Anxieux un jour, anxieux toujours. Pourquoi?

Dernière mise à jour 18/07/12 | Article
Regard anxieux
Grâce à des chercheurs allemands, on en sait un peu plus sur les raisons intimes qui font que certains traumatismes anxieux peuvent rester ancrés au plus profond de nous. Avec toutes les conséquences qui peuvent en résulter.

Certaines anxiétés ne disparaîtront jamais. Quoique l’on fasse elles resteront gravées au plus profond de nous, c'est-à-dire (du moins pour les spécialistes des neurosciences) dans l’intimité de notre substance cérébrale. A quoi peut bien tenir une telle rémanence, étonnante autant que troublante? Des chercheurs (psychiatres et radiologues) de l'Université de Bonn viennent de lever une partie du mystérieux voile: ils ont réussi à décoder un mécanisme moléculaire qui nous éclaire sur les raisons qui font qu’un traumatisme peut devenir gravé dans notre mémoire. Accusées: des protéines connues des chercheurs du vivant sous le nom de dynorphines; des molécules opioïdes capables d’apaiser les émotions mais aussi de favoriser ultérieurement un processus actif de récupération. Cette découverte vient d’être publiée sur le site et dans les colonnes du Journal of Neuroscience.

Certains troubles anxieux restent gravés

Il est des cas où le fait d’être envahi par une sensation d’intense anxiété peut nous interdire de nous engager dans une situation alors perçue comme étant éminemment dangereuse. Mais le plus souvent, la mémoire de ces situations s’efface progressivement avec le temps. Puis il en est d’autres qui correspondent à des registres mnésiques radicalement différents, tout se passant comme si l’anxiété vécue devait rester éternellement à fleur de peau. Pour le Dr Andras Bilkei Gorzo (Institut de psychiatrie moléculaire de l’Université de Bonn), celles et ceux qui sont concernés ont certes appris comme tous (via un processus d'apprentissage actif) qu'ils n'ont plus besoin d'avoir peur une fois le danger passé. Pour autant, à la suite d’un stress psychique extrême, des troubles anxieux chroniques peuvent se développer chez eux sans jamais véritablement disparaître.

Ces experts en psychiatrie moléculaire et en radiologie numérique démontrent au moyen d'une série d'expériences conduites chez la souris, que les dynorphines jouent un rôle important dans cette forme de résurgence pathologique du sentiment anxieux. Le Dr Andreas Zimmer, directeur de l'Institut de psychiatrie moléculaire rappelle quant à lui que les dynorphines font partie du groupe des opioïdes qui comprend également les endorphines qui entrainent un effet analgésique et euphorique. A l’inverse, les dynorphines sont connues pour apaiser l'humeur et les émotions.

Les expériences allemandes montrent ce qu’il en est chez des souris créées par recombinaison génétique et privées du gène codant pour la dynorphine. L'équipe de l’Université de Bonn observe qu’après avoir exposé les souris à un choc électrique, les animaux présentent des symptômes d'anxiété persistants et ce même si elles n'ont pas été confrontées à ce stimulus désagréable sur une longue période. Chez les souris dotées d’une quantité normale de dynorphine, les symptômes se calment rapidement. Or, ces résultats obtenus chez des rongeurs de laboratoire sont transférables à l’homme. Ce dernier présente également, naturellement, des variations génétiques dans la production de dynorphine qui conduisent à des niveaux cérébraux différents de cette substance. Les chercheurs ont testé trente-trois participants volontaires. Soumis à des stimuli visuels désagréables, les participants montrent des réactions plus ou moins prolongées au stress initial et ce en fonction de leur niveau de production de dynorphines.

Des pistes de thérapie?

Ainsi donc, chez l'homme comme chez la souris, le gène de la dynorphine joue un rôle clé dans la réponse aux situations stressantes. Les techniques d’imagerie cérébrale montrent que dans de telles situations l'amygdale cérébrale est également activée de manière plus ou moins prolongée. La disparition progressive de cette anxiété  est ensuite un processus actif qui mobilise le cortex préfrontal. Or, précisément, en cas de déficience en dynorphine, le couplage entre le cortex préfrontal et l'amygdale apparaît réduit. Les scientifiques espèrent à partir de ces résultats, être en mesure de développer à long terme une nouvelle approche thérapeutique pour les patients handicapés par un trop plein d’anxiété. Ces données devraient également être prises en compte par certaines thérapies cognitives comportementales qui se fondent notamment sur la réexposition conditionnée à des situations traumatisantes. Le seront-elles un jour par les tenants d’une approche analytique des processus psychiques?

Les femmes plus anxieuses que les hommes

Ajoutons, au volumineux chapitre de l’anxiété, une récente étude publiée dans l’International Journal of Psychophysiology qui risque d’énerver les tenants à tout crin de la parité absolue. Elle  tend à démontrer que, dans les situations anxiogènes, le cerveau des personnes du sexe féminin «travaillerait» à un niveau nettement plus élevé que celui de celles du sexe masculin. garçon. Ce travail a été mené par des chercheurs de la Michigan State University (MSU). Elle pourrait déboucher, sinon sur de nouveaux traitements des troubles de l’anxiété du moins sur un mode de dépistage précoce plus affûté car mieux compris des troubles anxieux chez les jeunes filles.  

Jason Moser, spécialiste de psychologie et auteur principal de l’étude, explique en effet que ses résultats pourraient permettre d’identifier de manière précoce, les jeunes filles à risque élevé de troubles anxieux comme les troubles obsessionnels compulsifs.

Ses résultats? Lors de son expérience, on a demandé à 149 étudiants (79 jeunes femmes et 70 hommes) de réaliser des tâches de plus en plus complexes tandis que leur activité cérébrale était enregistrée grâce à un système d’électrodes. Au final, on s’aperçoit que seules les filles répondent à l’anxiété par une forte activité cérébrale. Les participants étaient simplement invités à identifier la lettre du milieu dans une série de 5 lettres, sur ordinateur. Parfois, la lettre du milieu était identique aux 4 autres, parfois différente. Les participants devaient également auto-évaluer leur niveau d’anxiété. Aujourd’hui, l’équipe de la MSU poursuit ses recherches pour déterminer si un climat œstrogénique pourrait participer à des réponses cérébrales plus intenses dans des situations anxiogènes. Là encore la psychanalyse aura certainement quelques lumières à nous apporter.

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