Sur la Toile, le «cyberharcèlement» menace les jeunes enfants

Dernière mise à jour 29/08/14 | Article
Sur la Toile, le «cyberharcèlement» menace les jeunes enfants
Les pédopsychiatres sont inquiets devant le développement d’une nouvelle forme, potentiellement dangereuse, de harcèlement. Que faut-il savoir sur ce sujet?

On parle de «cyberharcèlement», «cyberbullying» ou «cybermobbing». C’est l'une des conséquences néfastes de l’omniprésence d’Internet dans notre univers quotidien. Une omniprésence vis-à-vis de laquelle les enfants ne sont nullement protégés, bien au contraire.

Le cyberharcèlement consiste à utiliser les nouvelles technologies d'information et de communication (sms, tchats, forums, réseaux sociaux, mails, etc.) pour humilier ou intimider quelqu'un de manière répétée. Ce sont là des sortes de traques virtuelles qui s'achèvent parfois par un drame. En France, 40% des jeunes déclarent avoir déjà subi au moins une agression en ligne, comme le précisait récemment Le Monde.

Pensées et passage à l’acte

Une équipe de chercheurs néerlandais s'est récemment penchée sur les différentes études traitant du sujet avec un but précis: déterminer en quelle mesure le cyberharcèlement peut être associé chez les victimes aux pensées suicidaires, ou au passage à l'acte. Dirigée par le Dr Mitch van Geel (Institute of Education and Child Studies, Leiden University), l’équipe a analysé 34 études consacrées à la problématique du suicide (et du harcèlement sous toutes ses formes) chez les enfants et les adolescents. Soit au total une analyse portant globalement sur 284375 volontaires. Cette étude a été récemment publiée dans la revue américaine JAMA Pediatrics (1).

Conclusions: les victimes de harcèlement âgées de 9 à 21 ans sont 2,2 fois plus susceptibles de souffrir de pensées suicidaires, et 2,5 fois plus susceptibles de passer à l'acte. Et le cyberharcèlement s’avère t encore plus néfaste chez les jeunes visés par cette pratique.

Statistiques suicidaires

Pour le Dr Mitch van Geel, le caractère particulièrement destructeur de cette traque virtuelle peut s’expliquer «par le fait que les victimes de cyberharcèlement se sentent visées par un public plus large». Le fait que les événements puissent être sauvegardés sur Internet pourrait également être un élément traumatisant: «cela pourrait les pousser à revivre les moments blessants plus souvent», explique-t-il. Pour le Dr van Geel il s'agit là d'une tendance particulièrement inquiétante au vu des statistiques du suicide, phénomène qui demeure «l'une des causes de mortalité les plus importantes chez les adolescents».

Si l'Office fédéral de la statistique nous explique que le taux de suicide diminue sensiblement en Suisse depuis le début des années 1980, ce taux demeure élevé, et ce même chez les jeunes. Et comme le rappelait récemment Charlotte Frossard sur Planète Santé, «les jeunes âgés de 14 à 29 ans sont très touchés, puisqu’ils sont en général plus d’une centaine à passer à l’acte, ce qui équivaut à un suicide de jeune tous les trois jours en Suisse».

La suite des cours de récréation

«Dans la plupart des cas, il y a une relation entre la victime et le ou les harceleur(s)», explique pour sa part en France le Dr Yann Leroux, psychologue au Centre médicopsychopédagogique de Périgueux et membre de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (OMNSH). En milieu scolaire, ce cyberharcèlement se situe dans la continuité du harcèlement tel qu’il se pratique dans les cours de récréation et implique des jeunes qui se connaissent. Comme il s’agit de jeunes qui consultent peu, le phénomène est très difficile à évaluer. «Selon une étude menée en 2013 sur 738 enfants de collèges de Tours (Indre-et-Loire), 14% des élèves de collèges et 16,4% des élèves de lycées professionnels ont été victimes d’agressions en ligne.

Même difficile à évaluer, le cyberharcèlement peut avoir une portée considérable. «Les cyberharcelés ont l’impression d’être face à un ennemi beaucoup plus fort qu'eux et de n’avoir nulle part où se cacher», a expliqué Yann Leroux au Quotidien du Médecin. (2) «Le danger des moyens modernes de communication, c’est le manque de recul vis-à-vis des contacts que l’on a les uns avec les autres. Or, l’enfance et l’adolescence sont des âges de grande impulsivité», analyse pour sa part le Dr Marie-France le Heuzey, psychiatre au service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital Robert Debré (Paris).

Symptômes de l’anxiété

Il faut aussi savoir que le cyberharcèlement peut provoquer beaucoup d’anxiété, avec les symptômes qui peuvent y être associés: maux de ventre, troubles du sommeil, difficultés scolaires, etc. Si le patient était dépressif avant que ne commence le harcèlement, le tableau clinique peut s’en trouver considérablement aggravé.

La lutte s’organise: une lutte qui passera nécessairement par la sensibilisation des plus jeunes comme de leurs parents. Des sites spécialisés apparaissent depuis quelques années dans le but de lutter contre le harcèlement scolaire sous toutes ses formes, et notamment la plus récente qui est le cyberharcèlement. Le gouvernement américain a le sien http://www.stopbullying.gov/, tout comme le français: (http://www.agircontreleharcelementalecole.gouv.fr/). En Suisse, des conseils et des brochures peuvent être trouvées sur le site de Prévention Suisse de la Criminalité (www.skppsc.ch).

__________

(1) Un résumé (en anglais) de la publication du JAMA Pediatrics  est disponible ici.

(2) Pour en savoir plus sur ce sujet, on peut lire la thèse de médecine récemment soutenue par Mathilde Arsene (octobre 2013), «Le Cyberbullying: état actuel des connaissances sur la psychopathologie des enfants et adolescents confrontés à ce phénomène».

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