Cancer pédiatrique: «Nous offrons à nos patients le résultat de nos découvertes»

Dernière mise à jour 13/05/19 | Article
cancer_pediatrique_resultats_decouvertes
Le cancer pédiatrique est le parent pauvre de la recherche contre le cancer. La Fondation Cansearch, dirigée par le Pr Marc Ansari, responsable de l’Unité d’oncohématologie pédiatrique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), œuvre pour offrir de l’espoir aux enfants et à leur famille.

      

Le cancer est une maladie qui fait particulièrement peur, d’autant plus lorsqu’elle touche l’enfant.

Pr Marc Ansari  Oui, car le cancer est une maladie grave qui suppose l’existence d’une tumeur ayant la capacité de voyager dans le corps et de faire des métastases. Et les traitements sont souvent importants et longs. Heureusement, il est rare chez l’enfant. En Suisse, on recense entre 250 et 300 nouveaux cas chaque année, dont environ 40 à Genève. A cela il faut ajouter une dizaine de transplantations de cellules souches et les cas d’hématologie (maladies du sang non cancéreuses). Cela représente près de 4’000 consultations par an aux HUG en pédiatrie.

En quoi les cancers pédiatriques sont-ils particuliers?

Il y a des maladies cancéreuses qui n’existent que chez l’enfant ou que chez l’adulte. Le mot «cancer» désigne plusieurs maladies qui diffèrent par leur comportement et leur profil génétique. Leur pronostic est également très variable selon l’âge. Dans les pays industrialisés, 80% des enfants atteints de cancer survivent, et plus de 90% en cas de leucémie. A l’autre extrême, il y a des cancers très agressifs, comme le gliome infiltrant du tronc cérébral (une tumeur cérébrale), qu’on n’arrive pas à soigner. Les traitements anticancéreux ne sont souvent pas délivrés avec la même intensité chez l’enfant. La problématique émotionnelle et familiale est aussi très différente. Apprendre que son enfant a un cancer est un vrai tsunami. Cela bouleverse la vie familiale à tous les niveaux et génère beaucoup de culpabilité. Il faut un réseau social et familial fort et un couple soudé. La fratrie paie également un lourd tribut. Grâce au soutien de la Fondation Children Action, nous allons mettre en place cette année des thérapies familiales ciblées pour aider les familles. Enfin, l’enfant ne peut pas affronter seul la maladie. Pourtant, la loi n’offre qu’une semaine de congé aux parents d’enfants malades, alors que les traitements durent souvent plusieurs années.

Vous avez créé et dirigez la Fondation Cansearch. Quels sont ses buts?

L’oncologie et l’hématologie pédiatrique sont des domaines souvent oubliés par l’industrie pharmaceutique. Nous avons créé la Fondation Cansearch pour soutenir la recherche et trouver de nouvelles solutions. Prenons l’exemple de la transplantation de cellules souches hématopoïétiques pour sauver des enfants souffrant de leucémies. Dans 10 à 20% des cas, on perd l’enfant au cours et même à cause du traitement. Si l’enfant guérit de son cancer, il en paie souvent le prix car les traitements sont très toxiques et peuvent aussi avoir un impact à long terme. Or, un enfant a toute une vie devant lui. On doit réduire la toxicité des traitements pour améliorer ses chances de survie et sa qualité de vie future. C’est pour poursuivre ces objectifs que nous avons créé la première plateforme de recherche d’hématologie et d’oncologie pédiatriques (Cansearch Research Laboratory) à Genève en partenariat avec les HUG et l’Université.

De quelle façon se nouent ces collaborations?

Lorsqu’on ne comprend pas une situation clinique, on soumet le cas au laboratoire de recherche et on peut démarrer une étude si nécessaire grâce aux différents soutiens publics et privés. Il y a une rapidité d’exécution hors pair. Les interactions entre clinique et recherche sont constantes et nous permettent d’individualiser les traitements de nos patients.

Quels sont les axes de recherche les plus prometteurs aujourd’hui?

Les thérapies immunologiques, où on modifie génétiquement les cellules de l’enfant pour qu’elles puissent se retourner contre le cancer et le combattre quand on les réinjecte. J’ai administré le traitement au premier enfant suisse en Allemagne. Il est le plus jeune au monde à avoir reçu cette thérapie (CAR T cell-Kymriah) innovante. A la Fondation Cansearch, beaucoup de développements en génétique ont été réalisés pour adapter les doses de certains médicaments afin d’en réduire la toxicité. Nous avons également démontré dans une étude, parue dans le New England, une diminution du risque de surdité liée à la chimiothérapie dans le cas du cancer du foie. C’est très prometteur.

______

Article repris du site  pulsations.swiss

A LIRE AUSSI

Cancer des os
Quand le cancer touche les os, il complique les choses

Quand le cancer touche les os, il complique les choses

Vous l’ignorez peut-être, mais la plupart des cancers peuvent se propager dans les os. Une fois que les...
Lire la suite
Cancer de la prostate
Troubles sexuels après une intervention chirurgicale pour un cancer de la prostate

Rétablir la fonction érectile après un cancer de la prostate

Après traitement chirurgical du cancer de la prostate, une rééducation de la fonction érectile doit être...
Lire la suite
Dépistage du cancer
J’ai une grosseur, un kyste… que faire?

J’ai une grosseur, un kyste… que faire?

L’apparition soudaine d’une grosseur sur la peau, ou juste en dessous, peut sembler très banale à certains...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
BV_retinoblastome_expertise

Rétinoblastome: l’expertise lausannoise

Le rétinoblastome est un cancer rare de l’enfant touchant 1 naissance sur 17’000. Avec le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin jouit d’une renommée internationale pour le traitement de cette maladie. Chaque année, 50 à 60 nouveaux patients et patientes, dont 90% viennent de l’étranger, y reçoivent des traitements de pointe.
LMD_vaccin_anti_cancer

Un vaccin anti-cancer pour bientôt?

Un vaccin contre le cancer pourrait-il bientôt être massivement déployé pour éviter la rechute chez les personnes touchées? Il est en tout cas sûr que le vaccin constitue un pas de géant dans le traitement cette maladie, qui concerne chaque année près de 44'000 personnes en Suisse.
BV_fiche_maladie_melanome

Le mélanome de l’uvée

Cette tumeur rare menace la vision, mais aussi la vie.
Videos sur le meme sujet

Une lueur d'espoir face au cancer de la surrénale

C'est le rôle que joue indirectement la testostérone dans la progression du cancer de la glande surrénale qui explique pourquoi les femmes sont plus touchées que les hommes par cette maladie.

Le cancer sans tabou

Ariane Hasler vous emmène visiter une exposition sur le cancer.

Des lymphocytes pour prévenir les métastases

Freiner, voire inhiber, la propagation de métastases dans certains cancers, sans nuire au système immunitaire du patient, c'est lʹeffet des lymphocytes T "tueurs" utilisés dans certaines immunothérapies.
Maladies sur le meme sujet
Pancreas

Cancer du pancréas

Chaque année en Suisse, 1100 personnes développent un cancer du pancréas (carcinome pancréatique), ce qui correspond à environ 3% de toutes les maladies cancéreuses.