L’hypnose soulage les douleurs

Dernière mise à jour 24/05/12 | Article
Paysage
Dans l’arsenal thérapeutique utilisé pour apaiser les douleurs aiguës ou chroniques, l’hypnose constitue une arme de choix.

Longtemps cantonnée aux salles de spectacle où elle était nimbée d’un halo de magie, l’hypnose a acquis de nouvelles lettres de noblesse en faisant son entrée à l’hôpital.A vrai dire, elle y était déjà largement admise aux 18e et 19e siècles en tant que pratique analgésique, avant d’être supplantée par la découverte des techniques d’anesthésie.

Elle y revient donc aujourd’hui et elle est de plus en plus couramment utilisée pour soulager la douleur, aiguë ou chronique, en complément des traitements classiques: médicaments, physiothérapie, psychothérapie ou psychiatrie.

A chacun son jardin personnel

Loin d’envoûter un individu, l’hypnose modifie son état de perception et le conduit dans une forme de transe. Il s’agit là d’une disposition que tout un chacun peut éprouver, notamment lorsqu’il est «dans la Lune». Mais en clinique, le thérapeute «oriente cette expérience naturelle», comme le dit Eric Bonvin, médecin-directeur des Institutions psychiatriques du Valais romand de l’Hôpital du Valais à Monthey, afin d’aider le patient à apprivoiser sa douleur. Lorsqu’une personne a mal, son corps et son esprit sont en effet mobilisés par cette expérience sensorielle et émotionnelle désagréable. L’hypnose lui permet de ne plus être sous l’emprise de la douleur soit en «jouant» avec cette elle, soit en détournant son attention de sa souffrance et en la focalisant sur un autre objet.

A chacun de trouver le sien, en fonction de son vécu et de sa culture. Lorsqu’il pratique l’hypnose ericksonienne – du nom de son initiateur, le psychiatre américain Milton Erickson, et qui est la plus couramment employée – le thérapeute ne donne pas de directive. Il agit «comme s’il amenait son patient à la porte de son jardin personnel. Il n’y rentre pas et, avec des mots choisis, il accompagne la personne dans ses choix d'aménagements ou de réaménagement intérieurs», précise Guillaume Finti, physiothérapeute au CHUV à Lausanne et hypnothérapeute.

Aiguës ou chroniques

Cette thérapie a pour effet d’abaisser le seuil de perception de la douleur et de modifier son vécu.

Elle permet notamment de soulager les souffrances aiguës provoquées par des changements de pansement ou autres situations douloureuses et angoissantes vécues à l’hôpital. Guillaume Finti cite l’exemple de cet enfant que l’on devait piquer à la main: «il s’était “mis” des gants de boxe imaginaires et n’avait rien senti.»

La méthode est aussi efficace lors des soins aux grands brûlés, à en croire une étude réalisée au CHUV en 2006-2007 qui portait sur 23 patients ayant été hypnotisés. Il en ressort que l’hypnose permettait de diminuer les doses de morphine et autres opiacés et d’abaisser les scores mesurés des douleurs et de l’anxiété. En outre, elle réduisait le nombre d’interventions sous anesthésie et réduisait les coûts hospitaliers. Sans oublier les bienfaits psychologiques pour les patients qui étaient plus impliqués dans leur traitement.

L’hypnose agit différemment dans le cas de la douleur chronique. En effet, la douleur aiguë fonctionne comme une alarme qui nous incite à éviter une situation dangereuse. Il arrive toutefois qu’elle perdure, même lorsque la menace est passée et que les lésions sont guéries. Le système d’alerte est alors déréglé et la douleur devient figée. «Dans ce cas, l’hypnose capte la dimension dynamique de la douleur afin de la transformer et de la remettre en mouvement», explique Eric Bonvin. Elle permet, ajoute Guillaume Finti dans son langage imagé, «d’extirper la personne prise en otage par sa souffrance».

Certes, l’hypnose n’est pas la panacée pour lutter contre la douleur, mais sa pratique soulage les patients et permet de diminuer la quantité de médicaments qui leur sont prescrits. Elle n’a rien de miraculeux, mais ses résultats peuvent être surprenants.

Pour en savoir plus

«Soigner par l’hypnose», de Gérad Salem et Eric Bonvin, éditions Elsevier Masson.

«De l’hypnose à l’hypnopraxie®. Entre âme et conscience», de Guy Chedeau avec la participation de Monique Masset et Guillaume Finti, éditions Hypsos.

A LIRE AUSSI

Chirurgie de l'obésité
Les effets inattendus du by-pass gastrique

Les effets inattendus du by-pass gastrique

Carences, problèmes psychologiques et esthétiques, prise de poids font partie des effets secondaires...
Lire la suite
Anesthésie
Une banane

Circoncision: à quoi sert le prépuce?

La circoncision, du latin circumcisio, signifiant «découper autour», consiste en l’ablation du prépuce,...
Lire la suite
Paracétamol
Intoxication au paracétamol: quels sont les risques?

Intoxication au paracétamol: quels sont les risques?

Vous ne connaissez peut-être pas le paracétamol et, pourtant, vous en avez déjà sûrement ingurgité. En...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Du e-learning pour les douleurs chroniques non cancéreuses

Du e-learning pour les douleurs chroniques non cancéreuses

Dans le domaine de la santé, l’éducation thérapeutique du patient (ETP) en ligne passe de plus en plus par le e-learning. Accès aux ressources, interactivité… Quels sont les apports de cette éducation à distance, délivrée aux patients via le web ? L’exemple de la prise en charge de douleurs chroniques non cancéreuses.
Videos sur le meme sujet

Le futur de la médecine

Demain, un tiers de la population aura plus de 65 ans. 40% de la population aura une maladie chronique. Les hôpitaux seront saturés, les médecins trop peu nombreux et les coûts de la santé continueront de prendre l’ascenseur. Dès lors, quelles sont les mesures adoptées par le monde médical pour répondre à ces problématiques?

Vaccins: quelle utilité?

Se faire vacciner n'est jamais un plaisir, ça pique, ça gonfle, et parfois on se sent un peu patraque. Mais pourquoi se vaccine-t-on au juste? Le point avec l'antidote.

Rougeole: faisons la disparaitre!

Faire disparaitre durablement le spectre d'une maladie contagieuse, c'est l'objectif de bien des responsables de santé publique à travers le monde. Par le passé ils y sont parvenus, et ils comptent bien récidiver. Cette émission vous en apprend plus sur l'une de ces maladies : la rougeole.
Maladies sur le meme sujet
Lymphœdème

Lymphœdème

Le lymphoedème est un gonflement, le plus souvent du bras ou de la jambe. qui apparaît d’une manière insidieuse et a tendance à augmenter progressivement.

Goutte

Goutte

La goutte est due à un excès d'acide urique dans le sang et à une accumulation dans les tissus. Elle provoque le plus souvent des douleurs intenses des articulations.

syndrome douloureux régional complexe (SDRC)

Syndrome douloureux régional complexe

Le SDRC est un état douloureux qui survient le plus souvent après un traumatisme (fracture) ou une opération d’un membre. Il peut aussi survenir à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC).

Symptômes sur le meme sujet
Playmobil

Arthralgies

J’ai mal à une/plusieurs articulation(s)