Cancers masculins: les hommes infertiles sont particulièrement à risque

Dernière mise à jour 25/02/20 | Article
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Face à l’augmentation ces dernières années des cas de cancers masculins (testicule et prostate) et, dans le même temps, à la diminution de la qualité du sperme dans les pays occidentaux, plusieurs travaux se sont penchés sur une éventuelle corrélation entre ces deux phénomènes. Et leurs résultats sont surprenants.

Un grand travail mené par des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) alerte sur la basse qualité du sperme des Suisses. En effet, d’après cette enquête, seuls 38% de nos concitoyens présentent des paramètres spermatiques (concentration, mobilité et morphologie) correspondant aux normes établies par l’Organisation mondiale de la santé. Pollution, alimentation, tabagisme de la mère pendant la grossesse, alcool, ou encore certaines maladies : plusieurs pistes sont évoquées pour expliquer cette mauvaise qualité du sperme, qui pourrait affecter la fertilité des hommes et expliquer en partie le recours de plus en plus fréquent à la procréation médicalement assistée (PMA). Entre 2002 et 2016, le nombre de couples qui en ont bénéficié a en effet augmenté de 70% en Suisse.

Durant cette même période, les chercheurs genevois ont également observé une augmentation du cancer des testicules. «Depuis 35 ans, ce cancer augmente de manière régulière pour atteindre plus de 10 cas pour 100’000 hommes, ce qui est très élevé comparativement à d’autres pays européens», constate Serge Nef, professeur au Département de médecine génétique et développement de la Faculté de médecine de l’UNIGE et co-auteur de l’étude.

Rapidement, des corrélations entre plusieurs paramètres ont été observées. On le sait, le syndrome de dysgénésie testiculaire correspond à l’augmentation de cas de cancers testiculaires et de malformations génitales (comme la cryptorchidie – testicules qui ne descendent pas dans le scrotum – et l’hypospadias – ouverture de l’urètre avant l’extrémité de la verge), ainsi qu’à une mauvaise qualité spermatique. Pour comprendre ce phénomène, «de nombreuses études ont été comparées. L’hypothèse qui en a émergé est celle d’une altération du développement testiculaire au stade fœtal comme origine commune», explique Rita Rahban, chercheuse au Département de médecine génétique et développement de l'UNIGE. Pour expliquer cette altération, la piste d’une exposition à des facteurs environnementaux, durant la période fœtale, apparaît la plus probable.

Risque accru de cancer de la prostate

Le développement testiculaire anormal menant à une mauvaise qualité du sperme a-t-il d’autres répercussions? Vraisemblablement. Des chercheurs suédois ont comparé le risque de cancer de la prostate chez des hommes ayant eu recours à la procréation médicalement assistée en raison d’une mauvaise qualité du sperme et chez d’autres devenus pères naturellement. Après avoir suivi pendant vingt ans une cohorte de plus d’un million d’individus, leurs conclusions sont surprenantes. En comparaison des hommes ayant conçu un enfant naturellement, ceux qui avaient eu recours à une aide à la procréation avaient un risque de cancer de la prostate significativement plus important. Ce risque était plus élevé de 30% chez les hommes ayant eu recours à une FIV seule, et de 60% chez ceux ayant bénéficié d’une FIV associée à la technique d’injection intra cytoplasmique de spermatozoïde (ICSI). Chez ces derniers, la survenue du cancer semblait d’ailleurs être également plus précoce, en moyenne deux ans avant le groupe de référence. «L’ICSI est indiquée chez les hommes qui ont très peu de spermatozoïdes, explique Rita Rahban. Il s’agit d’une technique plus invasive où le spermatozoïde n’est pas seulement mis en contact avec l’ovocyte, mais directement introduit à l’intérieur.»

Mais alors que le lien entre qualité du sperme et développement testiculaire semble évident, comment expliquer celui entre infertilité et cancer de la prostate, organe non reproducteur? Pour la chercheuse, l’explication serait hormonale. «Le lien ici ne s’explique pas nécessairement par un problème durant le développement fœtal, mais plutôt au niveau de la régulation hormonale. La prostate, comme l’appareil reproducteur, étant fortement impactée par l’action des androgènes.»

Un suivi personnalisé

A l’issue de leurs recherches, les scientifiques ont donc émis des recommandations pour les hommes à l’infertilité avérée – en particulier ceux ayant eu recours à une FIV avec ICSI –, en rappelant qu’ils «constituent un groupe à risque pour lequel le dépistage et un suivi à long terme du cancer de la prostate peuvent être bénéfiques». Une mesure préventive malgré l’absence, pour le moment, de lien de cause à effet entre infertilité et cancer qui devra faire l’objet de plus amples études sur le long terme. «Il s’agit pour l’instant d’une simple association, précise Rita Rahban. Les hommes qui ont des problèmes de fertilité ne vont pas forcément développer un cancer des testicules ou de la prostate, et inversement.»

Cancer de la prostate et des testicules: dépasser le tabou

Les hommes ont-ils plus honte que les femmes de ces maladies qui touchent à leur intimité? Quoi qu’il en soit, ils sont encore nombreux à ignorer le dépistage des cancers masculins, pourtant essentiel pour une prise en charge optimale et un traitement efficace. «Dépistés tôt, ces cancers se soignent bien, surtout celui des testicules pour lequel la mortalité est très faible», indique le Pr Christophe Iselin, médecin-chef du Service d’urologie des Hôpitaux universitaires de Genève.

En Suisse, environ 460 nouveaux cas de cancers testiculaires sont recensés chaque année. «C’est une maladie relativement rare mais qui survient souvent chez les sujets jeunes, en général entre 20 et 35 ans», explique le Pr Iselin. D’où l’importance de procéder régulièrement à un auto-dépistage par auto-palpation. Toute anomalie ou modification du testicule constatée, même indolore, doit inciter à consulter un médecin pour une investigation plus poussée. Les symptômes spécifiques courants sont le gonflement d’un testicule, une zone dure ou un nodule, une sensation de tiraillement, une zone sensible au toucher ou encore un gonflement des glandes mammaires. Ces signes peuvent survenir sur un ou les deux testicules (dans environ 5% des cas).

Quant au cancer de la prostate, il reste le cancer le plus fréquent chez l’homme et représente 30% des diagnostics. Il concerne essentiellement des personnes de plus de 50 ans. Ce cancer bénéficie de traitements de plus en plus performants qui ont permis de faire reculer sa mortalité de façon conséquente. Deux examens permettent de détecter une éventuelle tumeur: la mesure du taux de PSA dans le sang, ainsi que, plus rarement, le toucher rectal. Le dépistage du cancer de la prostate reste néanmoins un sujet à controverse. «Ce qui est prôné actuellement est la détection précoce, car il est toujours plus efficace de traiter un cancer resté localisé à l’intérieur de la prostate, précise le Pr Iselin. Toutefois, le diagnostic peut parfois aboutir à ne pas traiter certaines tumeurs à faible risque d’évolution, en raison de l’absence de bénéfice pour le patient.» Les effets secondaires des traitements du cancer localisé de la prostate sur la sexualité sont heureusement de moins en moins fréquents, grâce à l’amélioration des techniques et outils chirurgicaux, ainsi que des appareils de radiothérapie devenus plus précis. La tendance est aujourd’hui d’envisager une prise en charge individualisée au sein d’un centre multidisciplinaire capable de dispenser une panoplie complète d’investigations et de traitements.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 02/02/2020.

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