Préserver la sexualité pour mieux la vivre

Dernière mise à jour 02/07/17 | Article
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Faire l’amour… trop, trop peu, malade. Devenue la cible de normes parfois nécessaires, souvent arbitraires, la sexualité est aujourd’hui le lieu de la performance, l’objet de pressions potentiellement ravageuses pour soi, le conjoint, le couple.

Reflet de notre histoire et des turbulences du présent, notre sexualité peut nous épanouir comme assombrir nos vies de par son absence, son exigence, ses pannes ou ses failles. Seul ou en couple, consulter peut être libérateur.

Les causes les plus fréquentes de consultation? Le manque de désir, les problèmes d’érection et l’éjaculation précoce. Mais ce n’est pas tout. Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) font par exemple face à des demandes croissantes en lien avec la dysphorie du genre (trouble lié à l’identité sexuelle), l’hypersexualité, les troubles psychiatriques péjorant la vie intime ou encore les comportements sexuels ayant entraîné une obligation de soins par la justice.

Face à ces demandes, quelle prise en charge? «Celle-ci se doit d’être personnalisée, médicale, professionnelle, et commence le plus souvent par un bilan complet», explique le Dr Francesco Bianchi-Demicheli, responsable de la consultation de gynécologie psychosomatique et médecine sexuelle des HUG. Car si on a longtemps mis les problèmes sexuels sur le compte du psychisme, voire de la folie, on en est souvent loin. «Passé 50 ans par exemple, 80% des troubles érectiles sont d’origine organique, révèle le médecin. Encore aujourd’hui, trop de pseudo-sexologues partent sur des pistes psychologiques farfelues, alors que le problème est hormonal ou cardiaque! Notre démarche multidisciplinaire nous permet d’orienter les patients selon la nature de leurs difficultés.» Pour certains, il s’agira d’une intervention sur le plan physique, pour d’autres, essentiellement psychique, ou les deux.

Tant de normes qui n’existent pas

«L’un des troubles classiques chez les femmes est le manque de désir. Or, contrairement à ce qui est possible pour les hommes, nous disposons de très peu de traitements pharmacologiques pour pallier ce problème, reconnaît le Dr Lorenzo Soldati, médecin adjoint responsable de la consultation spécialisée de sexologie des HUG. En revanche, la sexothérapie ou la thérapie de couple fonctionnent souvent bien.» Et puis il y a les cas ambigus, ou encore mal compris de la médecine, comme l’hypersexualité. «Si elle n’est pas répertoriée parmi les troubles psychiatriques, elle est bien concrète et génère des souffrances, débouchant parfois sur la dépression et l’implosion du couple», constate le psychiatre. Et de rappeler: «La sexualité est un enjeu clé de l’estime de soi, de l’épanouissement, mais aussi de l’accès à la parentalité. Quand elle dysfonctionne, c’est tout cela qui est mis à mal.»

En filigrane des troubles, bien souvent: la présence de diktats oppressants ou mettant une pression artificielle sur les partenaires. «L’un des défis de la médecine sexuelle est d’aider les patients à s’émanciper de tant de normes auxquelles ils se réfèrent mais qui n’existent pas! réagit Mylène Bolmont, psychologue-sexologue aux HUG. L’objectif est avant tout que chacun accepte sa sexualité telle qu’elle est et que celle-ci puisse se fondre avec celle de l’autre.»

Empreinte de nous-mêmes

La sexualité se présente donc comme une empreinte de nous-mêmes, unique et mouvante, au fil de la vie et des époques. «Il y a eu des moments de transition, comme l’arrivée de la pilule contraceptive, qui a dissocié la procréation et la sexualité, la libération sexuelle, puis la pandémie du SIDA qui a mis un frein à cette émancipation, rappelle Lorenza Bettoli Musy, responsable de l’unité de santé sexuelle et planning familial des HUG. Aujourd’hui, nous faisons face à de nouveaux défis: l’impact d’Internet et des réseaux sociaux sur les comportements sexuels et amoureux, les droits sexuels pour tous, les questions inhérentes au mouvement LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres). Il est crucial d’y faire face avec professionnalisme et respect.»

Un constat partagé par le Pr François Ansermet, responsable du Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent: «Nous vivons un profond remaniement des représentations, des pratiques, des désirs, des identités. Pendant longtemps, les extrêmes s’opposaient, hommes et femmes affichaient leurs spécificités absolues. Aujourd’hui, nous sommes dans l’ère du “genre fluide”. Certains jeunes se revendiquent “bi-genre” ou même “sans genre”. En tant que soignants, nous devons faire face à ces nouvelles demandes et suivre ces évolutions.»

Alors la médecine sexuelle s’invente et innove. «La discipline est née en psychiatrie, et il reste important que le psychisme soit au cœur des réflexions. Mais comme de nombreux domaines, la médecine sexuelle profite des nouvelles technologies, affirme le Dr Bianchi- Demicheli. Aujourd’hui, l’eye tracking par exemple, qui est un outil basé sur l’observation d’images, nous permet de mieux comprendre le désir. Demain, nous serons capables de le re-stimuler via la neurobiologie. Pour la dysfonction érectile, nous allons bénéficier de techniques chirurgicales sophistiquées, d’ondes de choc, de nanotechnologies, voire même de cellules souches. L’un des principaux enjeux sera de concilier ces techniques de pointe et la nature même de la sexualité et du désir dans ce qu’ils ont de plus complexe, intime, vivant et subtil.»

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Article repris du site  pulsations.swiss

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