Le cancer de la prostate peut longtemps passer inaperçu

Dernière mise à jour 15/01/15 | Article
Le cancer de la prostate peut longtemps passer inaperçu
Parce qu’il menace la virilité, ce cancer est parmi les plus redoutés par les hommes qui avancent en âge. Pourtant, s’il est plutôt fréquent, il ne se déclare que dans une minorité des cas.

Les maladies qui touchent la sphère intime sont courantes. Pourtant, celles et ceux qui en souffrent sont peu enclins à parler, et nourrissent souvent des angoisses sourdes. Parmi les plus redoutées, le cancer de la prostate, glande de l’appareil génital masculin impliquée dans la production du liquide du sperme. Pour sensibiliser le public à ce tabou, chaque mois de novembre, des hommes du monde entier se laissent pousser la moustache.

Pourquoi le cancer de la prostate inquiète-t-il tant les hommes vieillissants? Parce qu’il est le cancer le plus fréquent chez eux, que les risques de son apparition augmentent avec l’âge et qu’il touche à la virilité.

Symptômes et évolution du cancer de la prostate

 

«A 50 ans, entre 30 et 40% des hommes sont porteurs de cellules cancéreuses au niveau de la glande prostatique, explique le professeur Patrice Jichlinski, chef du service d’urologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). 10% d’entre eux développeront un cancer avec symptômes, et seuls 3% succomberont. Il y a donc un fossé énorme entre la grande prévalence de la maladie (le nombre de malades dans une population) et le taux de mortalité dû à cette maladie.» Au-delà de 75 ans, en revanche, un homme sur deux qui meurt d’un cancer en Suisse est victime d’un cancer de la prostate, soit 1300 chaque année.

VRAI/FAUX

Le cancer de la prostate évolue lentement

VRAI ET FAUX: Cela est vrai dans 60 à 70% des cas. Mais pour les 30% restants, il est agressif.

On ne peut pas le prévenir

VRAI: Contrairement à d’autres types de cancer (comme celui du poumon, lié dans la plupart des cas au tabac), il n’y a pas de facteurs de risques majeurs sur lesquels on peut agir. Mais la mortalité liée à ce cancer étant moindre dans les pays méditerranéens que dans le nord de l’Europe et qu’aux Etats-Unis, l’alimentation joue peut-être un rôle.

Une activité sexuelle régulière tout au long de la vie est préventive

FAUX: C’est un sujet controversé. Si certaines études indiquent qu’une activité sexuelle intense diminue le risque de développer ce cancer, les maladies sexuellement transmissibles semblent l’augmenter. Toutefois, une activité sexuelle régulière offre de meilleures chances de récupération après un traitement chirurgical ou de radiothérapie.

Dépister ou pas?

Comment le dépister? Par un dosage du taux de l’enzyme antigène prostatique spécifique, ou PSA, dans le sang et un examen clinique (toucher rectal). Selon les résultats, des examens radiologiques ou une biopsie confirment le diagnostic. S’il est relativement courant, pourquoi ne pas le dépister systématiquement? «Il existe une attractivité naturelle pour les dépistages tant chez les patients que chez les médecins, qui partagent l’espoir que le dépistage d’une maladie améliore automatiquement son pronostic. Or le lien entre dépistage et amélioration de la survie n’est pas systématique, comme en témoigne l’analyse des données scientifiques qui concernent le cancer de la prostate», soulève le professeur Jacques Cornuz, directeur de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne.

En se soumettant au dépistage, le patient s’expose à la découverte possible d’un cancer et aux effets indésirables du traitement (troubles de l’érection pouvant aller jusqu’à l’impuissance, incontinence urinaire), avec des répercussions parfois sérieuses sur sa qualité de vie, en particulier sa sexualité. «Or il se peut très bien que la maladie ne le gêne jamais, le cancer de la prostate ne provoquant généralement aucune douleur ni symptômes. En d’autres termes, l’un des dangers du dépistage est le «surdiagnostic», c’est-à-dire de créer une maladie dont le patient, sans cela, n’aurait jamais souffert», explique le professeur Cornuz. «Néanmoins, nuance le professeur Jichlinski, dans 20 à 30% des cas, nous sommes confrontés à des patients atteints d’une maladie grave qui nécessite des soins, sans quoi le patient risque de mourir. Toute la difficulté réside dans le fait de détecter ces patients-là à temps!»

En novembre 2014, plus de 5000 Suisses ont participé au mouvement «Movember». Né en Australie, il invite les hommes à se laisser pousser la moustache durant le mois de novembre pour sensibiliser l’opinion publique aux maladies masculines telles que le cancer de la prostate. En Suisse, plus de 6000 hommes développent ce type de cancer chaque année.

Laisser pousser la moustache pour sensibiliser au cancer de la prostate

Prédispositions familiales

En Suisse, aucun dépistage systématique n’est organisé. Les urologues recommandent toutefois de se soumettre à un dépistage dès 50 ans, voire plus tôt (45 ans) en cas de prédisposition familiale. Selon le professeur Jichlinski, «de même que l’on s’inquiète d’une éventuelle hypertension ou de son taux de cholestérol, il est important de se poser la question du dépistage du cancer de la prostate et de la façon dont on se projette dans l’avenir».

Pour l’heure, donc, se faire ou non dépister devrait être le fruit d’une décision partagée entre le patient et son médecin: «C’est un véritable enjeu éthique», reprend Jacques Cornuz. Les données scientifiques sur la maladie étant contradictoires, les valeurs du patient sont déterminantes: selon leur histoire personnelle, les uns préfèrent être fixés, tandis que les autres font le choix de l’ignorance. De même, en cas de dépistage positif, certains choisissent de ne pas se faire enlever la prostate afin de préserver leur qualité de vie et leurs fonctions sexuelles.

On pratique alors une «surveillance active», basée sur un protocole d’intervention individualisé. Dans tous les cas, conclut le professeur Cornuz, «il est primordial que les patients puissent bénéficier d’une information équilibrée, de qualité et actualisée sur la maladie».

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