La panoplie des traitements contre le cancer de la prostate

Dernière mise à jour 04/06/15 | Article
La panoplie des traitements contre le cancer de la prostate
Le cancer de la prostate est la première cause de cancer chez les hommes de plus de 65 ans. De nouveaux traitements prometteurs arrivent en Suisse.

Le cancer de la prostate touche quelque 6000 nouveaux patients chaque année en Suisse. Dans la grande majorité des cas, la tumeur reste localisée dans la glande de l’appareil génital masculin et ne progresse que très lentement. Mais lorsqu’il se forme des métastases, la maladie peut évoluer beaucoup plus rapidement. Le traitement dépend donc du type de cancer, mais aussi de l’âge du patient, des autres troubles dont il souffre et du «risque évolutif de la tumeur», selon Patrice Jichlinski, médecin-chef du service d’urologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Tumeur sous étroite surveillance

L’une des tendances actuelles est de ne pas traiter systématiquement tous les hommes affectés par la maladie. Après analyse de leur tumeur à l’aide d’une IRM ou de biopsies ciblées, les médecins décident de soumettre certains de leurs patients à une surveillance active. Cela permet de «retarder le traitement, afin d’éviter les surtraitements et les effets secondaires», souligne l’urologue du CHUV.

La chirurgie par voie ouverte ou robotique

Lorsqu’un traitement actif doit être mis en place, l’une des solutions envisagées est l’ablation de la prostate et des ganglions du pelvis. L’intervention peut alors se faire par voie ouverte ou à l’aide d’un robot. Réservée aux tumeurs localisées, cette méthode est efficace mais non dénuée d’effets indésirables. Elle entraîne un risque d’incontinence –qui peut «toutefois être traitée par une physiothérapie ad hoc», précise Patrice Jichlinski– et peut aussi provoquer un dysfonctionnement érectile. «Tout dépend de la situation du patient avant l’opération». Quant à la récupération, «elle est plus facile chez les jeunes».

La radiothérapie externe ou interne

La technique standard de radiothérapie consiste à détruire les cellules cancéreuses en les bombardant avec des radiations ionisantes (radioactives), tout en préservant autant que possible les tissus sains qui entourent la tumeur. Pour diminuer la durée du traitement (qui est d’environ cinq semaines), les médecins disposent depuis quelques années de radiothérapies dites «hypofractionnées». Celles-ci irradient la tumeur «avec des doses plus importantes de rayons, mais sur une période plus courte», explique l’urologue.

Quoi qu’il en soit, la radiothérapie peut engendrer des troubles de la miction, une inflammation du rectum (rectite) et, comme la chirurgie, un dysfonctionnement érectile «qui, dans ce cas, est progressif», précise Patrice Jichlinski.

Lorsque la tumeur a peu de risques d’évoluer rapidement, il est possible de l’attaquer en plaçant directement des implants radioactifs à l’intérieur de la prostate. Cette curiethérapie –ou brachythérapie– diminue le risque de rectite, mais «peut compliquer les traitements ultérieurs de la prostate».

L’hormonothérapie diminue les symptômes Les hormones sexuelles masculines, en particulier la testostérone, font croître les cellules de la prostate, y compris celles qui sont cancéreuses. D’où l’intérêt de l’hormonothérapie, qui vise à inhiber leur action. Ce traitement est toutefois «réservé aux patients avec une tumeur à haut risque évolutif et qui ont une espérance de vie très courte, ou à ceux qui ont des métastases», souligne le médecin du CHUV. L’hormonothérapie diminue les symptômes de la maladie, mais «n’a pas ou peu d’impacts sur son évolution et sur la survie des malades». Ce n’est que lorsque des résistances apparaissent à cette «castration chimique» que l’on utilise des chimiothérapies qui, dans le cancer de la prostate, «ne sont pas utilisées en première ligne».

Les thérapies focales: mieux cibler la tumeur

Depuis peu sont apparues de nouvelles techniques qui ciblent la tumeur plus précisément que ne le font les traitements conventionnels et, de ce fait, diminuent les effets indésirables. En lieu et place du bistouri ou des rayons, ces thérapies dites focales détruisent les cellules cancéreuses à l’aide d’ultrasons de haute énergie –le CHUV dispose d’ailleurs d’une machine adéquate depuis fin janvier– mais aussi à l’aide du froid (cryothérapie), de la lumière (photothérapie), de lasers interstitiels ou d’autres méthodes relevant des nanotechnologies, comme l’électroporation qui utilise de très courtes impulsions électriques.

Pour la plupart, ces techniques sont encore en cours d’évaluation. Mais elles suscitent déjà de grands espoirs car «elles offrent une solution intermédiaire entre une surveillance active et un traitement complet», estime Patrice Jichlinski. Le médecin prévoit d’ailleurs «qu’au cours des vingt prochaines années, elles vont provoquer un changement majeur dans la prise en charge du cancer de la prostate». De quoi élargir l’éventail des traitements disponibles contre ce fréquent cancer masculin.

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