«Pratiquer l’hypnose est une façon de prendre soin de soi»

Dernière mise à jour 21/10/20 | Questions/Réponses
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Proposée à l’hôpital, mais non remboursée par l’assurance maladie, puissante mais 100 % naturelle, fascinante mais d’une étonnante simplicité, l’hypnose a de quoi déstabiliser par ses paradoxes. Pour le Pr Eric Bonvin, psychiatre, psychothérapeute, directeur de l’Hôpital du Valais et spécialiste de l’hypnose depuis plus de trente ans, elle est surtout un moyen d’apaiser la souffrance, quelle qu’elle soit. Interview.

         

Depuis l’hôpital jusqu’au cabinet du dentiste, on parle de plus en plus d’hypnose – et d’autohypnose – dans le cadre des soins. Après avoir été malmenée par la médecine pendant des siècles, l’hypnose a-t-elle aujourd’hui la place qui lui revient?

Pr Eric Bonvin: En médecine, on s’occupe de la maladie – la détecter, la comprendre, la traiter –, mais très peu, voire pas du tout, de ce que le patient perçoit de cette maladie et de comment il la vit. Certaines personnes vont l’intégrer, y voir même un incident «positif» dans leur parcours, l’occasion par exemple de remettre en question un mode de vie qui ne convenait pas. Mais pour d’autres, la sentence est insupportable. L’hypnose permet de laisser une place à ses propres perceptions. La finalité est de parvenir à «faire avec» ce qui survient, qu’il s’agisse d’une annonce douloureuse, d’une douleur chronique ou encore d’un acte médical éprouvant. Côté soignant, intégrer l’hypnose à la pratique permet de donner une place aux perceptions éprouvées par le patient et ainsi de ré-humaniser la médecine, mais également de faire évoluer certains soins. Recours moindre aux antidouleurs, aux anesthésies générales, meilleure récupération après une opération: les bienfaits de l’hypnose sont concrets.

Et pourtant, elle ne fait pas partie des médecines complémentaires reconnues au plan fédéral, et n’est donc pas remboursée par l’assurance maladie. Y a-t-il là un combat à mener?

Non, je ne pense pas. L’hypnose ne doit, à mon sens, pas être davantage formalisée, ni considérée comme une prestation spécialisée à part. Il s’agit surtout d’une pratique à intégrer aux soins quand cela peut être utile. A l’hôpital, elle se concrétise par des «mises en scène» mentales pour accompagner certains soins. Mais, loin de toute technique spectaculaire, l’hypnose relève aussi d’un climat relationnel, d’une attention portée à l’autre – ou à soi – en accord avec le moment présent et ce qu’il advient. De par leur bienveillance, certains soignants pratiquent l’hypnose sans le savoir.

Cela semble bien loin de l’aura de mystère, voire de peur, qui l’entoure…

La transe hypnotique recherchée lors d’une séance d’hypnose est en réalité une expérience très ordinaire. Nous avons tous vécu ces moments où nous nous laissons absorber par nos pensées, voguant mentalement loin de ce qui se passe autour de nous. Cela se fait spontanément et dure généralement un court laps de temps. L’hypnose consiste «simplement» à induire ces moments et les faire durer autant que nécessaire, le temps d’une intervention chirurgicale par exemple. La puissance de la technique vient de sa simplicité. Avec la pratique, parvenir à trouver en soi un lieu «refuge» pour traverser les moments pénibles est un outil dont les bienfaits dépassent le cadre du soin.

C’est-à-dire?

La pratique de l’hypnose induit un profond lâcher-prise qui aide le corps, mais aussi l’être dans son ensemble. Avoir la capacité de s’abandonner à ce qu’il nous arrive change profondément la façon de vivre. Attention, tout cela ne va pas à l’encontre des soins, bien au contraire, ils restent une priorité. Mais il s’agit par exemple de ne pas chercher à lutter contre la peur ou la douleur si elles sont présentes, mais de les accepter. Peur et douleur sont d’ailleurs de puissantes alliées, les émotions qui nous rattachent le plus à la vie.

Existe-t-il des contre-indications à la pratique de l’hypnose?

Le seul danger de l’hypnose est le pouvoir qu’on lui prête. Elle n’est pas à considérer comme une technique magique qui ferait disparaître la maladie. Cette idée est très culpabilisante. L’hypnose a en réalité une seule indication, pour laquelle son efficacité peut être extraordinaire: apporter un soulagement lorsqu’on se sent en souffrance ou en détresse. Pour s’initier à l’hypnose, ou à l’autohypnose, il est par ailleurs utile de se tourner vers une personne formée.

Comment s’orienter vers les bonnes personnes?

La fondation IRHYS* propose la liste des praticiens certifiés en hypnose. Elle organise également des séminaires qui peuvent constituer des initiations intéressantes, en dehors d’un environnement médicalisé. Car pratiquer l’hypnose est avant tout une façon de prendre soin de soi.

Autohypnose, mode d’emploi

Pour libérer les tensions, s’offrir une pause, gérer une contrariété, l’autohypnose déploie un vaste registre d’exercices. Ils ont en commun le déroulé d’une séance d’hypnose : l’induction, la transe, la sortie. Voici l’un d’entre eux, «L’observateur caché de soi-même»*, dont le but est de découvrir l’expérience simple et naturelle de la transe.

Induction

Installez-vous confortablement et accordez-vous un moment d’auto-observation bienveillante pour passer en revue votre journée et identifier les moments durant lesquels vous avez été absorbé(e) dans vos pensées. Cela peut-être une phase de rêverie, un moment «dans la lune»…

Transe

Une fois ces moments identifiés, cherchez à replonger mentalement dans ce mode perceptif. Vous êtes alors à la fois absorbé par l’expérience et observateur de celle-ci.

Sortie

Revenez naturellement à une attention ordinaire, reconnectez-vous avec votre environnement.

* Extrait du livre J’ai envie de comprendre… L'hypnose, de Yseult Theraulaz, Eric Bonvin, Adriana Wolff, Ed. Planète Santé, 2016.

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* Institut romand d’hypnose suisse (IRHYS): www.irhys.ch

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Paru dans Générations, Hors-série « Se soigner autrement – Gros plan sur la médecine intégrative », Octobre 2019.

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