Dépistage: ce que signifie un frottis anormal

Dernière mise à jour 23/04/20 | Article
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Le frottis est devenu banal pour une grande majorité des femmes. Mais cet examen étant un outil de dépistage du cancer du col de l’utérus, recevoir des résultats anormaux peut susciter des inquiétudes souvent injustifiées.

Entre 21 et 70 ans, les femmes suisses sont appelées à faire un frottis du col de l’utérus tous les trois ans. Si beaucoup réalisent cet examen, aussi appelé PAP test, peu savent quelles analyses sont menées sur leur prélèvement et ce que peut signifier un résultat présenté comme «anormal». La plupart imaginent d’emblée avoir un cancer du col de l’utérus, puisque le frottis est associé à son dépistage. «Quand les femmes nous sont adressées, on constate qu’elles sont très inquiètes. Bien trop souvent, elles n’ont eu que peu ou pas d’information avant le frottis, et pas suffisamment lorsqu’on leur a rendu leur résultat», souligne la Dre Martine Jacot-Guillarmod, responsable de la consultation de colposcopie au Département femme-mère-enfant du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Des lésions qui évoluent lentement

La colposcopie, examen indolore réalisé par un praticien spécialisé, permet de visualiser directement sur le col de l’utérus les dysplasies révélées par le frottis, et éventuellement d’en faire une biopsie. Ces «anomalies cellulaires» peuvent être de bas ou de haut grade, selon leur sévérité. «Le terme de lésions pré-cancéreuses est encore beaucoup utilisé, mais il sous-entend que toute lésion peut ou va évoluer vers un stade cancéreux. Or ce n’est pas le cas. Beaucoup de dysplasies régressent d’elles-mêmes au bout d’un à deux ans. Sauf pour les cas les plus avancés, la surveillance est donc le pilier de la prise en charge après un frottis "anormal"», explique la spécialiste. Le cancer du col utérin est d’évolution lente: dix, quinze, voire vingt ans. Si le frottis n’est pas un examen parfait, le répéter tous les trois ans permet d’avoir une forte probabilité de dépister les dysplasies à un stade précoce. Les pays qui ont mis en place un dépistage ont vu l’incidence du cancer du col de l’utérus baisser drastiquement. Chaque année en Suisse, un peu plus de 250 nouveaux cas sont diagnostiqués et environ 80 décès lui sont imputables, mais il s’agit souvent de femmes qui n’ont pas accès à un suivi régulier.

Une infection virale

Les dysplasies du col utérin sont la conséquence d’infections par des papillomarivus humains ou HPV. Le frottis ou les biopsies ultérieures permettent de rechercher la présence de ces virus et de spécifier leurs types. Certains sont connus pour avoir un plus fort potentiel oncogène et vont donc nécessiter une surveillance plus resserrée. Les HPV sont des virus très fréquents dans la population, au point d’être considérés comme des marqueurs d’activité sexuelle. En effet, 80 % des personnes sexuellement actives seront infectées par des HPV au cours de leur vie. Et les préservatifs permettent uniquement de réduire la transmission sans l’empêcher, car le contact peau à peau peut suffire à transmettre le virus. La vaccination reste l’outil majeur de prévention primaire de ces infections. Le vaccin disponible protège contre neuf souches de HPV, dont les 16 et 18, connues pour être responsables de cancers du col de l’utérus, mais aussi de l’anus (lire encadré) et de la sphère oro-pharyngée. La vaccination est recommandée et gratuite pour les filles et garçons entre 11 et 26 ans, à condition d’être effectuée dans le cadre de programmes de vaccination menés par les cantons.

Des répercussions sur la vie amoureuse

«En plus de l’inquiétude déjà présente, apprendre qu’elles sont porteuses de HPV peut avoir un impact sur la vie amoureuse de certaines femmes, relève la Dre Jacot-Guillarmod. Là encore, c’est le manque d’information qui est délétère.» Les HPV oncogéniques peuvent rester en dormance dans les cellules pendant plusieurs années, et l’infection ne se déclarer qu’à l’occasion d’une baisse transitoire de l’immunité. «Il est donc inutile de se demander quand on a été contaminé, il n’est pas possible de le savoir», tranche la spécialiste. Elle propose d'ailleurs, au sein de sa consultation, des rendez-vous avec les femmes et leur conjoint quand des questions persistent au sein du couple. «C’est aussi important de rassurer les femmes sur la poursuite de leur vie sexuelle. Ce n’est pas parce qu’une lésion a été détectée qu’elles sont contraintes à l’abstinence. Certaines n’osent même plus s’engager dans une relation amoureuse de peur de transmettre les virus, mais elles ne sont pas plus contagieuses que tous les autres nombreux porteurs de HPV qui s’ignorent», rassure la spécialiste.

Quand la surveillance montre que la lésion ne régresse pas, ou s’il s’agit d’emblée d’une dysplasie de haut grade, une conisation peut être envisagée. Cette intervention chirurgicale réalisée sous anesthésie locale ou générale consiste à enlever un petit cône de tissu, là où la dysplasie s’est développée. S’il s’agit d’une intervention fréquente, la conisation ne doit cependant pas être banalisée. «Nous savons maintenant qu’il y a une augmentation du risque de fausse couche ou de prématurité surtout après deux conisations, rappelle la doctoresse. Chez les femmes qui ont un projet de grossesse, il est donc important de n’avoir recours à cette résection chirurgicale que lorsqu’elle est vraiment nécessaire.»

Consulter un proctologue

De par son anatomie et sa structure cellulaire, le canal anal peut lui aussi être le siège d’infections par les HPV. Comme dans le tissu cervical, le virus peut rester dormant avant de déclencher une infection qui peut être asymptomatique pendant plusieurs années. Il n’existe pas de dépistage organisé pour le cancer anal, mais les examens tels que le frottis et l’anuscopie permettent de mettre en évidence des dysplasies, comme pour le col de l’utérus. «Bien qu’il n’existe pas de consensus sur ce point, les femmes chez lesquelles des dysplasies cervicales ont été mises en évidence pourraient avoir intérêt à consulter un proctologue, y compris celles qui n’ont pas eu de rapports anaux, l’auto-contamination étant fréquente», conseille le Dr Karel Skala, proctologue à Carouge.

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Paru dans Planète Santé magazine N° 37 – Mars 2020

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