Soigner le couple grâce aux neurosciences

Dernière mise à jour 12/12/11 | Article
Le désir sexuel fait appel à des mécanismes conscients et inconscients. Un bilan hormonal et neurologique peut aider dans la prise en charge de couple souffrant de troubles du désir sexuel.

Un mariage sur deux se termine par un divorce, selon des statistiques récentes. Autant dire que le nombre de consultations de couples en crise ne cesse d’augmenter en Suisse, notamment dans la consultation de sexologie des Hôpitaux universitaires de Genève. Grâce aux récentes avancées scientifiques concernant les mécanismes conscients et inconscients sous-tendant le désir d’union dans la relation, la médecine sexuelle a progressé dans la prise en charge clinique du couple.

Les recherches portant sur l’étude du lien entre deux individus augmentent. Par exemple, des travaux en neurobiologie et psychobiologie montrent que le lien entre deux personnes implique des neurotransmetteurs et des hormones variés. Le développement des neurosciences et des techniques d’imagerie permet d’avoir des mesures objectives des mécanismes inconscients qui entrent en jeu lorsque deux personnes interagissent et se désirent.

On peut donc dire que les progrès de la science permettent de comprendre les difficultés relationnelles dans la vie de couple sous différents aspects, comme par exemple des désordres liés aux hormones ou cérébraux. Et bien que les clés de la neuroimagerie n’ouvrent pas toutes les portes des mécanismes de la relation de couple, il est important de prendre en considération les résultats de cette discipline de manière complémentaire aux approches diagnostiques et thérapeutiques classiques pour une meilleure appréciation et prise en charge du trouble du désir dont souffre le couple.

Les neurosciences et le couple

Au niveau cérébral, le désir sexuel implique des mécanismes inconscients et conscients de récompense, de satisfaction, d’attention, d’identification à l’autre et également de représentation mentale de soi.  

De nombreux chercheurs se sont penchés sur l’importance du regard. Ainsi, certaines études ont montré que les couples se regardent environ 30 à 60% du temps et que les personnes qui se regardent souvent dans les yeux éprouvent plus de sentiments d’attachement l’un envers l’autre et de sentiments amoureux que les personnes qui ne se regardent pas directement dans les yeux. De même, lorsqu’une personne désire une autre personne, elle cherche son regard beaucoup plus souvent que lorsqu’elle ne le désire pas. Et l’on sait que seuls les couples qui se désirent ont ces longs échanges de regards fixes.

Ces résultats comportementaux vont dans le sens de récentes études en imagerie cérébrale qui montrent que l’attirance envers un individu augmente l’activité cérébrale dans une région du cerveau impliquée dans les mécanismes de récompense lorsqu’il entre en contact avec le regard de la personne désirée. Cette activité cérébrale diminue lorsque la première n’échange plus de contacts avec les yeux de la seconde personne.

Les neurones miroirs

Un chercheur du XIXe siècle, fasciné par le fait que les couples peuvent projeter de manière inconsciente leurs désirs à travers leurs positions corporelles, a réalisé toute une série d’expériences scientifiques afin de mettre ce phénomène en évidence. A travers celles-ci, il a observé qu’au sein d’un couple, les deux individus s’inclinent souvent l’un vers l’autre. Quant à la distance corporelle entre les deux individus du couple, les recherches scientifiques montrent que plus deux individus se désirent, plus ils se tiennent proches l’un de l’autre.

Les recherches contemporaines renforcent cette hypothèse. En effet, la découverte récente des neurones miroirs, ces neurones sensori-moteurs qui s’activent chez un individu quand celui-ci agit ou simplement quand il observe quelqu’un d’autre agir, montre que ce système cérébral impliqué dans l’imitation serait plus impliqué dans les couples qui se désirent. En effet, il apparait que ces neurones s’activent encore plus facilement si la personne que l’on regarde agir est quelqu’un avec qui on a une affinité, par exemple quelqu’un que l’on désire. Initialement découverts chez le singe, les neurones miroirs existent aussi chez l’homme.  Une lésion cérébrale au sein de ce système miroir peut avoir des conséquences dramatiques sur les relations interpersonnelles au sein du couple.

Références

Adapté de « Inconscient et désir sexuel : évidences en IRMF et EEG, de la théorie d’expansion de soi aux neurones miroirs », Pr Stephanie Ortigue, Department of Psychology, Syracuse University, Syracuse, NY, USA, Dr Francesco Bianchi-Demicheli,  Consultation de gynécologie psychosomatique et sexologie Service de psychiatrie de liaison et d’intervention de crise, Département de psychiatrie et Unité d’endocrinologie gynécologique et de médecine de la reproduction,  Département de gynécologie-obstétrique, HUG, in Revue médicale suisse 2010 ; 6 : 620-4, en collaboration avec les auteurs.

A LIRE AUSSI

Borderline
Enfant triste

Comment apparaît le trouble de la personnalité borderline?

Ces dernières décennies, des recherches approfondies ont été consacrées aux origines du trouble de la...
Lire la suite
Troubles bipolaires
masques

Médicaments pour le traitement des troubles bipolaires

Ces médicaments psychotropes sont utilisés pour traiter les fluctuations extrêmes de l’humeur telles...
Lire la suite
Borderline
reflet d'un visage dans un miroir

Critères diagnostiques du trouble de la personnalité borderline?

Neuf critères diagnostiques sont utilisés pour diagnostiquer le trouble de la personnalité. Ils vous...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet

Synchroniser le désir dans le couple

Faire coïncider les envies, cela ne va pas de soi. Il faut y travailler dans un esprit ouvert.
L’attraction sexuelle génétique entre parents, mythe ou réalité?

L’attraction sexuelle génétique entre parents, mythe ou réalité?

Etre attiré par une personne avec qui on a des liens du sang dérange profondément et soulève une foule de questions d’ordre moral et éthique.
Les pieds d'un bébé

Le bébé: un cauchemar pour le couple?

Auréolée de bonheur, l’arrivée d’un enfant n’en bouleverse pas moins le couple, qui devient alors une famille. Un passage délicat qui ne se fait pas toujours sans heurts, mais dont chacun peut sortir grandi.
Videos sur le meme sujet

La violence conjugale: Elle est inacceptable!

La violence entre conjoints touchent majoritairement les femmes, mais aussi les hommes. Les caméras de L'antidote abordent le sujet avec Philip Jaffém psychologue et directeur de l'institut universitaire Kurt Bosch à Bramois.

Les T.O.C, la prison psychologique

L'ordre, la rigueur, le fait de vérifier si une tâche est bien accomplie, ces traits de caractère sont à priori plutôt considérés comme étant des qualités. Mais parfois ces qualités peuvent se transformer en handicap. Cette vidéo vous parle des T.O.C ou Troubles Obsessionnels Compulsifs.

Schizophrénie: Privilégier le lien social

La schizophrénie : en Suisse environ une personne sur cent connaitrait des troubles schizophréniques, c'est beaucoup et l'on a toujours de cette maladie une image caricaturale, parfois encore associée à la folie. Le point sur cette maladie avec l'antidote.