L’avenir des traitements cellulaires

Dernière mise à jour 15/12/14 | Article
L’avenir des traitements cellulaires
En raison du manque de greffons disponibles, la transplantation cellulaire est perçue aujourd’hui comme une alternative thérapeutique à la greffe d’organes entiers. Elle permet déjà de soigner les patients atteint de cancer du sang, c’est pourquoi les chercheurs tentent d’élargir ses indications en s’attaquant désormais à d’autres maladies graves comme le diabète de type 1, l’insuffisance hépatique aiguë ou encore la maladie de Parkinson.

Utilisée depuis les années 1960 dans le traitement des leucémies, des lymphomes ou des myélomes, la transplantation cellulaire a déjà prouvé son succès. Cette technique permet de greffer un certain type de cellules, en remplacement de celles malades ou inexistantes. Une alternative thérapeutique qui offre des possibilités extrêmement intéressantes et qui concentre aujourd’hui les efforts de nombreuses équipes de recherche.

En effet, les scientifiques tentent de mettre au point des thérapies cellulaires efficaces contre le diabète de type 1, l’insuffisance hépatique aiguë et la maladie de Parkinson. Car moins invasive qu’une transplantation de greffon, la greffe cellulaire peut se réaliser à partir de cellules cultivéesin vitro, adaptables au futur patient.

Le cas du diabète

Environ 15 000 patients souffrent d’un diabète de type 1 en Suisse. Parmi eux, 30 malades seulement par an pourront bénéficier du traitement de référence, à savoir une greffe de pancréas. Mais avec seulement 12,8 donneurs en moyenne par million d’habitants, le pays est à l’heure actuelle l’un des plus mauvais élèves en matière de transplantation en Europe et manque cruellement d’organes. La médecine explore donc d’autres voies, en étudiant notamment les traitements cellulaires.

C’est pourquoi depuis 1992, un traitement curatif du diabète de type 1 a été mis en place à Genève. Il s’agit de la transplantation d’îlots de Langerhans, ces cellules qui produisent de l’insuline, chez des patients au diabète instable et pour lesquels une greffe de pancréas n’est pas possible. Ces patients sont choisis selon la gravité de leur état de santé, car ils devront ensuite être sous immunosuppresseurs à vie, c’est-à-dire suivre un traitement qui «éteindra» leurs défenses immunitaires. Près de 300 greffes de ce type ont été effectuées, avec des résultats presque aussi bons que ceux d’une greffe de pancréas, mais les chercheurs poursuivent leurs efforts en vue d’améliorer la sécurité et la disponibilité de ce traitement novateur.

La greffe d’hépatocytes

L’insuffisance hépatique aiguë est traitée par une transplantation hépatique lorsqu’elle arrive en stade terminal. Mais la pénurie de donneurs limite ce type de prise en charge. C’est pourquoi les chercheurs tentent actuellement de développer aussi une alternative cellulaire, qui utiliserait des hépatocytes d’origine non humaine.

Des essais chez les rongeurs et les primates ont donné des résultats encourageants, avec un taux de survie supérieur à 60% par rapport aux sujets-contrôle qui, eux, ne survivent pas. Stimulés par ces résultats, les chercheurs envisagent de débuter un essai clinique. Mais, comme dans la greffe d’organes, la réponse du système immunitaire reste un problème majeur. Les scientifiques étudient donc la possibilité de greffer ces cellules «encapsulées», c’est-à-dire enfermées dans une membrane qui empêcherait le contact direct avec les tissus du receveur. Une sorte de «barrière» qui les préserverait du système immunitaire. Cette alternative aurait également l’avantage d’éviter de traiter le patient par immunosuppresseurs, le préservant ainsi de leurs effets délétères.

Les neurones dopaminergiques

La maladie de Parkinson détruit petit à petit les neurones qui fabriquent la dopamine, ce neurotransmetteur essentiel au bon fonctionnement du cerveau. En Suisse, près de 15 000 patients sont concernés par cette pathologie. Les traitements existants (neurostimulation profonde et médicaments à base de molécules dopaminergiques de substitution) ne permettent pas de freiner la destruction des neurones. Ils sont efficaces au départ, mais cette efficacité se dissipe avec le temps.

La thérapie cellulaire serait donc une alternative potentielle de traitement. Son intérêt: greffer des neurones sains pour remplacer les cellules malades. Malheureusement, les essais ne sont pas concluants, car les neurones implantés par cette technique ne retrouvent pas leur environnement cellulaire, ce qui engendre des désordres de type inflammatoire, un manque d’oxygène, et finalement une perte de contact intercellulaire. Les cellules ne pouvant vivre isolées, cette dernière étape aboutit à la dégradation des neurones greffés.

Une voie nouvelle

La transplantation cellulaire est sans conteste une alternative thérapeutique. Elle est aboutie dans certains domaines et demande encore des efforts de recherche dans d’autres. Elle ouvre cependant des perspectives inespérées de traitement et élargit le champ des applications cliniques au patient. A terme, les chercheurs imaginent même des ressources illimitées, en recueillant, pourquoi pas, des cellules d’origine animale.

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Référence

Adapté de «Transplantation cellulaire: traitements actuels et perspectives d’avenir», Pr Leo Bühler et Dr Raphael Meier, Service de chirurgie viscérale et transplantation, Département de chirurgie, HUG, Faculté de médecine, Université de Genève. In Revue Médicale Suisse 2014:10:1350-5. En collaboration avec les auteurs.

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