Le bain du nouveau-né: un art renouvelé

Dernière mise à jour 26/11/21 | Article
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Faire du bain plus qu’une simple toilette d’hygiène, voici l’approche privilégiée aujourd’hui par de nombreux professionnels en maternité et néonatalité. Sans éclipser les règles de sécurité, ce moment particulier s’inscrit comme un instant de détente et l’occasion de nouer un lien fort avec l’enfant.

Question/Réponse

Théo, 30 ans: «Mon fils a 1 mois et pleure systématiquement quand on lui donne le bain. Nous faisons pourtant les choses en douceur, comme expliqué à la maternité.»

La réponse de Sonia Krief, auxiliaire de puériculture: «Un bébé ne devrait pas pleurer dans son bain sauf si les conditions ne sont pas bonnes, qu’il a faim, qu’il a froid, qu’il n’est pas suffisamment contenu. Il se peut aussi qu’il soit en train de raconter quelque chose de son histoire, de ses besoins, de ses émotions.»

Vous avez peut-être vu passer ces images d’enfants béats, à moitié endormis, emmaillotés et bercés doucement dans leur baignoire, rassurés par une voix douce et posée. Cette voix, c’est celle de Sonia Krief, auxiliaire de puériculture fondatrice de la méthode Thalasso Bain Bébé (lire encadré), dont la méthode rencontre un vif succès sur les réseaux sociaux, auprès des parents comme des professionnels. Car Sonia Krief amène ceci de nouveau qu’elle donne une nouvelle dimension au bain: «Ce n’est pas juste une toilette, c’est un lieu où il se dit beaucoup de choses.» En effet, le moment est riche en stimulations sensorielles. Les sons feutrés de l’immersion, les vibrations de l’eau, les lumières de la salle de bains, l’apesanteur et le contact de l’eau avec la peau, activent tous les sens. L’enfant retrouve des sensations in utero récentes. Après avoir passé neuf mois dans un liquide chaud, réintégrer cet élément si confortable provoque un sentiment de bien-être familier propice à la libération de toutes sortes d’émotions.

Les bons gestes

Moment de relaxation et de partage, le bain doit aussi répondre à certaines règles de sécurité, pour le bien-être de l’enfant:

  • Choisir un matériel adapté (lavabo ou baignoire) préalablement nettoyé.
  • Vérifier la température de l’eau avec un thermomètre. Elle doit être de 37 °C.
  • Préparer tout le nécessaire de toilette au préalable afin de tout avoir à portée de main.
  • Ne jamais répondre au téléphone (même portable) et, d’une manière générale, ne jamais laisser le bébé seul et sans surveillance pendant le bain. « Détourner la tête, même quelques secondes, peut malheureusement provoquer un drame », prévient Mario Gehri, médecin-chef à l’Hôpital de l’enfance à Lausanne.
  • Chaque parent pourra trouver la position de maintien qui convient le mieux. Les professionnels recommandent souvent la technique « de la pince ». Elle consiste à placer votre avant-bras gauche (ou droit) sous la nuque de l’enfant et de maintenir son bras gauche (ou droit) au niveau de l’aisselle avec votre pouce et index fermés. Ainsi maintenu, il ne glissera pas et vous pourrez effectuer la toilette avec votre main libre.
  • Pour éviter qu’il n’ait froid, le corps du bébé doit être correctement immergé, pas uniquement son dos, mais aussi ses bras et son ventre. Il est conseillé de préparer des habits propres et une serviette en amont et de chauffer la pièce entre 20 et 25 degrés.
  • Bien choisir le moment de la journée. Pour qu’il soit dans de bonnes dispositions, éviter de donner le bain si l’enfant a faim ou s’il est trop fatigué.
  • Les transats et sièges de baignoire ne sont pas conseillés dans les premiers mois de vie car le nouveau-né n’a pas suffisamment de tonus pour tenir dessus, et ils exposent à un risque de noyade si le parent abaisse sa vigilance.

Plus d’informations sur www.avasad.ch/jcms/p_23391/fr/le-bain-de-l-enfant-avant-1-an

Le père comme la mère ont toute leur place dans ce rituel, qui peut prendre la forme d’une expérience globale avec massages, câlins, paroles. «Parler à l’enfant est très important. Cela permet de lui expliquer ce qu’il se passe, de le rassurer en lui transmettant des messages positifs de confiance, de sécurité, de bienvenue, ajoute Sonia Krief. Le bébé communique dès sa naissance, à travers son regard, ses pleurs, les mouvements de son corps.»

Le bain et ses vertus

On ne compte plus les bienfaits du bain, que ce soit pour les petits comme pour les grands. Soulager des douleurs, faire baisser la pression artérielle, favoriser la relaxation… «Chez le nouveau-né, le bain est quelque chose d’extrêmement enthousiasmant, explique le Pr Mario Gehri, médecin-chef à l’Hôpital de l’enfance à Lausanne. Il est probablement bénéfique pour son sommeil et son développement.»

À part certaines contre-indications qui nécessitent des soins particuliers (un cordon infecté, des problèmes dermatologiques, une récente intervention chirurgicale…), le nouveau-né peut être baigné dès ses premiers jours de vie. «Pour éviter un risque d’hypothermie, on préfère tout de même attendre le lendemain, voire le surlendemain de la naissance», précise Fabienne Pace-Nicolet, sage-femme chargée d’encadrement et des pratiques cliniques à l’Unité du post-partum de la maternité des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Une recommandation qui s’applique aussi pour les prématurés. «À partir du moment où l’enfant est capable de réguler sa température, il bénéficie de bains, qui font partie des soins de puériculture dès le début de sa vie, ajoute Mario Gehri. Il n’est cependant pas nécessaire de chercher à enlever le vernix caseosa, substance protectrice de la peau qui disparaît naturellement après la naissance, et une toilette à l’eau suffit.» On peut éventuellement utiliser un peu de lotion nettoyante pour ôter les souillures de selles ou du cuir chevelu, mais à choisir sans savon et sans parfum pour éviter les irritations de l’épiderme. «De la même manière, pour protéger le film hydrolipidique et ne pas dessécher la peau, on conseille d’espacer les bains, tous les 2 à 4 jours», ajoute Fabienne Pace-Nicolet, qui rappelle: «Il n’y a pas d’impératif urgent. Si le bain doit être repoussé d’une journée, ce n’est pas grave.» L’important étant que parents comme enfant soient dans les meilleures dispositions pour profiter du moment.

La Thalasso Bain Bébé, plus qu’un bain

Mise au point dans les années 2000 par Sonia Krief, auxiliaire de puériculture, formatrice et auteure, la Thalasso Bain Bébé (TBB) est une méthode qui repense le moment du bain, favorisant une approche qui mêle observation, écoute et communication. Les images de ces instants hors du temps font fondre les adeptes des réseaux sociaux et ont déjà séduit de nombreux parents et professionnels en maternité et néonatalogie.

Quels sont les grands principes de votre méthode?
Sonia Krief: C’est avant tout une méthode tournée vers le bébé, qui est capable de nous raconter beaucoup de choses. Je les enveloppe parfois dans un lange, mais certains ont besoin de liberté pour pouvoir bouger. Le bain que je propose n’a pas pour but de nettoyer l’enfant, ce n’est pas un bain d’hygiène. Je le nettoie seulement de ses émotions, parfois liées à une grossesse ou un accouchement difficiles. C’est une approche qui va au-delà du soin, dans une dimension presque philosophique.

Selon vous, le bain peut-il libérer le bébé de sa mémoire émotionnelle durant l’accouchement…
Oui, en effet. Quand les choses ont été difficiles, pendant la grossesse ou la naissance, les bébés savent le dire, le pleurer. Dans l’eau, le nouveau-né retrouve des sensations in utero, il retourne «chez lui». Normalement, cela est rassurant, mais parfois cela peut aussi lui rappeler quelque chose de négatif. Il faut libérer ces enfants de cette histoire inscrite en eux, de cette peur d’une naissance difficile. L’eau peut avoir des vertus très réparatrices, à condition de se connecter à l’enfant, de donner sa confiance pour qu’il puisse à son tour faire confiance et raconter.

Dans un monde à la cadence infernale, vous remettez la lenteur et la contemplation au centre des choses. Pourquoi est-ce si important?
Un bébé ne supporte pas la rapidité, ce qui va vite ne lui convient pas. Il faut trouver le rythme du bercement, savoir s’arrêter quand il n’est plus bien, le prendre dans les bras, le calmer, le mettre au sein… J’aimerais faire comprendre aux parents que plus on va vite, plus il stresse, plus il pleure, et plus il pleure, plus il stresse, plus on va vite. C’est le serpent qui se mord la queue. Tout va déjà trop vite pour le bébé, mais le bain peut mettre une pause sur le temps. Ouvrez les yeux, contemplez ce spectacle… il se passe tellement de choses quand on prend le temps de regarder.

Pour découvrir la Thalasso Bain Bébé : www.thalassobainbebe.com

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Paru dans Planète Santé magazine N° 43 – Décembre 2021

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