Quand le cancer touche les os, il complique les choses

Dernière mise à jour 29/10/13 | Article
Quand le cancer touche les os, il complique les choses
Vous l’ignorez peut-être, mais la plupart des cancers peuvent se propager dans les os. Une fois que les métastases y sont installées, elles provoquent de fâcheuses complications. Il existe toutefois différents traitements pour chaque type de problèmes. La chirurgie et la radiothérapie en font partie.

Les métastases osseuses sont un problème fréquent en oncologie, la spécialité de la médecine qui traite les cancers. Chaque année en Suisse, 15 000 personnes atteintes d’un cancer développent des métastases osseuses, c’est à dire une localisation secondaire du cancer principal dans les os. Les os sont en effet les organes les plus exposés aux lésions secondaires d’une tumeur. Mais certains cancers présentent un risque plus élevé d’avoir des métastases osseuses, les cancers du sein, de la prostate et le myélome multiple en premier lieu.

Les complications provoquées par les métastases osseuses diminuent l’autonomie du patient et dans certains cas, impliquent une prise en charge en urgence. Elles peuvent provoquer des fractures, des douleurs importantes, une hypercalcémie (taux anormalement élevé de calcium dans le sang) ou encore une compression médullaire (os exerçant une pression sur la moelle épinière). Mais il existe différents traitements pour chaque complication permettant de soulager le patient.

Formation des métastases osseuses

L’os se compose de deux types de cellules qui participent à son renouvellement : alors que les ostéoclastes détruisent le tissu osseux vieillissant, les ostéoblastes reconstruisent le squelette. Ce processus de formation et de résorption est nécessaire à la croissance de l’os. Mais certains cancers perturbent l’équilibre maintenu par les ostéoblastes et les ostéoclastes, rendant l’os fragile.

Les complications possibles

Les métastases osseuses sont la principale cause de douleur chez les personnes atteintes d’un cancer, avec une plus forte intensité durant la nuit. D’autres problèmes peuvent aussi surgir comme l’hypercalcémie qui touche 10 à 15% des patients, surtout ceux atteints du cancer du sein, de certains cancers pulmonaires et du myélome multiple. Les différents symptômes en sont une importante fatigue, une perte d’appétit, un sentiment de soif intense ou encore des envies de vomir. L’hypercalcémie peut aussi engendrer un état de confusion majeure ou une insuffisance rénale, ce qui implique une hospitalisation en urgence du patient.

Une fois les métastases osseuses installées, le risque de fracture pathologique (fracture survenue sans choc) est plus élevé, entraînant parfois de graves conséquences. En effet, si les vertèbres sont touchées, elles peuvent comprimer la moelle épinière qui relie le cerveau à l’ensemble du corps et provoquer ainsi une paralysie. C’est ce qu’on appelle une compression médullaire et cette complication nécessite une prise en charge en urgence du patient.

A chaque complication, son traitement

Selon le type de complications rencontrées, différentes solutions s’offrent aux patients. Par exemple, s’il s’agit d’une douleur osseuse localisée, la radiothérapie externe (l’utilisation de radiations produites par une machine sur les cellules cancéreuses) permet d’administrer une dose de rayons qui va diminuer la douleur. Dans 60% des cas, une seule séance suffit pour faire disparaître la douleur mais l’irradiation peut être répétée en cas d’échec. Lorsque la douleur se situe en plusieurs endroits, une radiothérapie métabolique peut être envisagée. Cela consiste à injecter dans une veine un produit radioactif qui pénètre directement dans les métastases osseuses et supprime la douleur. Dans toutes les situations de prise en charge des douleurs, un traitement médicamenteux anti-douleur sera associé afin de soulager rapidement le patient.

Même si la radiothérapie permet également de diminuer le risque de fracture, la chirurgie est parfois nécessaire. En effet, elle permet de stabiliser l’os mais aussi de prévenir une compression médullaire ou une fracture imminente. S’il y a un risque de fracture ou dans le cas de douleurs mal soulagées, il est possible, sous anesthésie locale, d’injecter du ciment dans l’os fragilisé pour le consolider.

Médicaments ciblant les os

Deux médicaments peuvent aussi être proposés aux patients. Administrés par voie orale ou dans les veines, les biphosphonates permettent de diminuer le risque de complications liées aux métastases osseuses. Ils comportent certains effets secondaires (troubles digestifs, insuffisance rénale, syndrome grippal, baisse de calcium dans le sang), cependant bien controlés. Une autre complication grave mais rare (1,5% des cas), est la nécrose (mort d’une cellule ou d’un tissu organique) de la mâchoire, risque cependant diminué par une administration ne dépassant les deux ans généralement. De plus, les patients dont les reins ne fonctionnent pas bien ne peuvent pas recevoir ce traitement.

Le dénosumab, quant à lui, permet de solidifier l’os et de baisser le risque de complications. Contrairement aux biphosphonates, il peut être administré aux patients dont les reins fonctionnent mal. Ses effets secondaires sont semblables au premier médicament.

Ces deux traitements présentent la même efficacité quant à la diminution des complications liées aux métastases osseuses et au prolongement de la vie du patient. Ils ne peuvent toutefois pas être pris durant plus de deux ans, car passé ce délai, les risques de nécrose de la mâchoire augmentent considérablement.

Conclusion

Les différentes thérapies qui permettent de soigner les complications liées aux métastases osseuses sont assez efficaces. Dans un futur proche, d’autres solutions seront aussi offertes aux patients. En effet, de nouveaux traitements ciblant l’ostéoclaste sont en cours d’évaluation tandis que d’autres produits cherchent à traiter simultanément l’os et la tumeur.

Référence 

Adapté de «Vademecum des complications osseuses des cancers», par Dr C. Py, Dr P-Y. Dietrich, Dr A. Ben Aïssa, Service d’oncologie médicale, HUG. In Revue médicale suisse 2013; 9: 1108-1113, en collaboration avec les auteurs.

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