Quel avenir pour notre système de santé?

Dernière mise à jour 09/11/16 | Article
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Face aux évolutions majeures de notre société, le système de santé doit s’adapter et entamer sa mue. Mais comment? Pierre-Yves Maillard, président du Conseil d'État vaudois et chef du Département de la santé et de l'action sociale, nous livre son point de vue.

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Planète santé: Quelles sont les conséquences du vieillissement de la population sur le système de santé?

Pierre-Yves Maillard: La vague démographique attendue dans les vingt prochaines années est tout à fait exceptionnelle. Les baby-boomers, qui vont avoir plus de 70 ans dans la prochaine décennie, vont fortement solliciter notre système de santé. Pour y faire face, nous devons privilégier le maintien à domicile, retarder le déclin fonctionnel des personnes âgées et leur entrée en EMS, éviter les hospitalisations... tout cela en raison des coûts et de la diminution de la qualité de vie que cela implique. Mieux organiser les soins à domicile en renforçant les compétences des professionnels en termes de capacités diagnostiques par exemple, soutenir davantage les proches aidants en leur offrant des possibilités de relève, renforcer les soutiens sociaux autour des personnes âgées, favoriser la mobilité et l’activité physique sont quelques-unes des mesures à favoriser.

Les gens souffrent de plus en plus de plusieurs pathologies à la fois. Or, les hôpitaux, organisés par secteurs, ne sont pas adaptés à cette nouvelle réalité. Comment faire face à cette évolution?

Nous devons repenser les rôles. Nous devons mettre les spécialistes en médecine interne en première ligne. Pendant les épisodes de crise, ces derniers auront comme rôle de dessiner le parcours du patient au sein de l’hôpital, mais aussi en dehors de celui-ci, comme le font aujourd’hui les infirmiers/ères de liaison. Ce seront les garants du parcours de soin des patients.

Les nouvelles technologies se développent très rapidement dans les soins aussi, mais sont souvent très coûteuses. Comment faire pour que tout le monde puisse y avoir accès et que cela reste soutenable financièrement pour l’Etat et les patients?

C’est un des grands enjeux. L’aggravation des coûts de la santé est surtout imputable à la perte de maîtrise quant à l’offre et à la multiplication des acteurs de la santé (fin du moratoire, etc.). Néanmoins, pour limiter les effets de l’industrie qui développe de nouveaux médicaments très coûteux, nous devons mettre plus de moyens dans la recherche publique, comme nous le faisons avec le financement de la recherche clinique sur le cancer. Cela nous permettra d’avoir des points de comparaison par rapport aux prix pratiqués par l’industrie pharmaceutique. Par ailleurs, nous devons garder un statut du médecin qui soit indépendant et nous opposer à la liberté de contracter; mais également cultiver le lien entre médecin et patient, loin de tout intérêt économique.

Nous vivons à l’ère du numérique. En quoi la prise en charge des patients va-t-elle s’en trouver modifiée et doit-on craindre pour leurs données médicales?

L’informatisation des données médicales dans les hôpitaux vaudois et bientôt dans l’ambulatoire comporte des risques, mais il ne faut pas en avoir peur. D’une part parce que le papier n’est pas non plus d’une étanchéité absolue, d’autre part parce que la numérisation des données offre de réels avantages en matière d’échange d’informations entre les professionnels de la santé. Elle permet en plus d’éviter les examens médicaux à double. Le vrai danger réside selon moi dans l’appropriation des données médicales par les multinationales. C’est impressionnant de voir comment les gens leur livrent spontanément leurs données personnelles. Or, leur impact est beaucoup plus fort que le risque de vols ou de mésusage de ces données dans le cadre des soins. Les gens doivent se ressaisir.

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