Faire face à l’insuffisance cardiaque sévère

Dernière mise à jour 25/11/20 | Article
P20-04_insuffisance_cardiaque
Parce qu’une greffe cardiaque n’est pas toujours possible à temps, un dispositif existe pour pallier l’insuffisance cardiaque sévère: le LVAD (dispositif d’assistance ventriculaire gauche). Le Service de chirurgie cardiaque et vasculaire des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) en a réalisé la 100e implantation de Suisse.

Son nom est énigmatique au premier abord, et pourtant le LVAD (Left ventricular assist device ou dispositif d’assistance ventriculaire gauche) joue un rôle très concret, celui de compenser les défaillances de la partie gauche du cœur. Chargée d’expulser le sang «neuf» en direction des organes, celle-ci peut dysfonctionner pour de multiples raisons. Parmi elles: une pathologie des artères coronaires, des valves cardiaques ou du cœur lui-même.

Deux options

«Heureusement, dans la majorité des cas, l’insuffisance cardiaque se traite relativement bien, grâce à une série de mesures allant, selon les besoins, d’un ajustement de l’hygiène de vie à l’intervention chirurgicale ciblée sur la cause du problème, en passant par des traitements médicamenteux», explique le Pr Christoph Huber, médecin-chef du Service de chirurgie cardiaque et vasculaire aux HUG. Mais lorsqu’elle évolue vers une forme sévère (on parle de stade 4), seules deux options subsistent: la greffe cardiaque et le LVAD. La première est généralement le traitement de choix. Mais les critères pour pouvoir en bénéficier sont nombreux et la pénurie d’organes criante. «Nous ne parviendrons sans doute jamais à un équilibre, déplore le chirurgien. Le pool de patients en attente d’un cœur ne cesse de croître, mais le nombre de donneurs n’augmente pas, ou pas assez.»

Envisagé à vie

D’où l’importance du LVAD, et notamment de son modèle actuel: le Heart Mate 3, celui-là même qui a été implanté par le Pr Huber et son équipe en octobre 2019 au 100e patient de Suisse (lire encadré). Arrivés sur le marché dans les années 1990, ses précurseurs ont amorcé une révolution dans la prise en charge de l’insuffisance cardiaque, avant d’évoluer considérablement au fil du temps. «Nous sommes partis d’un modèle qui faisait la taille d’un placard et condamnait les patients à rester hospitalisés, à une version miniaturisée, plus sûre, permettant une implantation dans la cage thoracique et une vie à domicile.» Autrefois proposé uniquement en attente d’une greffe, le LVAD peut aujourd’hui être envisagé à vie. Mais des progrès restent à faire. «Son talon d’Achille réside dans le système d’alimentation, qui se fait par batterie externe, engendrant de nombreuses contraintes, un risque d’infection et une vigilance de tous les instants, explique le spécialiste. La véritable révolution passera notamment par une alimentation transcutanée.» Et de conclure : «Au vu du chemin parcouru et des progrès techniques en cours, tous les espoirs sont permis.»

«Cette machine, je l’ai haïe… puis aimée»

Greffé du cœur depuis peu, Jacques, 70 ans et de l’énergie à revendre, a été le 100e patient implanté à l’aide d’un LVAD en Suisse. L’intervention a été réalisée par le Pr Christoph Huber aux HUG. Durant sept mois, le dispositif a accompagné Jacques chaque seconde de sa vie, le préservant plus encore qu’il ne l’imaginait.

«La décision a été difficile à prendre, parce qu’il n’y avait pas de retour en arrière possible. En disant oui au LVAD, j’acceptais que mon cœur soit percé pour la pose d’une pompe reliée à un câble ressortant de mon abdomen, que des batteries me maintiennent en vie la journée et que je me branche au secteur la nuit, que je surveille mon alimentation pour optimiser ma coagulation sanguine, que je dose chacun de mes gestes pour éviter tout risque de chute du boîtier extérieur pouvant entraîner une rupture du câble. Un incident qui aurait pu être fatal tant pour lui que pour moi. Alors, cette machine, je l’ai haïe… puis aimée, quand j’ai compris, à l’issue d’une série d’examens des mois plus tard, que sans elle mes organes n’auraient probablement pas tenu jusqu’à cet appel, une nuit, m’annonçant qu’un nouveau cœur m’attendait.»

Article repris du site  pulsations.swiss

A LIRE AUSSI

Angine de poitrine
Infarctus et attaque cérébrale: les signes d’alarme

Infarctus et attaque cérébrale : les signes d’alarme

Dans les deux tiers des cas à peu près, l’organisme manifeste des signes précurseurs de l’infarctus du...
Lire la suite
Hypertension
effets_hypertension_oeil

Les effets de l’hypertension artérielle sur l’œil

L’hypertension artérielle présente de nombreuses comorbidités, dont des atteintes ophtalmologiques. Observables...
Lire la suite
AVC
Une aspirine par jour dès 50 ans?

Une aspirine par jour dès 50 ans?

Efficace contre la fièvre et les douleurs, ce médicament prévient les accidents cardiovasculaires dans...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
LMD_mauvais_caractere_malade

Attention, votre mauvais caractère peut vous rendre malade

Être de mauvais poil n'est bon ni pour le moral, ni pour l'entourage. Mais de récentes études démontrent aussi le lien entre un sale caractère et les maladies cardiovasculaires, voire même la longévité.
LMD_sieste_coeur

Une sieste de temps en temps, c’est bon pour le cœur

Le repos dans la journée est bon pour le cœur. D’après des chercheurs lausannois, les personnes qui font la sieste une ou deux fois par semaine ont moins de maladies cardiovasculaires.
Illustré_insuffisance_cardiaque

L’insuffisance cardiaque en question

Touchant 2 à 3% de la population, la pathologie avance le plus souvent masquée, mais certains signes doivent alerter. L’enjeu alors : ne pas les ignorer et consulter. Décryptage en cinq points avec le Dr Philippe Meyer, responsable de l'Unité d'insuffisance cardiaque et de réadaptation cardiaque aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).
Videos sur le meme sujet

Rencontre avec Piergiorgio Tozzi, un spécialiste du cœur

Tous les vendredis, "CQFD" reçoit un homme ou une femme de science pour parler de son travail et de ses recherches.

Zoom sur les risques cardiovasculaires liés à la consommation de drogues

Charlie Dupiot se penche sur les risques sur la santé de la consommation de cocaïne, de cannabis et d'amphétamine. Un projet de recherche français amène cette réponse: leur absorption augmenterait le risque d’infarctus et de troubles du rythme cardiaque.

Quand le cœur flanche, greffe ou machine?

En Suisse, 150'000 personnes souffrent d’insuffisance cardiaque, un nombre qui va exploser ces prochaines années. Comment soigner ce mal et à quel prix? 36.9° fait le point, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la première greffe cardiaque.
Maladies sur le meme sujet
Stethoscope oscultant un coeur

Insuffisance cardiaque

Quand le cœur a de la peine à se remplir ou à expulser le sang, il n'arrive plus à assurer un débit sanguin suffisant. On parle d'insuffisance cardiaque.

veines

Insuffisance veineuse chronique

L'insuffisance veineuse est un trouble de la circulation dans les veines des jambes. Elle provoque des varices, un gonflement des jambes (œdème) et parfois des thromboses.

l'hypotension

Hypotension

L’hypotension est une pression artérielle plus basse que la normale. Les personnes réagissent très différemment à une tension basse : les unes en souffriront quotidiennement alors que d’autres ne remarqueront rien.

Symptômes sur le meme sujet
Des varices

Œdème des MI

J’ai les deux chevilles enflées

Douleur thorax

J'ai mal dans la poitrine