Combien coûte une vie plus longue?

Dernière mise à jour 22/03/18 | Article
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La question du coût du système de santé ressurgit inlassablement dans le débat politique. Et si, changeant de perspective, on s’interrogeait pour une fois sur ce qu’il nous donne pour notre argent? (TEXTE*: POLITIK+PATIENT)

Le système de santé de la Suisse est l’un des meilleurs du monde. Or, le maintenir à ce niveau a un prix. Si son coût s’accroît, celui des primes de caisse-maladie augmente encore bien plus vite. La Confédération, le Parlement, les caisses et les médecins proposent régulièrement des solutions plus ou moins raisonnables selon les cas. Mais ce que l’on perd souvent de vue est qu’il nous en donne beaucoup pour notre argent. Au cours des vingt dernières années, les Suisses ont énormément profité des progrès de la médecine et de celui de leur système de santé. Ce qu’occultent totalement les éternelles jérémiades sur les coûts de notre politique de santé.

L’allongement de l’espérance de vie ne fait pas augmenter les coûts

L’augmentation du coût de la santé est souvent mise sur le compte du vieillissement de la population et sur celui des progrès de la médecine. Sans doute vraie pour ce qui est du système, cette explication doit toutefois paraître bien cynique aux patients. Vivre plus longtemps et avoir accès à des soins médicaux modernes, n’y a-t-il pas là de quoi se montrer satisfait?

En vingt ans, l’espérance de vie a augmenté de 2,9 ans pour les hommes et de 4,7 ans pour les femmes. Dans le même temps, le nombre de décès prématurés, c’est-à-dire avant 75 ans, a nettement baissé. Et la retraite nous réserve aujourd’hui davantage d’années de bonne santé qu’auparavant.

Les Suisses vivent certes plus vieux, mais pas au prix d’une augmentation très importante du coût de la santé. C’est lors de la dernière année de la vie, spécialement abondante en soins, que le coût est le plus élevé. Cela s’observe surtout dans le groupe des 50 à 70 ans alors que, passé cet âge, ce coût diminue nettement. Et comme la mort est inéluctable, les dépenses liées à la fin de vie auxquelles doit subvenir la société restent constantes. L’économiste bâlois Stefan Felder a étayé cette thèse à l’aide de recherches empiriques. Autant dire que la société ne peut que se féliciter que l’on vive plus longtemps et, qui plus est, en étant en bonne santé.

Surmonter le cancer

Nous vivons plus longtemps et mourons moins souvent de maladies graves. Le cancer, cause de maladie parmi les plus fréquentes chez les 45 à 84 ans en Suisse, en fournit une bonne illustration.

Le Rapport suisse 2015 sur le cancer fait état d’un recul de la mortalité pour tous les types de cancers. De 1983 à 2012, les décès ont diminué d’environ 36% chez les hommes et d’environ 27% chez les femmes. Les chances d’une survie prolongée ont donc augmenté. Le taux de survie à cinq ans est aujourd’hui de 65% pour les hommes et de 68% chez les femmes. Il y a vingt ans, ce même taux n’était encore que de 56% en moyenne chez les hommes et de 62% chez les femmes. Cette amélioration s’explique par les progrès constants des dépistages précoces ainsi que par l’efficacité accrue des traitements de cancers tels que celui du larynx, de l’estomac, du sein ou de la prostate.

Le nombre de nouveaux cas a légèrement augmenté, ce qui, étonnamment, est également le signe d’un système de santé efficace. En effet, les examens de dépistage réguliers permettent de découvrir à un stade plus précoce des cas pouvant être traités à temps.

Avantages économiques

C’est paradoxal, mais vrai: la diminution des décès dus à des maladies graves a pour corollaire une augmentation des coûts de la santé. Il faut en effet, pour survivre à un cancer, un bon traitement mais également, le cas échéant, une fois guéri, une rééducation ainsi que, par la suite, des contrôles réguliers. À quoi viennent s’ajouter, comme pour tout un chacun, d’occasionnels médicaments ainsi que quelques visites chez le médecin.

Mais cela génère aussi un profit économique. Les séjours à l’hôpital étant plus courts, les incapacités de gain le sont également. Les personnes en incapacité durable de travailler à la suite d’une maladie ou d’un accident grave sont toujours plus rares et leur réintégration au monde du travail souvent rapide. Aussi, ces personnes soutiennent l’économie du pays puisqu’elles consomment et s’acquittent, des années durant, des prélèvements sociaux ainsi que des impôts. L’excellence de notre système de santé se traduit par un très faible taux d’incapacité au travail pour cause de maladie. Autant de facteurs que le débat sur l’augmentation des dépenses de santé ignore la plupart du temps.

Le secteur de la santé en tant que facteur économique

Le secteur de la santé est également un facteur économique de première importance. La branche médicale ou pharmaceutique représente quelque 380’000 emplois, ce qui correspond à un actif sur douze à l’échelle du pays. On trouve aussi bien dans ces emplois des salariés hautement qualifiés que des personnes sans formation formelle. Les entreprises de la santé et de l’industrie pharmaceutique sont en outre des contribuables de poids pour les communes et les cantons qui les abritent. Voilà comment ne serait-ce qu’une partie des dépenses de santé retourne au payeur de primes-maladie.

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* Article repris de Politik + Patient 4/2017, organe officiel de la Conférence des sociétés cantonales de médecine.

Paru dans Planète Santé magazine N° 29 - Mars 2018

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