Papillomavirus: vaccin, frottis, verrues génitales, cancer du col… où en sommes-nous?

Dernière mise à jour 16/01/13 | Article
Papillomavirus: vaccin, frottis, verrues génitales, cancer du col… où en sommes-nous?
Le Papillomavirus (ou HPV, human papilloma virus) fait de plus en plus parler de lui. Petit débroussaillement sur ce flot d’informations populaires.

Cerclage de l’ennemi

Le HPV est un virus qui se transmet par voie sexuelle et qui provoque des lésions au niveau des organes génitaux, de l’anus et de la bouche. La transmission a lieu lors des rapports sexuels au sens large, y compris la fellation, le cunnilingus, la sodomie, l’anulingus et autres pratiques qui n’impliquent pas forcément une pénétration.

Le HPV est responsable de deux types de lésions: des verrues génitales (ou condylomes) et des lésions qui peuvent mener à un cancer (lésions précancéreuses) du col de l’utérus, mais également du vagin, de la vulve, de la bouche, de la gorge et de l’anus.

Le virus existe sous plusieurs formes : les sous-types 6 et 11 provoquent des verrues tandis que les 16 et 18 sont à l’origine de cancers.

«Si j’attrape le virus, vais-je avoir un cancer?»

Pas forcément, mais le risque existe. L’infection HPV est très fréquente: près de 80% des femmes sexuellement actives y sont exposées au moins une fois dans leur vie. La majorité des infections ne provoquent pas de symptôme et passent inaperçues. Elles guérissent spontanément sans aucun traitement après 1 ou 2 an(s). Seules les lésions persistantes peuvent provoquer un cancer. Celui-ci se développe lentement, sur une période de 10 à 15 ans.

L’inverse par contre est vrai: dans 99% des cancers du col, le HPV est retrouvé. On pourrait donc (presque) dire: «si j’ai un cancer, j’ai attrapé le virus». Chaque année en Suisse, 250 femmes développent un cancer du col, 90 d’entre elles décéderont de la maladie. Les femmes concernées par ce cancer sont jeunes (20-50 ans).

Histoire de la défense

Il existe plusieurs moyens de se protéger du HPV. Tout d’abord, le préservatif permet de diminuer le risque de transmission, mais ne le supprime pas. Il est moins efficace qu’il ne l’est contre le VIH, par exemple. Depuis 2007, un vaccin est conseillé aux jeunes filles âgées entre 11 et 14 ans (avant leurs premiers rapports sexuels, pour une plus grande efficacité). Un rattrapage est proposé aux jeunes femmes entre 15 et 26 ans.

Deux vaccins sont disponibles: le Cervarix lutte contre les HPV 16 et 18 responsables de 75% des cancers du col. Le Gardasil protège non seulement contre le 16 et 18, mais également contre les HPV 6 et 11. Il évite ainsi un grand nombre de cancers et de condylomes. Ces deux vaccins ne contiennent pas d’ADN du virus, ils sont totalement «recombinants», issus du génie génétique. Ils ne transmettent ni le virus, ni le cancer. Les effets secondaires correspondent à ceux d’autres vaccins et ne concernent pas plus d’une femme sur 10'000.

Comme le cancer prend du temps à se développer, il peut être détecté par un frottis du col de l’utérus (pap test), effectué régulièrement par le/la gynécologue. En cas de frottis anormal ou suspect, il est possible de recontrôler après quelques mois afin de suivre l’évolution. Dans certains cas, il faut enlever les lésions pour éviter qu’elles se péjorent sous la forme de cancer. Le frottis se fait tous les deux ans chez les femmes entre 21 et 30 ans, puis tous les 3 ans entre 30 et 70 ans. Il devrait être effectué chez toutes les femmes, vaccinées ou non.

«Si j’ai eu une verrue génitale, je suis protégée contre le cancer»

Faux. Lorsqu’une femme est infectée une première fois par le HPV, elle ne développe pas assez d’anticorps pour lutter contre une deuxième infection. Les anticorps développés après la vaccination permettent quant à eux de diminuer l’apparition de lésions précancéreuses. De plus, comme le virus existe sous plusieurs formes, une immunité contre un sous-type ne protège pas contre un sous-type différent.

Tous égaux dans cette lutte?

Aucune des méthodes de protection n’est obligatoire: le vaccin et le frottis sont uniquement recommandés. On peut vacciner un plus grand nombre de personnes s’il est proposé dans les programmes de santé scolaire. Le frottis est effectué au cas par cas, chez le médecin. Certaines femmes ne sont pas vues régulièrement par un gynécologue, ne reçoivent pas d’informations ou ne souhaitent pas effectuer le test. On remarque que certaines femmes effectuent le frottis trop souvent et que d’autres ne l’ont jamais fait (ou trop peu souvent). La majorité des femmes qui développent un cancer n’ont jamais fait de frottis. Ainsi, le cancer a eu le temps de se développer sur de nombreuses années.

Vision de l’avenir

La prévention par le vaccin devrait être de plus en plus répandue dans la population suisse. Aujourd’hui, nous n’avons pas assez de recul (4 ans) pour voir les effets réels de la vaccination. Elle a cependant déjà fait ses preuves dans d’autres pays (sur des études d’une durée de 7 ans). Au bout de 10 ans, il sera possible de dire si un rappel est nécessaire ou non. Le préservatif reste un moyen de protection à utiliser contre le HPV et d’autres infections sexuellement transmissibles.

Le dépistage par le frottis doit continuer pour toutes les femmes tant que l’efficacité du vaccin n’est pas prouvée avec d’avantage de recul et de certitude. De plus, certains HPV ne sont pas couverts par le vaccin et certaines femmes ne sont pas vaccinées.

A l’avenir, le frottis pourrait être couplé avec un second test (test HPV). Les combinaisons des tests et l’intervalle entre eux risquent de changer d’ici les prochaines années, en fonction des résultats des études sur le vaccin. L’avenir nous le dira.

Référence

Adapté de «Prévention du cancer du col utérin en Suisse: les défis de l’ère vaccinale», par Dr P. Vassilakos, Fondation genevoise pour la formation et la recherche médicale, Centre collaborateur de l’OMS, à Versoix. S. Untiet et Pr P. Petignat, Service de gynécologie des HUG, Genève. In Revue médicale suisse 2012; 8: 2015-20, en collaboration avec les auteurs. RMS-359

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