Quand le mariage, au fil du temps, vous empêche de voir la vie en rose

Dernière mise à jour 27/05/14 | Article
Quand le mariage, au fil du temps, vous empêche de voir la vie en rose
Des chercheurs américains en psychologie dressent un bilan pas vraiment rassurant des effets du stress conjugal chronique.

Le mariage, tous les mariés (et ceux qui le furent) le savent, c’est la plus belle ou la pire des choses. Pour ce qui est de la médecine, on a déjà démontré qu’il peut protéger (plus ou moins) contre l’alcoolisme, ou qu’il peut être un atout en cas de cancer. Mais il y a aussi l’autre face de la réalité: les risques d’apparition d’une forme de vulnérabilité à la dépression. Risques associés au stress conjugal chronique. C’est la conclusion d’une étude de chercheurs de l’Université de Wisconsin-Madison qui montre que des tensions prolongées au sein d’un couple peuvent réduire la capacité des deux époux à apprécier les expériences positives et des instants partagés qui auraient auparavant été perçus comme éminemment joyeux. Et mener à de véritables syndromes dépressifs.

Stress conjugal

Ce travail a été dirigé par Richard J. Davidson (Psychology Department, Waisman Laboratory for Brain Imaging and Behavior and Center for Investigating Healthy Minds, University of Wisconsin-Madison). Il vient d’être publié dans le Journal of Psychophysiology.1

Cette étude de longue haleine a été menée auprès de 116 participants volontaires, hommes et femmes, mariés et âgés de 39 à 84 ans. Elle a consisté à évaluer le plus précisément possible comment le stress conjugal pouvait influencer la réactivité ou la récupération face à un stimulus émotionnel. Les participants ont, au départ de l’étude, fourni une série de renseignements sur leur «niveau de stress» (sur une échelle de 6 points) qui décrivent leur vécu quant à la qualité de vie avec leur partenaire et leur état vis-à-vis du risque de dépression.

«Muscle de la tristesse»

Neuf années plus tard, de nouvelles évaluations ont été pratiquées. Puis, onze ans après le début de l’étude, les participants ont passé un «test de réaction émotionnelle» en laboratoire: ils ont dû regarder 90 images positives, neutres ou négatives. Dans le même temps, les chercheurs enregistraient leur comportement, et en particulier les mouvements musculaires des sourcils (contractions électriques du sourcilier ou «muscle de la tristesse»).

Pour les chercheurs, la somme de ces analyses montre que les personnes qui présentent les signes les plus marqués de stress conjugal chronique sont moins capables que les autres de savourer des expériences pouvant être objectivement considérées comme «positives», une des caractéristiques des syndromes dépressifs. Ces résultats laissent penser qu’au fil du temps le stress conjugal peut influer sur la santé d’une manière globale. Le stress conjugal a déjà été associé à une incidence plus élevée de troubles psychiatriques, en particulier de dépression majeure.

Méditation

Pour Richard Davidson, professeur de psychologie et de psychiatrie, on peut voir là une cascade d’événements qui, au final, empêchent de «voir la vie en rose»2. Il s’agit, selon lui, d’une donnée importante: ces résultats peuvent aider à comprendre ce qui rend certaines personnes plus vulnérables que d’autres aux émotions négatives et aux troubles mentaux. C’est là un constat qui devrait selon lui inciter au développement d’interventions spécifiques de prévention. Il pourrait, par exemple, s’agir d’avoir recours à la méditation.

1. Le texte (en anglais) de cette étude est disponible ici.

2) L’expression «voir la vie en rose» («tout voir du bon côté») équivaut à une forme de plénitude, de sensation durable d’optimisme. Elle a été rendue célèbre (notamment dans le monde anglophone) par une chanson interprétée par Edith Piaf (1915-1963), chanteuse française dont la vie a été marquée par de nombreux événements, pas toujours heureux. On peut entendre ici une interprétation de cette chanson datée de 1946. On verra ici ce qu’il en est de son histoire.

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