Suicide chez l’adolescent: pourquoi une telle décision?

Dernière mise à jour 14/04/14 | Article
Suicide chez l’adolescent: pourquoi une telle décision?
Le suicide de l’adolescent ou du jeune adulte est particulier, car lié à la période spécifique et délicate de l’adolescence. Qu’est-ce qui fait tant souffrir les jeunes? Explications.

L’adolescence est une période de vie majeure et un passage clé vers l’âge adulte. Cette transition est d’autant plus difficile à vivre qu’elle implique des changements profondément troublants à de nombreux niveaux, et un véritable chamboulement interne. Le corps se modifie et acquiert une dimension sexuée, à laquelle s’associent des questions d’identité sexuelle et d’attirance pour ses pairs qui sont troublantes pour le jeune, mais également pour sa famille qui perd ses repères face à leur enfant qui grandit.

Ce débordement hormonal et émotionnel engendre chez le jeune toutes sortes de pensées incontrôlables, ainsi qu’une propension à l’impulsivité qui peut lui être dangereuse. En effet, corrélée à sa vulnérabilité –inhérente à l’adolescence– et à son trouble intérieur, l’impulsivité augmente le risque d’une tentative de suicide dans des moments de crise ou de détresse.

Paradoxes et perte de repères

L’adolescence est aussi caractérisée par des paradoxes. Le jeune présente souvent une méconnaissance des dangers et de la fragilité de son corps, se croyant tout-puissant –ce qui explique l’arrogance qu’arborent de nombreux jeunes, ainsi que les conduites à risque et la recherche des limites. Or, l’adolescent porte aussi en lui une profonde angoisse due à la perte des idéaux de l’enfance (des parents parfaits, un monde juste, une existence insouciante) et à la peur de l’avenir, des choix et des renoncements à faire, des obstacles à surmonter.

En proie à cette perte de repères, les adolescents peuvent se sentir si seuls et si désemparés que le suicide leur semble alors la seule solution pour cesser de souffrir, pour mettre un terme à ce surmenage autant psychique que physique.

Le fantasme du phénix

Le risque suicidaire est aussi particulièrement fort chez les jeunes parce que ces derniers n’ont pas conscience de l’irréversibilité de la mort, pensant qu’ils pourront en revenir après un temps de répit ou qu’il y aura pour eux un véritable «après» la mort. Il est fréquent qu’ils se projettent à leur enterrement, aux côtés de leurs proches, escomptant obtenir enfin la reconnaissance et le bien-être tant attendus. Cette vision, aussi appelée «le fantasme du phénix», est emblématique de la crise adolescente: le jeune espère, comme l’oiseau imaginaire, renaître de ses cendres plus beau et plus fort. Tout l’enjeu est alors de l’aider à comprendre que la mort n’est pas le moyen de cette renaissance, mais un véritable arrêt –et que seule la vie peut, malgré ses aléas, lui permettre d’évoluer et de s’épanouir.

Les chiffres du suicide en Suisse

En Suisse, le taux de suicide est élevé, y compris chez les jeunes: plus de mille personnes, tous âges confondus, mettent fin à leur vie chaque année. Les suicides chez les hommes sont au moins deux fois plus nombreux que chez les femmes.

Les jeunes âgés de 14 à 29 ans sont également très touchés, puisqu’ils sont en général plus d’une centaine à passer à l’acte, ce qui équivaut à un suicide de jeune tous les trois jours dans notre pays.

Le taux de suicide en Suisse, relativement élevé, se situe légèrement au-dessus de la moyenne des autres pays européens. Néanmoins, ces chiffres restent amplement sous-estimés dans la mesure où ils n’incluent ni les suicides assistés ni les décès ayant lieu dans des circonstances ambiguës et résultant de conduites à risque. Ils ne représentent pas non plus les très nombreuses tentatives de suicide, estimées entre 15'000 et 25'000 par année.

Les statistiques montrent que le taux de suicide est plus important dans les cantons industrialisés et urbains, tels que Genève, Vaud ou Zurich, que dans les cantons ruraux ou ne comptant pas de grande ville. Cette différence peut être mise en relation avec la sensation d’appartenance à une communauté et la proximité du support social, mais aussi avec la religion prédominante dans le canton. En effet, les personnes de confession catholique se suicident environ un tiers moins que les personnes protestantes ou sans confession, dont les chiffres sont comparables.

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