Le harcèlement scolaire, un vrai cauchemar

Dernière mise à jour 16/11/15 | Article
Le harcèlement scolaire, un vrai cauchemar
On estime entre 10 et 15% le nombre d’élèves victimes de harcèlement à l’école. Retour sur un phénomène source de grande souffrance psychologique, aux conséquences parfois dramatiques.

Souvent minimisé, voire nié, le harcèlement à l’école préoccupe les autorités, d’autant plus qu’il est largement amplifié par les réseaux sociaux. Loin d’être un phénomène confidentiel, il fait désormais partie du programme de prévention de la violence de la Confédération et des cantons. Ce programme insiste sur la formation des enseignants et le partenariat avec les parents. Car lorsque des cas de harcèlement à l’école sont révélés, parents et enseignants tombent très souvent des nues. Or ces situations peuvent avoir des conséquences graves, voire tragiques, comme le suicide.

Y a-t-il un profil type des victimes ? Pas vraiment. Il s’agit souvent d’enfants un peu plus réservés, plus timides, manquant de confiance en eux, rarement des leaders, bien que cela puisse arriver. Par contre, le profil des auteurs de harcèlement est plus établi. Ce sont des personnes qui ont besoin de domination et font preuve de peu d’empathie. Ils se nourrissent de ce qu’ils peuvent prendre aux autres, en tirant un bénéfice (le racket en est un exemple), mais aussi de l’attention du groupe. Certains auteurs estiment d’ailleurs que le harcèlement ne peut exister sans témoins.

«Mais il y a tout de même des cas où le harcèlement se produit entre deux personnes seules», relève Zoé Moody, professeure à la Haute école pédagogique du Valais et collaboratrice scientifique au Centre interfacultaire en droits de l’enfant de l’Université de Genève. Elle cite le cas d’une jeune fille qui se faisait quotidiennement étouffer par un garçon jusqu’à l’évanouissement. Les faits se passaient dans les toilettes, à l’insu de tous. La victime est finalement décédée.

Le harcèlement en chiffres

On estime qu’environ 10 à 15% des enfants sont victimes de harcèlement scolaire. En Valais, ce chiffre se situe entre 5 et 10%, selon une étude menée par des chercheurs du Centre interfacultaire en droits de l’enfant de l’Université de Genève et la Haute école pédagogique du Valais. Quelques 8,7% des élèves seraient la cible d’un harcèlement verbal et environ 6% d’un harcèlement physique. La majorité des harceleurs sont des garçons, les victimes aussi. Les filles sont surreprésentées dans le harcèlement sur Internet, même si elles restent moins nombreuses que les garçons.

Les signes qui doivent alerter

Si les enseignants sont formés et rendus attentifs aux problèmes de harcèlement, ils peuvent remarquer des signes révélateurs: l’enfant est seul à la récréation, il n’est jamais choisi pour les jeux pendant les cours de gymnastique, c’est toujours lui qui tombe du banc où tous sont assis, il se tient près du chauffeur pendant les transports scolaires, etc. Le premier symptôme vu par les adultes est souvent une chute inexpliquée des résultats scolaires.

Puis l’enfant commence à s’absenter pour maladie, il a mal au ventre, à la tête, il attrape deux fois la grippe en une saison. On peut aussi observer un arrêt de la croissance. Il peut développer une phobie scolaire, voire décrocher totalement de l’école. Il y a aussi les angoisses, la dépression et parfois le suicide, perçu comme la seule issue possible.

Les séquelles à l’âge adulte

Une recherche parue en Grande Bretagne en 2014 montre, chez les adultes harcelés durant l’enfance, des conséquences similaires à celles observées chez des enfants placés en établissement et séparés de leurs parents. Soit des taux de dépression élevés, une moins bonne insertion sociale et professionnelle, une plus grande tendance à la consommation de drogues ou d’alcool.

Et les auteurs de harcèlement? Une étude montre que dans la moitié des cas suivis, ces personnes sont impliquées dans des actes de délinquance avant l’âge de 24 ans.

Le cyberharcèlement

En général, les enfants harcelés sur la toile sont aussi ceux harcelés à l’école. Mais les réseaux sociaux ne laissent aucun répit aux victimes et amplifient terriblement le phénomène qui ne reste pas cantonné à l’établissement scolaire. Tout le monde est au courant et les écrits restent. Là encore, les enseignants doivent renseigner les jeunes sur les conséquences d’insultes proférées sur Facebook qui pourraient être l’objet d’une plainte pénale.

Il est important d’agir

Le harcèlement scolaire est le résultat d’une interaction entre des individus. Il n’y a donc pas de recette de prévention toute faite. Mais certains principes généraux peuvent tout de même se dégager.

La première mesure consiste à lever le silence entourant le harcèlement. Car la victime subit deux souffrances, celle d’être harcelée et celle de ne pas être reconnue comme telle. Il est important de mettre des mots sur ce qui se passe, reconnaître à la victime son statut de victime et reconnaître les harceleurs comme des auteurs de faits inacceptables. Il faut sanctionner les faits. «A l’âge adulte, les coups et les insultes sont sanctionnés pénalement, il n’y a pas de raison que cela soit considéré comme normal chez les enfants», souligne Zoé Moody.

Les témoins jouent un rôle crucial. Certains d’entre eux soutiennent le harceleur, d’autres s’en fichent un peu, d’autres sont du côté de la personne harcelée. Le but est de faire basculer les membres du groupe du côté de la victime afin que, du moins certains d’entre eux, osent s’opposer, avec pour effet d’isoler le harceleur dans ses actes.

Ensuite il y a un travail à réaliser autour du climat de classe, de la cohésion du groupe, de l’utilisation d’outils autres que la violence comme éléments de communication. A l’école, les élèves sont censés apprendre. Cela est aussi valable pour la gestion de leur colère, l’enseignant doit aider l’élève à changer et à trouver sa place dans le groupe, qu’il soit harceleur ou harcelé.

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