L’interruption de grossesse médicamenteuse à domicile

Dernière mise à jour 27/04/21 | Article
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Grâce à un protocole bien établi associé à une surveillance médicale étroite, les patientes des HUG ayant choisi d’interrompre leur grossesse peuvent le faire à domicile. Une pratique médicale en augmentation depuis plusieurs années.

Une interruption volontaire de grossesse (IVG) n’est pas une décision facile. Les femmes qui ont fait le choix d’une IVG médicamenteuse à domicile, plutôt qu’à l’hôpital, ont l’avantage de pouvoir maîtriser le processus de bout en bout, d’en être actrices, ce qui renforce leur sentiment d’autodétermination. «La majorité rapporte une plus grande satisfaction», relate la Dre Michal Yaron, médecin adjointe agrégée, responsable des consultations ambulatoires de gynécologie. Le fait d’être dans un contexte moins médicalisé y est pour beaucoup: «Elles se sentent davantage en sécurité, moins seules et à l’abri des jugements», poursuit Renata Maure Gerritsma, infirmière aux consultations ambulatoires de gynécologie.

En 2020, plus de 120 patientes ont eu recours à cette approche. Une pratique toujours plus demandée. La sélection des patientes qui en bénéficient se décide néanmoins au cas par cas, car «la moindre complication pourrait y mettre fin», déclare la Dre Michal Yaron. Cette solution n’est proposée qu’aux patientes remplissant des critères précis: être majeure, parler le français ou l’anglais pour bien comprendre les consignes, habiter à moins d’une heure de l’hôpital, avoir du soutien à la maison (conjoint ou proche) et, enfin, ne pas présenter de maladies susceptibles d’entraîner des complications. «Lorsque le terrain psychologique ou somatique est sensible, mieux vaut y renoncer», prévient la Dre Yaron. De même «si la patiente a trop peur des saignements et des douleurs et qu’elle ne se sent pas capable d’y faire face», complète Renata Maure Gerritsma. Dans ce cas, l’IVG médicamenteuse peut avoir lieu à l’hôpital.

Le premier rendez-vous

Toute demande d’interruption de grossesse débute par une consultation avec une infirmière en orthogénie (planification et contrôle des naissances), puis avec un médecin. On y aborde les raisons qui amènent la personne à avorter: «En cas d’ambivalence ou de fragilité, nous référons les patientes à l’Unité de santé sexuelle et Planning familial pour un soutien ou un temps de réflexion», indique Renata Maure Gerritsma. Lors de l’entretien, les différentes options existantes sont évoquées. La voie médicamenteuse est possible jusqu’à 9 semaines de grossesse. La préférence de la patiente est bien sûr prise en compte. L’examen médical comprend, en plus de l’anamnèse, la mesure du taux de bHCG (hormone de la grossesse), un contrôle sanguin (dépistage des IST, etc.), ainsi qu’un ultrason pour dater la grossesse. Il est aussi question à ce moment-là de contraception, pour prévenir une nouvelle grossesse non désirée.

Un suivi étroit

Si une femme, en accord avec le ou la médecin, opte pour l’IVG médicale à domicile, la marche à suivre lui est alors expliquée: prise de médicaments, éventuels effets secondaires, gestion de la douleur, signaux d’alerte, etc. Un rendez-vous est fixé à l’hôpital pour la prise des premiers médicaments. La patiente reçoit à cette occasion les informations (orales et écrites) nécessaires. La seconde prise de médicaments se fait deux jours plus tard, à la maison, où a lieu l’expulsion. À tout moment, en cas de questions ou d’inquiétude, elle peut contacter le Centre d’orthogénie et de contraception ou les urgences à la Maternité. Pour s’assurer du résultat de l’IVG, la patiente renseigne sur une feuille de route ses symptômes (saignements, douleur).

Trois semaines plus tard, un rendez-vous de contrôle, par téléphone ou à l’hôpital, est effectué pour évaluer, avec l’infirmière, la réussite de l’intervention à travers un questionnaire et un test de grossesse. «Pour mieux accompagner la patiente, nous lui demandons comment elle se sent émotionnellement et si elle a besoin d’un soutien psychologique», souligne Renata Maure Gerritsma. S’il y a un doute, une consultation est organisée dans les plus brefs délais avec le médecin du Centre d’orthogénie et de contraception.

Enfin, il s’avère que les femmes concernées affichent une bonne adhésion au contrôle médical et à la contraception. En plus d’être efficace (à 95 %), cette pratique est moins coûteuse. Pour cette raison aussi, elle pourrait à l’avenir gagner en importance.

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Article repris du site  pulsations.swiss

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