Violences: les femmes font confiance au milieu médical

Dernière mise à jour 12/12/11 | Article
Confiance, discrétion, disponibilité et sensibilisation à la problématique. Voici pourquoi les femmes victimes ou témoins de violences préfèrent se confier dans un milieu médical, si possible une maternité.

Confiance, discrétion, disponibilité et sensibilisation. Voici les quatre points qui font que les femmes victimes ou témoins de violence en Suisse privilégient les milieux hospitaliers, les maternités en particulier, pour se confier, selon une étude menée par le Département de gynécologie et d’obstétrique du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) en 2008.

Un sujet tabou

 En Suisse, une femme sur cinq est victime de violences au cours de sa vie, un taux qui monte à 7% quand elles sont enceintes. Elles ne savent pas à qui parler de ce sujet tabou, elles pensent souvent à leur médecin, mais selon plusieurs études, elles osent rarement se confier spontanément. Or ces derniers, invoquant notamment la peur d’offenser leur patiente, sont souvent réticents à traiter de ce sujet difficile avec elles combien même les effets délétères de la violence sur la santé sont largement documentés et malgré les recommandations de plusieurs sociétés médicales en faveur d’un dépistage systématique de la violence dans les centres de soins.

Quinze patientes ont accepté de participer à l’enquête du CHUV. Parmi elles, deux ont admis avoir été victimes de violences graves de la part d’un partenaire dans le passé, alors qu’une autre fut vraisemblablement victime de violences sexuelles dans son pays d’origine. Deux patientes ont mentionné que certaines de leurs proches ont séjourné dans un centre d’accueil pour femmes victimes. Une dernière a confié être témoin auditif de violences subies par sa voisine de palier. Six patientes sur quinze (40%) étaient donc concernées directement ou indirectement par la problématique.

Plusieurs questions leur ont été posées (lieu idéal pour se confier, interlocuteur, meilleure façon de sensibiliser, où et comment). Il ressort de leurs réponses que les milieux médicaux représentent les structures les plus adaptées. Les patientes qui ne connaissent pas les réseaux de prise en charge ont spontanément pensé à la police. Mais celles qui ont eu recours à la police ont jugé cette structure inadéquate. L’une car les policiers n’ont pas voulu la croire, une autre parce qu’elle estime que la police fait assumer aux victimes la responsabilité des violences subies. La prise en charge médicale, psychologique, discrète, rassure davantage. L’hôpital est en outre perçu comme un pivot capable d’orienter les victimes vers d’autres institutions appropriées.

La maternité, un endroit idéal

 L’ensemble des patientes s’est accordé sur la maternité comme lieu de dépistage et de prise en charge idéal. Elles font en effet spécialement confiance à la sensibilisation supposée du personnel à la problématique. La grossesse représente, selon elles, une bonne opportunité pour le personnel d’aborder le sujet, histoire de pouvoir prendre en charge les femmes victimes de violences après l’accouchement. Deux patientes estiment qu’elles se confieraient au personnel du Planning familial, d’autres mères se souviennent avoir eu un excellent contact avec les sages-femmes et les aides-soignantes. «Elles ont plus de temps, elles sont plus proches des patientes que le médecin. Il y a plus de possibilité de parler.» Se confier au gynécologue paraît plus difficile, en raison de la présence éventuelle du mari lors de la consultation ou de la peur de ne pas être crue. Seule une patiente se confierait en premier lieu au gynécologue. «Avec son vécu professionnel de plusieurs années, on peut lui faire confiance», a-t-elle estimé.

Quant aux moyens de diffusion des messages de prévention et d’orientation, il ressort de l’enquête que plus ils sont discrets, mieux ils sont acceptés. Les patientes ont jugé qu’une brochure exposant la problématique, fournissant les coordonnées de sites de prise en charge et pouvant entrer dans un sac à main, est idéale, plus que de grandes affiches “qu’on se contente de regarder de loin et qui n’aident pas beaucoup”. Une campagne audiovisuelle sous forme de spots à diffuser dans une salle d’attente pourrait aussi être efficace. Une majorité des patientes mentionne également le comptoir de la réception d’une clinique, voire ses toilettes, en raison du temps dont on dispose avant la consultation et de la discrétion du lieu.

Quel que soit le type de professionnel de la santé cité par les patientes comme meilleur interlocuteur, l’essentiel pour elles semble qu’il présente les qualités suivantes: être capable d’une écoute empathique, sensibilisé à la problématique et avoir le temps. Les résultats de l’enquête du CHUV rejoignent ceux de quatre autres études. Elles montrent que l’immense majorité des femmes sont favorables au dépistage de la violence domestique par les professionnels de la santé.

Référence 

Article adapté de « Violence : les femmes font confiance au milieu médical », Raphaelle Burquier*…,  Marie-Claude Hofner*, Maria-Théresa Adjaho, Drs Mia Cespedes, Pr Patrick Hohlfeld, Saira-Christine Renteria. Département de gynécologie, d’obstétrique et de génétique médicale et *Centre universitaire romand de médecine légale, CHUV,  in Revue médicale suisse 2010; 6: 526-9, en collaboration avec les auteurs.

Cette étude a été menée à la maternité par le Département de Gynécologie, obstétrique et génétique médicale du CHUV en collaboration avec l'Unité de médecine des violences (UMV).  La consultation de l'UMV ouverte en 2006 offre des prestations originales aux victimes de violence (accueil et écoute, établissement de la documentation médicolégale et orientation dans le réseau). De plus l'UMV assure la formation de nombreux professionnels du domaine socio-sanitaire  et développe un important travail de recherche.

Pour en savoir plus :

www.curml.ch/curml_home/curml-qui-sommes-nous/curml-umv.htm

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