Faut-il bannir les lingettes pour bébé?

Dernière mise à jour 01/12/12 | Questions/Réponses
Faut-il bannir les lingettes pour bébé?
Le «phénoxyéthanol», voilà le nouveau composant que les parents vont traquer dans les produits cosmétiques pour bébé. L’Agence nationale de sécurité des produits de santé recommande en effet de bannir ce conservateur des lingettes pour bébés et de le limiter dans leurs produits cosmétiques.

Lire avec attention les étiquettes, y traquer tout ce qui pourrait nuire à la santé de bébé est un sport auquel les parents avertis excellent. Ils écartent tout produit contenant du bisphénol ou des parabènes, perturbateurs endocriniens désormais connus. Un nouveau composant devra désormais attirer leur attention: le phénoxyéthanol, potentiellement toxique pour le foie. Un conservateur souvent utilisé à la place du parabène et omniprésent dans les produits cosmétiques, mais aussi industriels, également utilisé dans certains vaccins. La France recommande de le bannir des produits destinés au siège de l’enfant de moins de 3 ans. L’Agence nationale de sécurité des produits de santé (ANSM) pointe en particulier les lingettes, si largement utilisées. En Suisse, l’Office fédéral de la santé confirme que le phénoxyéthanol est autorisé dans les produits cosmétiques. Faut-il alors bannir les lingettes de la trousse de bébé? Analyse de Jacques Diezi, professeur honoraire de pharmacologie et toxicologie à la Faculté de médecine de Lausanne.

Pour l’instant, la Suisse ne suit pas les recommandations de l’ANSM quant aux lingettes. Pourquoi?

Jacques Diezi: Il n’y a pas une véritable urgence, et la Suisse attend de voir ce que décide l’Europe. L’OFS, comme l’Union européenne actuellement, considère qu’à la dose de 1% autorisée dans tous les produits cosmétiques, le phénoxyéthanol n’est pas dangereux.

Pourquoi les autorités françaises ont-elles un jugement contraire?

Dans les années 1990, l’emploi de certains produits de la même famille, les éthers de glycol, a été strictement limité en raison de leur toxicité sur la reproduction. Le phénoxyéthanol, considéré comme peu dangereux, n’avait pas été inclus dans cette révision. L’ANSM comble aujourd’hui cette lacune. Son rapport montre que, chez les rats étudiés pendant trois mois, ce produit n’est pas dommageable jusqu’à une certaine dose (164 mg par kilo de poids corporel et par jour). Au-delà, il devient toxique pour le foie et provoque une destruction partielle des globules rouges. Pour extrapoler le risque à l’homme, on prend généralement une marge de sécurité de cent: le produit n’est toléré qu’à une dose cent fois plus petite que la limite de toxicité établie dans l’expérimentation animale. Mais le récent rapport de l’ANSM montre une marge de sécurité de dix seulement pour les moins de 3 ans. Elle recommande donc de ne pas tolérer ce produit dans les lingettes et de réduire son pourcentage à 0,4% dans les autres cosmétiques pour bébés.

Ces conservateurs sont-ils vraiment nécessaires?

Si on veut garder ces produits un certain temps, c’est plus sûr. Ce sont des antibactériens efficaces, en particulier contre un germe que l’on n’aime pas trop, Pseudomonas aeruginosa. Il y a déjà eu des contaminations de collyres par ce germe.

Entre parabènes et phénoxyéthanol que choisir?

Les uns et l’autre posent quelques problèmes! Certes, pour le phénoxyéthanol, les experts ont pris en compte le scénario du pire. Les quan­tités auxquelles un bébé est exposé ne se rap­prochent de la dose toxique chez l’animal que si tous ses produits de soin contiennent ce conser­vateur et si l’enfant est quotidiennement cou­vert de crème.

Les bébés qui ont des problèmes de peau sont justement couverts de crème de la tête au pied!

Dans ce cas, il faut essayer d’utiliser le plus possible des produits sans phénoxyéthanol. Et se rappeler que les savons et tous les produits rincés posent beaucoup moins problème. Par ailleurs, aucun cas de toxicité humaine due au phénoxyéthanol n’a été rapporté. Mais l’Agence de sécurité française a joué son rôle et il faut rester attentif. Nous sommes aujourd’hui bien mieux informés de la toxicité des produits. Grâce notamment à l’attention de différentes associations de protection de consommateurs, et c’est une bonne chose.

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Extrait de :

Check-Up. Les réponses à vos questions santé
de Marie-Christine Petit-Pierre
Ed. Planète Santé / Le Temps, 2014

            

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