«Ils nous donnent une leçon de courage»

Dernière mise à jour 02/07/17 | Article
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A la tête du service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), la Pre Brigitte Pittet-Cuénod est une personnalité engagée et combative. A Genève et en Afrique lors de missions humanitaires, notamment pour soigner des victimes du noma, elle œuvre pour l’intégrité physique de ses patients et une meilleure qualité de vie.

Pulsations: La chirurgie plastique, reconstructive et esthétique est souvent perçue comme une médecine accessoire et superficielle. Qu’en est-il?

Pre Brigitte Pittet-Cuénod: En effet, beaucoup imaginent que nous ne faisons que poser des implants mammaires ou des corrections esthétiques. En réalité, notre activité est vaste et transversale, puisque nous travaillons avec toutes les spécialités chirurgicales de l’hôpital, aussi bien la chirurgie orthopédique que gynécologique, pédiatrique ou encore la neurochirurgie. Les indications de nos interventions sont essentiellement médicales. Par exemple, nous opérons des bébés de moins de 6 mois qui souffrent de craniosténose, une déformation du crâne qui met en danger la croissance du cerveau.

Dans les cas de traumatismes du membre inférieur avec fracture ouverte et plaie, nous intervenons pour éviter la survenue d’une infection et le risque d’amputation. On nous appelle aussi pour reconstruire les tissus enlevés suite à un cancer ou une infection. Dans la plupart de ces cas, nous utilisons des techniques microchirurgicales. Nous prélevons des tissus sur une autre partie du corps pour reconstruire et combler une perte. C’est un travail long et minutieux.

Vous vous êtes beaucoup engagée pour les femmes atteintes de cancer du sein.

Pendant longtemps, on ne proposait pas de chirurgie reconstructive aux patientes ayant subi une mastectomie (ablation des seins) après un cancer du sein. Faire comprendre aux chirurgiens généraux, gynécologues, oncologues, etc., la nécessité d’une reconstruction mammaire a demandé beaucoup d’efforts, car personne ne s’en préoccupait. Aujourd’hui, le Centre du sein des HUG est certifié par la Ligue contre le cancer et la Société suisse de sénologie. Cette certification prévoit une consultation pré-thérapeutique pluridisciplinaire à laquelle les plasticiens participent systématiquement. Elle exige aussi de pouvoir proposer aux patientes une chirurgie reconstructive incluant toute la palette des techniques disponibles, y compris les reconstructions microchirurgicales. Désormais, nous nous battons pour que la chirurgie de symétrie ou de correction de séquelles après un traitement conservateur soit systématiquement prise en charge par les assurances.

Vous faites régulièrement des missions humanitaires en Afrique auprès d’enfants. Quelle est la portée de vos interventions?

Nous opérons des enfants atteints de malformations ou de défigurations du visage. Le noma, qui est une de nos priorités, est une gangrène oro-faciale qui, en quelques jours seulement, détruit le visage de ces enfants… 80% en meurent! Il s’agit de reconstruire ces visages anéantis. Une partie de notre activité a lieu sur place, au Niger ou au Burkina Faso, en collaboration avec des ONG: Sentinelle, Terre des hommes, etc. Les cas les plus graves sont transférés aux HUG. Je me sens privilégiée de pouvoir opérer ces enfants dans de bonnes conditions sans devoir prendre des risques inconsidérés pour leur santé. Dans ces pays reculés, la croyance est qu’ils ont reçu un mauvais sort. La chirurgie les réhabilite et leur offre une vie sociale. Nous tentons de leur redonner leur visage. Ils nous donnent une leçon de courage et de force impressionnante.

En tant que chirurgienne, que vous apportent ces missions humanitaires?

La chirurgie de reconstruction du noma est sûrement une des plus difficiles à réaliser. La chirurgie cranio-faciale, très délicate et très pointue, nous pousse à des défis techniques fondamentaux et formateurs. Ces enfants stimulent nos pratiques et nous forcent, sans cesse, à améliorer nos techniques. Cela nous permet d’acquérir une expertise unique pour cette maladie, que je souhaite mettre en avant dans le cadre de l’hôpital.

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Article repris du site  pulsations.swiss

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