La vésicule biliaire, un «petit sac» dont on pourrait se passer

Dernière mise à jour 06/09/16 | Article
Si la bile est indispensable, la poche qui la contient ne l’est pas. D’autant plus que, chez une part importante de la population, s’y forment des calculs, qui aboutissent parfois à des infections graves.

En chiffres

La vésicule biliaire mesure environ 10 cm de long. Elle contient entre 40 et 60 ml de bile sur les 500 à 800 ml fabriqués chaque jour par le foie. A partir du moment où le noyau d’un calcul se forme, il faut compter en moyenne trois ans pour que l’agrégat de cholestérol atteigne une taille critique.

Elle a beau être discrète, la vésicule biliaire est la bête noire des gastro-entérologues à cause des calculs qui s’y forment. «Il s’agit de la pathologie viscérale la plus courante dans le monde occidental, souligne le professeur Jean-Louis Frossard, médecin-chef du service de gastro-entérologie et hépatologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). C’est devenu un vrai problème de santé publique.»

La vésicule biliaire, petit sac oblong logé dans l’abdomen, sous le foie, est un des composants du système digestif. Elle sert de voie de passage à la bile produite par le foie qui s’y accumule entre les repas. Ensuite, lorsque nous mangeons, l’intestin produit une hormone (la cholécystokinine, ou CCK), qui «contracte la vésicule biliaire. Cela a pour effet d’en chasser la bile qui, par l’intermédiaire des voies biliaires –le canal cystique et le cholédoque– aboutit dans l’intestin grêle», explique le gastro-entérologue.

Composée essentiellement d’eau, la bile contient des sels biliaires dont le principal rôle est de faciliter la digestion et l’assimilation des graisses. Ce liquide visqueux de couleur jaune ou verdâtre sert aussi à éliminer des substances issues du foie qui ne sont pas nécessaires à l’organisme, comme certains médicaments.

Bien que la bile soit indispensable à la digestion, la vésicule biliaire, elle, ne l’est pas. «On pourrait très bien se passer de cet organe. D’ailleurs, les personnes chez qui on l’a ôté ne sentent pas de différence», constate Jean-Louis Frossard. En effet, les voies biliaires situées à l’intérieur du foie suffisent à assurer l’écoulement du liquide. Ce qui conduit le spécialiste des HUG à dire, en riant, qu’il «aurait été préférable que nous naissions sans cet organe». Cela aurait, en effet, épargné beaucoup de personnes de souffrir de calculs biliaires.

Vrai/faux: On se «fait de la bile» quand on est soucieux

Faux: l’expression provient vraisemblablement de la théorie des humeurs élaborée dans l’Antiquité et qui a été popularisée par le Grec Hippocrate, considéré comme le père de la médecine. Selon cette doctrine, la santé du corps et celle de l’âme résident dans l’équilibre de quatre humeurs. Le sang, associé à un tempérament sanguin ou chaleureux; la lymphe, qui donne un caractère lymphatique; la bile jaune, venant du foie et associée à un caractère bilieux, plutôt enclin à la colère ou la violence; et la bile noire, secrétée par la rate et conduisant à la mélancolie et à l’anxiété. En réalité, la bile n’a à voir avec aucun de ces comportements. Il est toutefois vrai qu’elle peut être jaune, à l’état normal, ou devenir noire quand elle a stagné dans la vésicule biliaire.

Les complications des calculs

A mesure que l’on vieillit, la vésicule biliaire devient moins mobile et a davantage de difficultés à se contracter. En conséquence, la bile qu’elle contient devient de plus en plus visqueuse et le cholestérol qu’elle renferme a tendance à former des conglomérats qui grossissent peu à peu. Le phénomène est fréquent puisque 20 % des femmes et 10 % des hommes de plus de 65 ans ont un ou plusieurs calculs.

L’âge n’est pas seul en cause. D’autres facteurs –la grossesse, les pilules contraceptives, l’obésité, le diabète, certains médicaments et des maladies du foie– favorisent aussi la formation de calculs. Des prédispositions génétiques peuvent également intervenir. Courantes dans certaines populations –chez les Indiens Pimas, originaires du Mexique, l’une des communautés connues pour compter la plus grande proportion d’obèses et de diabétiques– celles-ci sont rares sous nos latitudes. «Fort heureusement, constate Jean-Louis Frossard, la majorité de ces calculs n’entraîne pas de symptômes.» Mais ce n’est pas toujours le cas. Les agglomérats de cholestérol peuvent engendrer une inflammation de la vésicule et restent parfois bloqués dans le cholédoque. Ces deux situations provoquent de fortes douleurs caractéristiques de la colique biliaire, ainsi que des nausées et des vomissements. Généralement, la crise dure moins de six heures. Il peut toutefois y avoir des complications, notamment la cholécystite, due à l’inflammation de la paroi interne de la vésicule biliaire. En outre, lorsque la bile stagne dans la voie biliaire sans pouvoir être éliminée, l’inflammation peut devenir infectieuse. On souffre alors de cholangite qui, souligne le spécialiste des HUG, «est une urgence médicale. Si elle n’est pas traitée, elle est mortelle dans 60 à 80 % des cas, en fonction des autres maladies dont souffre le patient.» Il arrive aussi que le calcul coincé heurte le pancréas, ce qui induit une pancréatite aiguë (inflammation du pancréas).

Une intervention coûteuse

Dans ces différents cas, ou lorsque les calculs provoquent des douleurs trop importantes, la seule solution est d’ôter non seulement le (ou les) caillou(x), mais aussi la vésicule. Sinon d’autres calculs se reformeront. Outre les désagréments pour le patient et les risques liés à toute opération, l’intervention chirurgicale est coûteuse. Mieux vaut donc prévenir le développement des calculs en essayant, autant que faire se peut, de diminuer les facteurs de risques. Mais on peut aussi «boire trois ou quatre tasses de café par jour, conseille Jean-Louis Frossard. La caféine aide la vésicule à se contracter et favorise la vidange de la bile.» Un remède qui est à la portée de tout le monde.

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