La vie sexuelle après un cancer de la prostate ? Témoignage

Dernière mise à jour 26/03/13 | Article
Témoin de l'effet du cancer de la prostate sur la vie sexuelle
La chirurgie du cancer de la prostate a des conséquences physiques et psychologiques. Un homme témoigne sur ses interrogations avant l'opération, et sur les conséquences de celle-ci sur sa vie de couple.

Données de base

Homme âgé de 66 ans chez qui un cancer de la prostate a été initialement diagnostiqué en 2003. Opéré en octobre 2003 (prostatectomie) à l’aide du robot Da Vinci. Après sept ans de relation, mariage pour la deuxième fois en 2003, avant l’opération, à une femme plus jeune que moi (à présent âgée de 43 ans). Séparé en 2005 et divorcé en 2006.

Commentaires

Avant de décider d’être opéré, j’ai eu de nombreuses discussions avec ma femme, puis avec l’urologue et ma femme ensemble; des discussions très orientées vers les répercussions éventuelles du retrait de ma prostate sur la vie sexuelle. Le docteur a été extrêmement patient et m’a donné de nombreuses informations d’ordre médical. Nous avons également parlé de ce qui pourrait être fait pour reprendre une vie sexuelle normale après l’opération. Ces conversations portaient sur les médicaments et me laissaient un sentiment optimiste quant à un retour très probable à des relations sexuelles «décentes», très important pour tous les deux dans notre relation.

Après réflexion, j’ai l’impression qu’il manquait un grand nombre d’informations pour le couple sur la préparation émotionnelle quel que soit le résultat de l’opération et, en particulier, sur le rôle nécessaire de l’épouse après. Selon les personnes impliquées, un travail plus poussé avec un spécialiste sur les relations sexuelles existantes et sur la manière de gérer le changement serait très bénéfique avant de prendre une décision thérapeutique.

Après l'opération

La vérité, c’est que cela a été plutôt un désastre. Le problème principal se présentait sur trois fronts : tout d’abord, impossible d’avoir une érection. Tous les médicaments habituels ont été essayés, mais les résultats étaient très variables: d’aucun effet à des maux de tête sérieux, en passant par une érection de dix heures nécessitant de retourner chez le médecin. Les injections se sont avérées davantage un succès sur le plan mécanique mais n’ont pas fonctionné sur le plan psychologique. Il faut souligner qu’un orgasme est possible sans érection.

Deuxièmement, après à peine quelques mois, ni l’un ni l’autre n’éprouvait de satisfaction. Ceci est devenu un problème important dans notre couple et, en particulier, pour moi en tant que personne. Nous avions toujours joui d’une vie sexuelle active et ceci était important pour nous en termes de communication et d’échange de nos sentiments l’un envers l’autre.

Tous deux, nous avons fini par être bloqués et avons décidé de chercher plus de conseils. J’ai vu un urologue et reçu les conseils techniques et mécaniques classiques disponibles sur le marché. Ma femme et moi-même sommes allés, ensemble, voir un sexologue, mais je sentais qu’elle le faisait principalement pour moi et sans être totalement investie elle-même dans le processus. Je doutais également que le type de traitement, qui incluait de l’hypnose, puisse fonctionner dans le court terme. Nous avons arrêté le traitement car les choses ne s’amélioraient pas et ma femme a suggéré que j’y aille seul, ce que je ne voulais pas faire et que le sexologue ne recommandait pas.

En ce qui concerne notre mariage, nous avons décidé de nous séparer et de divorcer. La différence d’âge, les divergences en matière de plans d’avenir et des besoins de la vie ont été des facteurs-clés. Le problème sexuel dû à la prostate était un problème majeur. Je ne dirai jamais que c’était la cause unique, mais certainement la cause majeure.

Le troisième problème qui est survenu c’est que j’en suis arrivé à ne plus aimer mon corps, par rapport à ce qu’il m’a infligé. J’ai tendance à traiter mon sexe comme s’il était quelque chose à gérer séparément du reste de ma personne. C’est toujours le cas, d’où peu de libido, un évitement physique et une sorte de barrière à la création d’une nouvelle relation avec une femme. Je rencontre des femmes, j’ai des rendez-vous, mais j’évite les avances sur le plan physique et il m’est difficile d’expliquer pourquoi.

Cependant, il y a de bonnes nouvelles. J’ai rencontré quelqu’un avec qui je passe du temps, qui est compréhensive et qui m’aide à surmonter certaines de mes barrières. Nous avons du plaisir sexuel et nous sommes capables de nous donner l’un à l’autre un orgasme, cela étant sans érection. Je ne prends aucun médicament, injection, etc. Ma partenaire estime que je progresse et que les choses s’améliorent en ce qui concerne ma volonté d’accepter et de participer à l’aspect physique de la relation. Elle m’encourage à aimer mon corps à nouveau et à me resynchroniser avec lui. Pour ma part, je constate quelques progrès sur ce point, néanmoins lents. Je traverse des périodes d’évitement de contact physique, mais recevoir cette aide et ce soutien de sa part m’a réellement «sauvé la vie», en ce qui concerne mon sentiment d’être un homme valide du point de vue de ma masculinité. Il est évident que divorcer ne m’a pas aidé non plus.

Conclusions

A ce jour, je suis parvenu aux conclusions suivantes:

  • Qu’il est possible d’avoir une vie sexuelle satisfaisante après une prostatectomie, si vous et votre partenaire pouvez y travailler ensemble et gérer les changements, les déceptions, les hauts et les bas et la transformation de la pratique sexuelle et des attentes.
  • Que le temps passé chez des spécialistes qui comprennent l’aspect physique et, plus particulièrement l’aspect émotionnel, est crucial: ces spécialistes doivent être – et ils le sont – réalistes mais également motivants. Dans mon cas, j’ai l’impression que les conseils médicaux ont été de bons conseils mécaniquement parlant, mais pas psychologiquement et qu’aucun suivi n’a eu lieu concernant les résultats des divers médicaments et injections consécutifs à l’opération.
  • Cette aide post-opératoire fait cruellement défaut et, par conséquent, il arrive que le patient et sa partenaire passent trop de temps à chercher ce type d’aide ou ne sachent pas à qui s’adresser. L’aide post-opératoire concernant les changements au niveau sexuel est absolument nécessaire dès le départ. Se contenter de prescrire et d’expérimenter des médicaments ou des injections, etc., c’est «mortel ». Une aide psychologique et même une aide relative aux techniques sexuelles, peut-être inconnues ou non pratiquées auparavant, doivent être apportées si le couple a du mal à s’adapter.
  • Les répercussions sexuelles du cancer de la prostate pour les personnes et/ou les couples peuvent s’avérer désastreuses.

Je me suis parfois demandé si j’avais fait le bon choix lorsque j’ai décidé d’être opéré, mais ces questionnements sont terminés. Cette opération a considérablement changé ma vie privée, ma vie sociale et ma vie sexuelle. J’ai désormais accumulé l’énergie nécessaire pour bâtir un nouveau mode de vie, que je commence tout juste, après plus de quatre ans, à développer et à apprécier. La chirurgie m’a conservé en vie et, avec de l’aide, je commence à croire que la satisfaction sexuelle peut redevenir un élément de cette nouvelle vie.

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