«La prévention est un parent pauvre en suisse»

Dernière mise à jour 04/06/19 | Questions/Réponses
La prévention, le genevois Simon Regard* en a fait son cheval de bataille. Aussi bien aux urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) qu’auprès du canton, il s’engage pour une meilleure information des patients. Interview.

     

© D.R.
Seuls 2,4% des coûts de la santé sont consacrés à la prévention en Suisse. Pourquoi si peu?

Simon Regard  De manière générale, la prévention est toujours difficile à rendre visible, car elle ne crée pas d’événement. Puisque grâce à elle on évite que certaines choses se produisent, c’est souvent compliqué de se rendre compte de ses effets concrets. Par exemple, porter sa ceinture de sécurité peut éviter de graves blessures en cas d’accident. Mais puisque, précisément, les blessures ont été évitées, c’est un «non-événement», invisible. De plus, la prévention n’est pas un marché avec une production de prestations, donc les intérêts financiers sont plus limités. Et en Suisse, nous devons faire face à des lobbys aux intérêts contraires qui ont encore beaucoup de poids.

La prévention est le parent pauvre dans notre pays: peu de moyens y sont alloués. Nous sommes même en queue de peloton au niveau européen. Cela s’explique peut-être en partie par notre culture très libérale : la population suisse se méfie des normes, on mise sur la responsabilité personnelle. Dans ce contexte, il n’est pas toujours facile de proposer un acte de prévention à grande échelle. Pourtant, la responsabilité collective, ça existe aussi.

Comment sortir de cette impasse?

Les gouvernements cantonaux ont certainement une marge de manœuvre. Récemment, le canton de Vaud a mis sur pied un grand centre dédié aux activités de prévention aussi bien auprès du grand public que dans les cabinets médicaux et dans le monde du travail. Je pense que c’est une bonne chose d’isoler les principales tendances du domaine: ne pas être seulement normatif, mais également écouter les priorités et le vécu de chacun. Développer la santé publique de précision, en adaptant les messages aux composantes de la population. À travers une prévention également collective, nous pourrions sans doute mieux inciter la population à l’action: la vaccination et la promotion des premiers secours sont des bons exemples.

Enfin, avec le développement des maladies chroniques, l’état de santé devient dynamique: on peut être malade, très malade, puis moins malade, se considérer en bonne santé… De manière générale, il faut vraiment que le patient soit mieux informé et devienne partenaire du corps médical.

Concrètement, comment mettre cela en place?

Les médecins suivent des recommandations, qui indiquent par exemple quand effectuer tel ou tel dépistage. Ce serait donc une bonne chose de «traduire» ces informations pour en faire une «version patient». Si ces marches à suivre sont faciles d’accès, elles encourageront peut-être les patients à venir spontanément en parler à leur médecin. Cela permettrait de prendre des codécisions entre soignants et patients.

Les médecins généralistes ont aussi un rôle particulier à jouer: pour faire de la prévention de qualité, il est important de bien connaître son patient. C’est un travail qui nécessite une confiance mutuelle et du temps.

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* Auteur de La santé en Suisse (Ed. Loisirs et Pédagogie, 2018). Conçu sous la forme d’un aide-mémoire, cet ouvrage propose un panorama large et accessible des principales composantes du système suisse de santé. Illustré par Mix et Remix, il vulgarise et rend accessibles l’organisation de la santé et les nombreux défis à relever.

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Paru dans Planète Santé magazine N° 34 - Juin 2019

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