«75% des jeunes en souffrance psychique ne sont pas pris en charge»

Dernière mise à jour 25/11/14 | Article
«75% des jeunes en souffrance psychique ne sont pas pris en charge»
L’adolescence peut être une période éprouvante pour les jeunes et leurs parents. Le Pr Philippe Conus nous aide à comprendre ce passage et à en détecter les risques.

Excès en tous genres, sautes d’humeur et soupe à la grimace: l’heure de l’adolescence a sonné. Sauf qu’au-delà des tensions, voir son enfant se muer en adolescent triste ou rebelle n’est pas anodin. Quels sont les signes à surveiller? Les réponses du Pr Philippe Conus, chef du service de psychiatrie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne.   

La «crise» d’adolescence est-elle incontournable?

L’adolescence est une période de transition importante. Qu’elle s’accompagne de tensions ou d’un certain stress, sans virer à la «crise» à proprement parler, est donc normal. Dans une majorité des cas d’ailleurs, tout se passe assez tranquillement! Mais il est vrai que les bouleversements physiologiques et psychiques s’opérant chez l’adolescent peuvent le rendre fragile. La vulnérabilité face à des troubles psychiques est accrue chez les jeunes ayant souffert de difficultés dans leur enfance, telles que des traumatismes, des troubles de l’attention ou du développement. Dans tous les cas, c’est quand le mal-être s’installe et change le comportement qu’il faut être vigilant.  

Quels comportements doivent alerter?

Trois critères témoignent d’un mal-être sérieux: la durée du malaise (une tristesse qui se prolonge au-delà de quelques jours), son intensité (une anxiété grandissante, perturbant l’appétit et le sommeil par exemple), et son impact sur la vie sociale. C’est le cas lorsqu’un adolescent se coupe du monde, arrête le sport, les sorties entre amis, voit ses résultats scolaires chuter. Quand la vie de l’adolescent tourne autour de ses symptômes, il y a manifestement un problème.   

Quelles sont les pathologies psychiques les plus fréquentes à cet âge?

Chez les 15-25 ans, il s’agit le plus souvent d’épisodes dépressifs, d’anxiété et d’abus de substances. Beaucoup plus rarement de psychoses, comme la schizophrénie ou les troubles bipolaires. Quoi qu’il arrive, il ne s’agit pas de basculer dans la panique, mais d’être attentif: 75 % des troubles de santé mentale durables se développent avant 25 ans. Dans le même temps, selon la littérature scientifique, 75 % des jeunes en souffrance psychique ne sont pas pris en charge.      

Comment expliquer une telle proportion?

Elle résulte d’une tendance à trop banaliser certains comportements ou manifestations d’un mal-être, mis sur le compte de l’adolescence. Dans le même temps, les jeunes eux-mêmes sont souvent réticents à demander de l’aide lorsqu’ils ne vont pas bien. De façon générale, même dans un pays comme le nôtre où la médecine fait des progrès incessants, beaucoup reste à faire dans le domaine de la santé mentale, en matière de détection précoce par exemple. Or on sait que plus les troubles psychiques sont pris en charge tôt chez l’adolescent, moins grand sera leur impact sur la vie future.       

Dans le doute, comment réagir?

En dehors d’un risque suicidaire, sans se précipiter ni dramatiser. Le premier recours est souvent le médecin généraliste, qui va évaluer la situation et orienter si besoin l’adolescent vers une prise en charge adaptée. Les lieux spécialisés comme l’Unité multidisciplinaire de santé des adolescents, à Lausanne, présentent également un grand intérêt. Ils ont en effet l’avantage de proposer un accueil spécifique aux adolescents, sans la connotation «psy» qui souvent leur fait peur.       

Côté parent, quelle attitude adopter pour accompagner au mieux son enfant dans cette période cruciale et parfois délicate?

En osant jouer son rôle de parent! Présenter ses valeurs, être clair sur certaines limites est essentiel. L’adolescent, même s’il les conteste, en a besoin pour se construire et s’émanciper. Alors parfois le conflit apparaît, il ne faut pas l’éviter à tout prix. Il peut être nécessaire, et ne met pas en péril le lien qui unit parent et enfant, bien au contraire. Et cela est d’autant plus vrai si l’on évite d’être dans le jugement, que l’on conserve une qualité d’écoute et que la confiance est là, de part et d’autre.

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