Ces hommes qui couvent

Dernière mise à jour 27/09/12 | Article
Couvade
Moment particulier dans la vie d’une femme, la grossesse est aussi une période complexe pour l’homme, appelé à redéfinir sa place et son identité psycho-sexuelle. Chez certains, la gestation prend le visage d’une couvade, un phénomène psychologique curieux, mais bien réel. Découverte.

Phase de grande transformation à la fois physique et psychologique, la grossesse est aussi un moment charnière dans la vie d’un homme. Si, chez la plupart de ces messieurs, la grossesse (de leur femme !) se déroule sans histoires, chez d’autres, elle est vécue très intensément, au point de déboucher sur un phénomène étrange qu’on appelle la couvade. Ce syndrome encore mal compris ne doit pas être confondu avec la grossesse nerveuse qui désigne, elle, le sentiment pathologique d’hommes qui se croient tout bonnement … enceint(e). Si la grossesse nerveuse relève de problématiques psychologiques, la couvade ne constitue pas quant à elle une condition clinique médicale à proprement parlé. Pour autant, ce phénomène existe vraiment, comme le confirme le Dr Francesco Bianchi-Demicheli, responsable de la Consultation de gynécologie psychosomatique au sein du Département de Gynécologie Obstétrique des HUG: «Bien qu’elle soit un motif de consultation très rare, la couvade est en réalité bien plus répandue qu’il n’y paraît. Elle n’est pas une maladie, mais plutôt une forme de grossesse psychologique et symbolique. Une façon inconsciente, pour ces hommes en bonne santé, de participer pleinement à l’expérience de la maternité». Selon certaines études, ces futurs papas poule, d’un niveau socio-culturel bas, se montrent en effet très engagés émotionnellement au cours des neuf mois de gestation, qu’ils attendent la naissance de leur premier enfant ou des suivants.

Cette implication hors du commun se traduit par une série de symptômes, d’abord psychologiques: «Ces hommes peuvent être en proie à une grande agitation, à de l’anxiété, voire à un sentiment dépressif et à une diminution de leur libido, notamment. Comme pour faire corps avec leur femme, il arrive qu’ils souffrent également de maux somatiques, bien typiques de la grossesse : nausées, changements d’appétit, troubles de la digestion (constipation), douleurs à l’abdomen, au dos, crampes, irritations ou brûlures au niveau génital, modifications (durcissement) des seins, mais aussi maux de têtes, et très souvent maux de dents et prise de poids.» Ces symptômes qui apparaissent le plus souvent au premier trimestre et en toute fin de grossesse, s’envolent généralement après la délivrance, mais peuvent aussi perdurer.

Les pistes psychologiques et biologiques

Comment explique-t-on ces manifestations dont les médecins connaissent l’existence, sans vraiment y être confrontés en consultation? «Tout d’abord, il faut savoir que la couvade est un phénomène auquel s’intéressent de nombreuses disciplines, comme la psychologie clinique, mais aussi l’histoire ou l’anthropologie. Dans des populations du monde très éloignées (Pays Basque, Nouvelle Guinée, Papouasie, Brésil, notamment) et à des époques diverses, les hommes procèdent à toutes sortes de rituels autour de la grossesse: mime de l’accouchement, alitement et provocation de saignements pendant le travail, pressions sur les testicules pour mimer les douleurs des contractions... Tous ces rituels sont pour eux un moyen de se mettre en avant dans un contexte dont ils sont biologiquement exclus. En marge de ces observations culturelles et historiques, d’un point de vue médical, c’est la lecture psychologique qui prédomine aujourd’hui, bien que des hypothèses biologiques soient aussi avancées», répond en substance le spécialiste genevois.

La couvade pourrait ainsi être l’expression d’une certaine anxiété, d’une rivalité croissante avec la femme, d’une tentative de minimiser les différences sexuelles dans le couple, d’un sentiment d’ambivalence à l’égard de la paternité ou simplement une façon pour l’homme de s’investir dans son rôle de père. Sur le plan purement biologique, il aurait été observé qu’un homme vivant aux côtés d’une femme enceinte subirait également des changements hormonaux, tels qu’une augmentation des taux d’œstrogène, de testostérone, une modification de la prolactine (hormone de la lactation) et du cortisol (hormone du stress). Le mystère demeure toutefois entier sur le lien de cause à effet entre ces variations hormonales et la survenue d’une couvade.

Crise d’identité paternelle

Si la couvade témoigne d’une empathie extrême face au vécu de la grossesse, d’autres hommes présentent, à l’inverse, une crise d’identité paternelle. Cette angoisse à la perspective d’être père est complètement tabou: «La pression sociale exercée aujourd’hui à l’encontre des futurs pères est énorme. On attend d’eux non seulement qu’ils soient présents, mais qu’ils participent activement à la grossesse. C’est une bonne chose, à condition que chacun y trouve sa place. Pas tous les hommes se sentent à l’aise dans le contexte ultra-médicalisé, dépourvu d’intimité de la naissance», affirme le Dr Bianchi-Demicheli. Ce sentiment de crise, souvent vécu dans l’ombre, peut aller jusqu’à des états de panique voire de décompensation psychotique, et, selon le spécialiste, peut donner lieu, dans de rares cas, à toutes sortes de comportements inédits, destinés à compenser cette anxiété (baisse de la libido, pratiques homosexuelles, exhibitionnisme, travestissement, conduites agressives, paranoïaques, évitantes, etc.). On le dit peu, mais il semblerait, dans certaines situations seulement, qu’il y ait une augmentation du taux d’infidélité, de divorce, d’activité en général, d’accidents sportifs et, dans des très rares cas, de suicide chez les hommes dont la compagne est enceinte. Mais, fort heureusement, le tableau est généralement plus rose. Chez la majorité des couples en effet, l’avènement d’un enfant reste source de grand bonheur et d’apaisement.

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