Hôtel des patients, un concept nouveau

Dernière mise à jour 16/11/15 | Article
Hôtel des patients, un concept nouveau
Si le nombre d’hospitalisations augmente constamment, celles-ci ne nécessitent pas toutes des soins aigus. Un futur hôtel des patients au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) accueillera des patients autonomes pour libérer des lits plus médicalisés.

Un hôpital qui ouvre un hôtel, c’est inédit. C’est ce que prépare le CHUV à Lausanne, qui construit depuis le mois de juin un hôtel des patients. L’établissement sera situé à deux pas du centre hospitalier et comptera 114 chambres. Il devrait ouvrir ses portes à l’automne 2016. Qu’y trouveront les patients, et pourquoi un tel projet? Nos éléments de réponse.

Lits mieux attribués

«Les personnes qui dormiront à l’hôtel des patients seront des patients du CHUV hospitalisés dans le cadre d’un séjour aigu, explique Patrick Genoud, directeur adjoint des soins. Mais ils devront être autonomes et leur état stable.» Ce seront des patients en début ou fin de traitement, des personnes venues de loin subir une batterie d’examens, ou leurs accompagnants.

Quelques exemples plus précis? «Un patient avec des coliques néphrétiques, dont le diagnostic a été posé et qui est sous surveillance de l’expulsion de petits calculs rénaux est un bon candidat pour une hospitalisation à l’hôtel des patients, une fois la douleur initiale abolie et gérée, illustre Patrick Genoud. Ou cela pourrait être une personne qui réalise un bilan avant ou après une greffe d’organe, ou encore des patients qui viennent en traitement de radiothérapie contre une tumeur.»

Ces cas ont ceci en commun qu’ils ne nécessitent pas un équipement et une surveillance aussi techniques que ceux que l’on fournit dans une chambre d’hôpital. Or, «comme d’autres hôpitaux, le CHUV connaît un problème d’engorgement, notamment pendant la période hivernale, explique Philipp Müller, directeur administratif de l’établissement. Dans ce contexte, l’hôtel des patients contribuera à améliorer la situation du CHUV».

Idem pour l’assurance

C’est sur cette dimension d’offre de soins que le CHUV s’attend à voir le bénéfice du futur équipement. Financièrement, Philipp Müller pronostique une opération neutre. Le CHUV paiera en effet 325 francs par nuit à Reliva, la société chargée de l’exploitation de l’hôtel, quand une nuit d’hospitalisation «classique» en fin de séjour coûte 500 à 550 francs. La différence sera affectée au financement des charges pour les patients plus lourds qui pourront occuper les lits libérés grâce à l’hôtel des patients. Pas d’économie massive donc, mais une «meilleure utilisation des capacités d’hospitalisation». Et surtout, une manière d’augmenter le nombre de places pour les patients à l’hôpital sans ouvrir de nouveaux lits très médicalisés.

Du point de vue des assureurs, rien ne changera. En effet, depuis 2012, les remboursements des hospitalisations sont effectués par cas et non par jour d’hospitalisation. On calcule ainsi qu’une pathologie donnée (une fracture du bras, par exemple) nécessite, pour son traitement total, une somme d’argent donnée. L’assurance paye ce montant à l’hôpital, quelle que soit la durée de l’hospitalisation, et quelles que soient les conditions du séjour du patient… en hôtel hospitalier ou dans un lit d’hôpital classique. Quant à la responsabilité médicale, elle demeure dans les deux cas celle du CHUV.

Des navettes et une montre

Pour autant, l’hôtel sera loin d’être dénué de toute médicalisation. Une équipe soignante composée d’infirmières diplômées assurera soins et surveillances 24 heures sur 24. Chaque patient sera d’ailleurs équipé d’un téléphone cellulaire et d’un bracelet de localisation. «Il n’y aura pas de soins dans la chambre proprement dite, détaille le directeur adjoint des soins, mais une zone de soins centrale où les patients se rendront pour des consultations, traitements, prélèvements et examens simples ainsi que pour la visite quotidienne de leur médecin.»

Par ailleurs, les patients se déplaceront régulièrement vers les bâtiments de soins de la cité hospitalière pour les traitements, investigations ou consultations spécialisés qui y prennent place. Un service de navettes sera disponible pour les y emmener. Et en cas d’urgence vitale? «On fait appel au Service mobile d’urgence, comme dans nos autres bâtiments externes», explique Patrick Genoud.

Le projet lausannois sera le premier hôtel des patients ouvert en Suisse. Un équivalent bâlois pourrait suivre. Et à Genève? Non, car la situation est différente, explique Brigitte Rorive-Feytmans, directrice des finances des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). «Nous avons réalisé une étude d’opportunité à ce sujet qui nous a montré un volume insuffisant de patients que nous pourrions accueillir dans un hôtel des patients.»

L’hôpital grandit différemment

«Dans l’enceinte des HUG, nous avons une moitié de lits aigus et une autre de lits subaigus ou de psychiatrie, poursuit la directrice. Nous avons donc des structures d’aval (moins médicalisées, ndlr) importantes. Et c’est plutôt à ce niveau-là que nous constatons un engorgement. Selon nos projections d’ailleurs, si nous ne modifions pas nos pratiques de prise en charge dans le canton de Genève, nous manquerons de lits, surtout en gériatrie, en réhabilitation et en psychiatrie.»

Une réponse aux hospitalisations des personnes très âgées ou souffrant de maladies chroniques pourrait résider dans le modèle de maisons de santé équipées de lits hospitaliers. Cité Générations, à Onex dans le canton de Genève, démontre qu’il est possible d’éviter un grand nombre d’hospitalisations. Dans son unité d’accueil temporaire médicalisée, on trouve sept lits intermédiaires, proposant une médicalisation supérieure à celle d’un EMS pour des patients ne nécessitant pas des soins intensifs ou une chirurgie, explique le Dr Philippe Schaller.

«C’est une structure sûre pour un grand nombre de patients. Le médecin traitant reste en charge de son patient. S’il le désire, ce dernier peut aussi être suivi par l’équipe de soins de la maison de santé. La journée d’hospitalisation est prise en charge par l’assurance de base avec participation du canton pour un montant forfaitaire de 470 francs. Ouvrir cinq maisons de ce type dans le canton de Genève permettrait de couvrir nos besoins et constitue une réponse au défi du vieillissement de la population. Cela apporterait une économie importante tout en assurant la qualité des soins.»

Hôtel des patients, maisons de santé… des idées qui ont le vent en poupe. Des concepts qui permettraient de soigner davantage, sans forcément recourir à l’hospitalisation. Séduisant, quand on imagine les lourds investissements que demande la création de nouveaux lits hospitaliers.

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