est peut-être lui-même aussi à l’origine d’un appauvrissement du sperme.»

La corrélation entre mauvaise qualité du sperme et infertilité est en revanche bien établie. En dessous de 40 millions de spermatozoïdes par ml, «le temps pour parvenir à la conception d’un bébé augmente significativement», rappelle Serge Nef, professeur au Département de médecine génétique et développement de la Faculté́ de médecine de l’UNIGE et auteur de l’étude. Or en Suisse, 17 % des jeunes hommes présentent une concentration inférieure à 15 millions par ml, un seuil extrêmement critique pour la fertilité. Un constat qui se traduit depuis quelques années par le recours de plus en plus fréquent à la procréation médicalement assistée (PMA). Entre 2002 et 2016, le nombre de couples qui en ont bénéficié a augmenté de 70% en Suisse.

Pour établir un diagnostic de fertilité, de nombreux paramètres sont mesurés à travers un spermogramme, notamment le nombre, la mobilité et la morphologie des spermatozoïdes. Ils sont comparés aux normes édictées par l’OMS, à partir des données d’hommes devenus pères naturellement. «Le 5% d’individus présentant les plus mauvaises valeurs définissent le seuil de référence, explique le Dr Murisier. Ce qui signifie que les hommes qui sont en dessous de ce seuil de référence ne sont pas stériles, mais que leurs chances de concevoir naturellement sont statistiquement plus faibles.»

La faute à qui?

Pour expliquer la dégradation préoccupante de la qualité du sperme, plusieurs facteurs sont souvent pointés du doigt. L’aspect environnemental, en premier lieu. Le rôle des pesticides est depuis longtemps étudié pour son impact délétère sur les spermatozoïdes. Fumer nuit aussi à la qualité du sperme. Des études ont même établi que le tabagisme de la mère pendant la grossesse annonçait également une baisse de qualité du sperme chez le futur enfant. L’alcool, le cannabis et une mauvaise hygiène de vie en général ont eux aussi un impact négatif, tout comme la chaleur, les vêtements serrés ou la sédentarité. «Le testicule est prévu pour fonctionner à environ 35 degrés, soit 2 degrés de moins que le corps, rappelle Fabien Murisier. C’est un organe relativement sensible, où on voit plus rapidement qu’ailleurs les répercussions d’un mauvais état de santé.» Diabète, obésité, hypertension peuvent aussi avoir un impact délétère. C’est le cas également de la prise de médicaments, comme certains antiépileptiques ou de la testostérone, «mais il n’est pas toujours possible pour le patient d’arrêter ce type de traitement».

On sait également qu’il existe une composante génétique dans l’infertilité, pourtant naturellement vouée à disparaître, car sans progéniture il est impossible de transmettre les gènes impliqués. «Toutefois, grâce à la PMA, des hommes infertiles peuvent devenir pères, et donc éventuellement transmettre la caractéristique génétique de l’infertilité à leurs fils», explique le Dr Murisier.

En revanche, contrairement aux femmes chez qui l’on constate avec l’âge une diminution du stock d’ovules, le vieillissement n’altère pas tant la concentration du sperme. En revanche, elle atteint la qualité génétique des spermatozoïdes, entraînant un plus grand risque de mutations.

Enfin, il n’existe pour l’instant pas de conclusion scientifiquement établie pour ce qui est des ondes Wifi et du téléphone portable. «Mais les écrans ont néanmoins un impact sur la fertilité de façon indirecte, en remplaçant aujourd’hui bien des rapports sexuels», conclut le biologiste.

Des rapports fréquents influencent-ils la qualité du sperme?

D’après les observations cliniques, la réponse est «oui». Des éjaculations à intervalles rapprochés permettent de renouveler le stock de spermatozoïdes jeunes et donc de produire un sperme fécondant. «On a observé que chez les hommes qui ont eu une période d’abstinence de plus de 10-15 jours, la qualité du sperme est moins bonne, explique le Dr Fabien Murisier, biologiste au centre médical de fertilité CPMA à Lausanne. Dans le cas d’un parcours de procréation médicalement assistée par exemple, on demande donc une abstinence de moins de 7 jours et parfois même deux éjaculats à moins de 24h d’intervalle, le second étant souvent meilleur.»

En revanche, une fréquence des rapports trop importante risque de provoquer l’effet inverse, c’est-à-dire un épuisement des stocks. «Un rapport sexuel quotidien ou tous les deux jours durant les 5 jours qui précèdent l’ovulation, est la recommandation pour des chances de grossesse optimales.»

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 31/07/2019.

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